‹ Leçons de pathologie expérimentale et leçons sur les propriétés de la moelle épinièreChapitre 75 sur 154 · DES ACTIONS NERVEUSES DIVERSES · texte numérisé non relu

DES ACTIONS NERVEUSES DIVERSES

loppe cutanée, habituellement sensible aux actions extérieures, se trouve entièrement soustraite à leur influence : la douleur n’existe plus, bien que les actions réflexes soient toujours en permanence, pour témoigner que les nerfs sensitifs ont conservé une partie au moins de leurs fonctions accoutumées.

Pour ce qui touche aux nerfs moteurs, les résultats de l’expérimentation nous apprennent à en distinguer deux espèces : les uns destinés à resserrer, les autres à dilater les vaisseaux. Les premiers seraient les nerfs vaso-moteurs, émanés du grand sympathique ; les seconds seraient les nerfs de tissu, émanés de l’axe céphalo-rachidien, et qui vont se rendre aux divers parenchymes de l’économie : nous appelons les premiers vaso-moteurs, parce qu’ils font contracter les vaisseaux; mais, pour~ce qui touche aux seconds, il est bien plus difficile d’expliquer leur action. Dans tous les cas, il semblerait qu’ils n’agissent que sur le parenchyme même de nos organes, provoquant ici la sécrétion, là des contractions musculaires, plus loin des phénomènes d’une autre nature, et destinés, dans tous les cas, à mettre en évidence les propriétés spéciales de chaque tissu, indépendamment de l’état particulier du sang qui le traverse; car, lorsqu’ils exercent leur action, celle des nerfs vaso-moteurs paraît suspendue.

Nous avons vu précédemment qu’il existe des nerfs qui dirigent leur action sur les vaisseaux pour les contracter ou les dilater, et qu’il en est d’autres qui réveillent les propriétés latentes des tissus à l’état de repos, la contraction dans les muscles, la sécrétion dans les glandes. Or, ces divers phénomènes coïncident toujours

avec une dilatation des capillaires : il faudrait donc se demander s’il est possible de distinguer les nerfs vasomoteurs des nerfs d'autres tissus, le grand sympathique étant mis hors de cause ; ce dernier, en effet, provoque la contraction des vaisseaux, tandis que nous voulons ici nous occuper de leur dilatation exclusivement.

Il existe assurément une différence entre ces deux ordres de nerfs, à en juger par la distinction absolue qu’on peut établir entre les deux ordres de phénomènes. Un muscle peut se contracter sans que la circulation soit accélérée; et réciproquement, la circulation du muscle peut être accélérée sans que la contraction se produise. — Il en est de même par rapport à la sécrétion glandulaire. On peut donc ranger en deux catégories parfaitement distinctes les effets de l’excitation locale d’une branche nerveuse appartenant au système cérébro-spinal.

Mais il existe une circonstance très remarquable à cet égard, et qui m’a souvent embarrassé lorsque j’en cherchais l’explication rationnelle: je veux parler des effets de l’excitation alternative du grand sympathique de la corde du tympan, dont je vous ai si souvent entretenus à propos de la sécrétion salivaire. Nous avons vu qu’en galvanisant le nerf moteur, on accélère la circulation, en activant aussi la sécrétion, mais, en galvanisant le grand sympathique, on ralentit le torrent circulatoire, et, malgré ees effets, la sécrétion s’opère comme auparavant, bien que les propriétés ne soient exactement plus les mêmes : elle est plus visqueuse et moins abondante.

Cette expérience semblerait devoir nous conduire à reconnaître l’existence de deux ordres de nerfs sécréteurs.

DES EXCITANTS NERYEUX.

Mais il faudrait peut-être se défier de l’excitant particulier employé pour éveiller l’activité de la glande, c’est-à-dire du galvanisme ; car M. Du Bois-Reymond a prouvé qu’en électrisant les nerfs, on produit un état électro-tonique qui est trop faible pour influer en rien sur la contraction musculaire, mais qui peut agir sur les autres nerfs voisins en leur communiquant une partie du fluide électrique dont les premiers sont chargés. Supposons, en effet, qu’on fasse passer un courant à travers un nerf voisin d’un autre nerf divisé, et par conséquent très excitable; on verra une contraction se produire dans les muscles auxquels se rend ce dernier, bien qu'il n’ait reçu aucune impulsion directe, soit du centre nerveux dont il est séparé, soit de l’appareil galvanique avec lequel il n’est pas en communication ; mais le voisinage d’un nerf fortement excité a développé un état électrique qui a suffi pour lui communiquer une impulsion.

Or nous pouvons fort bien employer, à la place du galvanisme, d’autres excitants, des excitants qui n’ont pas les mêmes inconvénients, parce qu’ils ne développent pas l’état électro-tonique : le sel marin est au nombre des substances dont on peut faire usage dans ce but; je vais vous en donner immédiatement la preuve.

Nous enlevons l’une des pattes postérieures à une grenouille vivante; nous mettons à nu le nerf sciatique et nous plongeons l’extrémité coupée dans le sel marin, tes muscles du membre entrent aussitôt en contraction et acquièrent une rigidité tétanique.

Tous voyez donc, messieurs, que le sel marin excite les contractions musculaires, et peut stimuler les nerfs

tout aussi bien que le galvanisme. Or, j’ai fait usage de ce procédé pour exciter la corde du tympan : en traitant par le sel marin ce filet nerveux, nous obtenons sur-le-champ une sécrétion abondante de la glande sous-maxillaire. Nous avons ensuite répété la même expérience sur le filet correspondant du grand sympathique; après l’avoir mis en contact, pendant huit à dix minutes, avec le sel marin, nous n’avons pas obtenu le moindre effet sur les fonctions de la glande, bien que la contraction habituelle des vaisseaux, qui résulte de l’excitation du grand sympathique, se fût déjà produite à un degré assez élevé pour rendre le sang veineux complètement noir.

Les résultats de cette expérience devraient peut-être nous engager à modifier un peu les idées que nous avions adoptées jusqu’ici sur les fonctions des glandes ; il semblerait, en effet, qu’il n’existe qu’un seul nerf sécréteur, dérivé de l’axe cérébro-spinal, et que le grand sympathique galvanisé n’agit, en pareil cas, que par un simple effet de la force électro-tonique. Je crois donc que, dans cette expérience, où deux sécrétions se produisent successivement selon qu’on galvanise l’un ou l’autre des filets destinés à la glande; je crois, dis-je, qu’il se produit un phénomène anormal, et que la sécrétion provoquée par l’action du sel marin sur les nerfs se rapproche davantage de l’état physiologique. C’est encore ainsi que, lorsqu’on agit sur le nerf dilatateur des vaisseaux, on peut influer en même temps sur le nerf constricteur, pourvu que le courant employé soit très énergique. Si, par exemple, vous portez un faible courant sur la corde du tympan, vous aurez une accélération de la circulation,

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