MALADIE CONNUE EXPÉRIMENTALEMENT
tous guéris, et, au lieu qu’il soit nécessaire de les'soigner pendant des semaines, ils sont débarrassés en quelques heures de leur maladie. Il n’y a plus d’exception, parce qu’il n’y a plus d 'inconnue dans cette maladie. La cause en est trouvée; le traitement est rationnel et certain. On ne s’adresse plus à un être de raison, à un virus, un vice humoral imaginaire, on agit sur une chose que l’on touche, sur un acarus que l’on voit. Nous pouvons donc dire que la gale est une maladie expérimentalement connue.
Toutefois on est arrivé à la connaissance expérimentale de la gale sans avoir eu besoin de vivisections, ni d’expériences physiologiques proprement dites. Il a fallu seulement recourir à des procédés d’observations plus délicats et se servir de microscope. De sorte qu’on pourrait se fonder sur ce cas particulier, que j’ai choisi à dessein, pour soutenir que l’observation peut résoudre les problèmes de la médecine sans le secours de l’expérimentation.
Sans doute, si toutes les maladies avaient des causes parasitaires extérieures faciles à découvrir, comme cela s’est fait pour la gale,. l’observation suffirait; mais la plupart des causes morbides résident, au contraire, à l’intérieur du corps, dans nos éléments anatomiques, qui sont eux-mêmes des espèces d’infusoires ou d’animalcules placés en dehors de nos moyens d'observation simple. Par conséquent, il faut employer, pour arriver jusqu’à eux, des moyens expérimentaux. C’est pourquoi, bien que je vienne de vous démontrer par l’exemple que j’ai cité qu’il n’y a pas de définition exclusive à donner de l’ob-
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servation et de l’expérimentation, je continuerai néanmoins à soutenir la proposition générale que j’avais émise, à savoir que l’observation est insuffisante en médecine et qu’il faut généralement recourir à l’expérimentation pour arriver à découvrir la cause vraie des maladies.
Mais nous avons dit qu’à côté des détracteurs de la physiologie en médecine, il y avait aussi ses séides, ses fanatiques. Nous nous sommes mal exprimé, car on ne peut jamais être trop partisan des bonnes choses. Seulement, si nous faisons tous nos efforts pour engager les jeunes gens dans la voie physiologique, nous devons aussi les prémunir contre trop de précipitation et les mettre en défiance contre les engouements des théories nouvelles. Nous devons leur montrer que la médecine expérimentale est précisément celle qui repose sur une méthode ayant pour objet de leur faire éviter les excès dans les explications physiologiques, excès qui ne sont pas moins nuisibles à la science médicale pure qu’à la médecine pratique elle-même.
Pour vous prouver ce que j'avance, j’ai besoin de vous rappeler encore la loi générale d’évolution de nos connaissances, qu’il ne faut jamais perdre de vue quand on veut se rendre compte des écarts que les sciences subissent dans leur marche. Je vous ai dit, il y a un instant, qu’il fallait admettre, dans le développement de la médecine comme dans celui des autres sciences, trois périodes : la période d 'empirisme; la période d’ observa tion et la période d’ expérimentation.
Je crois que cette division représente très justement l’évolution des sciences expérimentales. Mais il ne faudrait
INTRICATIONS DES TROIS PÉRIODES SCIENTIFIQUES. 579 pas croire que ces trois états successifs se suivent d’une manière régulière sur toutes les parties de la science à la fois, et se substituent les uns aux autres d’une manière absolue. Non, les trois périodes de l’évolution scientifique se rencontrent à la fois et marchent toujours parallèlement, parce qu’à mesure que la science s’agrandit et se constitue par l’expérimentation, elle découvre d’autres points obscurs qui doivent, à leur tour, subir leur évolution et passer nécessairement par les trois états que nous avons indiqués. De sorte que, dans les sciences expérimentales même les plus avancées, il existe simultanément des questions à toutes les périodes de leur développement scientifique .
Eh bien ! c’est ce qui arrive pour la physiologie et la médecine expérimentales. Aujourd’hui, la physiologie est faite sur certains points, en voie d’éludes sur un grand nombre d’autres, et absolument obscure sur une foule de questions. Quant à la médecine expérimentale, elle commence à s’éclairer dans les parties où la physiologie est assez développée; mais dans les maladies où cette science ne peut lui servir de base, elle est forcée d’attendre, parce qu’elle ne pourrait aller que d’erreur en erreur si elle osait s’aventurer sur une physiologie encore incertaine, et incapable, par conséquent, de lui servir de flambeau.
La première vérité, avons-nous dit, qui nous ait été démontrée par l’expérimentation, c’ést que la physiologie et la pathologie expérimentales sont inséparables dans leur avancement scientifique. Mais il n’y a pas seulement une union nécessaire, il existe encore une subordination
forcée entre ces deux sciences. La physiologie doit toujours précéder la pathologie et lui servir de point d’appui. D’où il résulte que c’est déroger aux principes de la médecine expérimentale et faire fausse route que de vouloir trouver des explications physiologiques des maladies là où la physiologie n’est pas encore fixée elle-même. Or, la physiologie expérimentale est une science qui est loin d’être constituée dans toutes ses parties. Il est donc tout naturel qu’il y ait une foule de questions pathologiques encore complètement obscures sur lesquelles la physiologie expérimentale ne peut nous fournir aucune lumière. Les médecins qui, aujourd’hui, rechercheraient une explication physiologique pour toutes les maladies poursuivraient donc une chimère dangereuse.
Mais, si je blâme les explications physiologiques prématurées, je n’en affirme que plus fortement le principe. Oui, c’est par la physiologie seule que nous obtiendrons la connaissance scientifique des maladies, et, bien que la médecine expérimentale ne soit qu’à son aurore, elle nous présente déjà des questions pathologiques et thérapeutiques pour lesquelles la démonstration est entière. J’aurai l’occasion de développer devant vous quelquesuns de ces exemples ; mais, je le répète, à côté de ces points lumineux, il en reste qui sont encore complètement dans l’ombre et qui attendent la lumière de quelques découvertes physiologiques nouvelles.
J’avais donc raison de dire que les sciences expérimentales ne sont jamais finies; et, d’ailleurs, pourrait-il en être autrement? Si l’homme n’avait plus rien à découvrir, s’il savait tout, son rôle dans ce monde serait