‹ Leçons de pathologie expérimentale et leçons sur les propriétés de la moelle épinièreChapitre 50 sur 154 · AFFECTIONS NERVEUSES SENSITIVES ET MOTRICES · texte numérisé non relu

AFFECTIONS NERVEUSES SENSITIVES ET MOTRICES

se remplissent de nouveau, le sang afflue à la peau et la température s’élève : c'est ce phénomène décrit par les médecins hydrothérapistes, sous le nom de réaction.

En résumé, messieurs, il résulte de tout ce qui précède que nous pouvons par de certaines opérations déterminées à l’avance amener un excès d’excitabilité dans les nerfs sensitifs, comme dans les nerfs moteurs; seulement les effets produits se généralisent dans le premier cas, et demeurent localisés dans le second.

DIXIÈME LEÇON

DES EFFETS PRODUITS SUR LE SYSTÈME MUSCULAIRE PAR LA SUPPRESSION DE L’INFLUENCE NERVEUSE.

SOMMAIRE : Intervention de l’élément contractile dans tous les phénomènes nerveux. — La contractilité est une propriété spéciale des muscles, indépendante des nerfs qui les animent. — Opinions diverses. — Expériences de M. Kühne. — Variations de l’irritabilité musculaire. — Opinions de Remak. — Expériences de M. D uchenne, de Boulogne. — L’irritabilité musculaire augmente quand toute influence nerveuse est supprimée. — L’action des poisons est en même temps plus rapide. — Parallèle entre les propriétés du tissu musculaire chez les batraciens et chez les mammifères. — Expériences diverses sur ce point.

Messieurs,

Nous nous sommes spécialement occupés des nerfs de la vie de relation après qu’ils ont été séparés de leurs centres nerveux. Mais le système musculaire intervient inévitablement dans l’étude des phénomènes sur lesquels nous avons attiré votre attention dans les précédentes leçons. S’agit-il des nerfs moteurs? C’est en provoquant des contractions qu’ils manifestent leur activité. S’agit-il, au contraire, des nerfs sensitifs? ce sont des sensations douloureuses, que trahissent les cris ou les mouvements de l'animal. Dans l’un et l’autre cas, c’est au muscle que nous avons affaire; il intervient toujours comme témoin nécessaire des propriétés du système nerveux. Il est donc

indispensable, comme vous le voyez, pour parvenir à une notion complète des phénomènes qui nous occupent, d’examiner à son tour la série des modifications que peut subir, dans diverses circonstances, l’excitabilité du tissu musculaire lui-même.

La première question qui se présenté, au début de ces études, est la suivante : la contractilité des muscles est-elle une propriété spéciale de leur tissu? Devons-nous la regarder comme une faculté indépendante qui réside en eux, ou comme un phénomène qui ne saurait jamais se produire sans l’intervention des nerfs? Tous connaissez déjà notre manière de voir à cet égard ; nous vous l’avons exposée en parlant dé certaines actions toxiques qui paralysent les propriétés des nerfs, sans priver les muscles de leur contractilité normale. Ce qui veut dire en d’autres termes que nous considérons la contractilité musculaire comme distincte et indépendante de l’excitabilité nerveuse. Déjà, depuis près d’un siècle, Haller avait émis l’opinion que les propriétés du tissu musculaire jouissent d’une existence indépendante de celle des propriétés des nerfs. Ce n’est pas, disait-il, le système nerveux qui donne aux muscles leur contractilité spéciale, car le cœur, celui de tous les muscles qui se contracte le plus énergiquement, ne reçoit point de nerfs. Nous savons aujourd’hui que cet argument anatomique est exagéré ou même faux. Oui, le cœur reçoit des nerfs, mais il n’en possède qu’une faible proportion, par rapport à son volume, et ce n’est pas à l’intensité de l’innervation qu’il reçoit que l’on peut attribuer l’énergie infatigable qui caractérise son action physiologique. — Aujourd’hui il est prouvé que

les propriétés du nerf sont donc, comme le pensait Haller,, bien réellement indépendantes de celles du muscle.

Les expériences récentes de M. Kühne ont d’ailleurs jeté une lumière nouvelle sur ce sujet; il a constaté que divers agents chimiques provoquent des contractions, lorsqu’ils sont mis directement en contact avec le tissu musculaire : mais qu’ils ne sont susceptibles de produireaucun effet par l’intermédiaire des nerfs, et que réciproquement il y a certaines autres substances, dont l’effet se produit lorsqu’on s’adresse aux troncs nerveux, et n’a pas lieu lorsqu’on agit directement sur le tissu musculaire. La question, je le répète, nous paraît donc définitivement résolue ; il faut reconnaître ici dans le muscle et dans le nerf l’existence de deux ordres de propriétés distinctes.

"Voyons maintenant dans quelles conditions se produisent les variations de l’irritabilité musculaire. Les excitants divers qui servent à mettre en lumière cette propriété sont quelquefois d’une nature spéciale, comme nous venons de le voir, et n’agissent nullement sur les autres tissus ; mais, le plus souvent, ils sont de même nature que ceux qui réveillent l’activité du système nerveux. Dans ce dernier cas, il importe de remarquer la différence qui peut encoreséparer l’excitabilité des muscles, et celle des nerfs. Lorsqu’il s’agit de l’électricité, par exemple, un courant faible suffit pour mettre en jeu l’activité physiologique des éléments nerveux ; mais la fibre musculaire obéit plus difficilement à l’action du galvanisme, et il faut, pour amener des contractions, faire usage de courants beaucoup plusénergiques. Cette inégalité frappante a donné lieu, en.

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