INSUFFISANCE DE L’ANATOMIE PATHOLOGIQUE
et ne tarde pas à mourir si l’on ne maintient pas la température du corps au niveau physiologique par des moyens artificiels. Mais quand cette précaution a été prise, il est rare que cette opération fasse mourir le sujet.
Il ne serait pas difficile d’accumuler des exemples du même ordre; mais vous avez été sans doute convaincus par les faits sur lesquels nous venons d’appeler votre attention que l’anatomie pathologique ne peut expliquer que les désordres purement mécaniques de l’organisme, 'et que des moyens d’investigation d’une autre nature sont indispensables à ceux qui veulent acquérir une notion précise des secrets de la nature vivante. Combler ce vide, dans la mesure du possible, tel est le but principal de nos recherches actuelles. Mais, en poursuivant cet objet, il ne faut jamais perdre de vue l’exemple que nous ont laissé les observateurs illustres auxquels les sciences biologiques doivent les progrès qu’elles ont accomplis dans les temps modernes. L’enchaînement des phénomènes naturels, leur mode de succession et les lois d’après lesquelles ils se produisent, doivent particulièrement fixer notre attention. Quant à la nature intime des choses, elle est au delà des bornes de notre savoir; mais cependant nous devons arriver à la cause conditionnelle des phénomènes. 11 ne suffira pas, par exemple, de dire que certains poisons agissent sur les nerfs, d’autres sur le sang ou sur les muscles. Il faut étudier leur mode d’action sur nos tissus et dévoiler ensuite le mécanisme par lequel ils détruisent la vie. Mais, lorsque nous sommes parvenus à ce résultat pour chaque cas particulier, il nous est impossible d’aller plus loin. La science est hors d’état d’expli-
quer pourquoi le corps toxique possède des propriétés qui lui permettent de détruire l’organisme en attaquant certains tissus. J’ai fait connaître les effets que produit l’oxyde de carbone sur les globules rouges ; vous savez qu’une combinaison chimique a lieu entre ce corps étranger et la substance même de ces petits éléments histologiques sanguins. Cette combinaison s’oppose à l’absorption de l’oxygène et détermine la mort par un genre particulier d’asphyxie. Le travail mécanique de la respiration continue, mais il cesse d’avoir pour conséquence l’artérialisation du sang dans les poumons. Nous trouvons ici une explication satisfaisante de l’influence délétère dont jouit cette substance ; mais si vous nous demandiez 'pourquoi cette combinaison s’efîectue, il nous serait évidemment impossible de vous répondre. L’affinité de l’oxyde de carbone pour les globules sanguins est évidemment supérieure à celle de l’oxygène, mais c’est à la raison première de cette différence que se trouvent les bornes de nos connaissances scientifiques. Le physiologiste devra donc poursuivre les effets de la maladie jusqu’à ce qu’il soit arrivé en face de cette cause initiale et mettre alors un terme à ses recherches. L’influence exercée par les poisons sur les organes du corps vivant présente à cet égard une analogie frappante avec celles des causes morbifiques. Comment devons-nous comprendre, en effet, l’action des poisons? Faut-il les regarder comme donnant naissance à des combinaisons chimiques qui se substituent aux modifications physiologiques dont la vie dépend? Telle est, en effet, l’explication que nous avons adoptée par rapport à l’action de l’oxyde de carbone sur les globules