TROUBLES DIGESTIFS
Les affections morbides de l’estomac, bien que rares, se montrent sous diverses formes; ce sont des douleurs qui suivent de près l’ingestion des aliments, de sorte que les malades sont toujours dans l’alternative du besoin ou de la souffrance. Cette impression pénible des aliments sur la muqueuse gastrique ne peut tenir qu’à une hyperesthésie de la membrane; si la sensibilité reste dans cet état d’excitation, l’inanition peut en être la conséquence. Parfois ces sensations initiales font défaut, et les aliments semblent devoir être bien supportés; mais au bout d’une ou de deux heures, les malades éprouvent une constriction pénible, qui semble indiquer le passage rapide du bol alimentaire dans l’intestin; ou bien ils accusent une sorte de crampe qui provoque le sentiment de la faim.
Dans quelques circonstances plus rares, l’estomac expulse les aliments par le vomissement peu de temps après le repas; si ce phénomène se reproduit, il peut encore en résulter une véritable inanition, d’autant plus que le vomissement comprend ordinairement une grande partie des aliments.,
* Les sécrétions sont plus rarement troublées; les troubles digestifs dépendent moins d’une altération ou du défaut de sécrétion du suc gastrique, que d’une modification de l’influx nervo-moteur; ce ne sont donc pas de véritables dyspepsies chimiques, mais des hyperesthésies, des innervations musculaires en plus ou en moins.
On a parlé aussi de sécrétions gazeuses; mais les gaz de l’estomac en dehors de la période digestive sont si peu abondants, qu’à peine peut-on en recueillir quelques bulles sur les animaux; ces gaz rappellent ceux de l’atmosphère; seulement l’oxygène est remplacé presque entièrement par l’acide carbonique, qui figure pour 21 p. 0/0, tandis que l’oxygène n’y est que pour 6/100 ; or l’acide carbonique est dû à la décomposi-
SIGNES UES ANÉMIES1
tion des aliments; dans l’état pathologique, si leur proportion respective est conservée., ce sont encore les aliments qui les fournissent; ainsi, en définitive, c’est l'air introduit dans l’estomac, ou ce sont ces aliments qui forment ce mélange gazeux ; ce n’est jamais une sécrétion.
Interprétation physiologique des phénomènes gastriques. — TOUS
ces faits vont recevoir leur interprétation. L’estomac est innervé par les nerfs vagues et le grand sympathique, mais quel est leur rôle respectif? On a attribué aux pneumogastriques la sensibilité gastrique, les sensations de la faim et de la soif, les mouvements de l’estomac, le pouvoir antipéristaltique lui-même, enfin l’influence chimique; or, l’expérimentation a démontré que la section de ces nerfs ne diminue ni l’appétit ni la soif, ni même la sensibilité de la muqueuse gastrique ; des jeunes chiens opérés digèrent autant de lait que l’estomac peut en contenir. Voyons donc l'influence de ces nerfs sur les mouvements et sur l’acte du vomissement : il est certain que la section des nerfs vagues ralentit les mouvements de l’estomac.; cependant ces contractions restent encore assez puissantes pour déplacer la masse alimentaire, et lui faire franchir le pylore. Mais cette influence motrice des nerfs vagues ne prouve pas encore leur participation aux mouvements antipéristaltiques; en général les animaux opérés peuvent encore vomir et vomissent même plus facilement que dans l’état sain; ces vomissements ne sont pas, comme on pourrait le croire, le résultat de la paralysie de l’œsophage, paralysie qui, en dilatant le cardia, facilite naturellement l’expulsion des aliments: ce n’est pas davantage une régurgitation des aliments arrêtés dans le conduit; mais c’est bien une action de l’estomac. Il suffit, du reste, de galvaniser le bout central du nerf vague coupé, ou bien encore d’exciter mécaniquement la muqueuse gastrique, surtout près du pylore, pour déterminer un vomissement. Or, si la section des nerfs vagues n’empêche pas cet acte de s’accomplir, il faut qu’il s’opère par les parois extérieures; cellesci rétrécissent la cavité abdominale, par le diaphragme qui, en se contractant, s’abaisse, diminue la hauteur de 1 espace, et soulève l’estomac de manière à le rapprocher du cardia. Si, d’autre part, l’œsophage se rétracte par suite de nausées ou
SIGNES DES ANÉMIES
d’une excitation quelconque, les fibres qui rayonnent du cardia sur l’estomac, dilatent l’ouverture supérieure, et les aliments remontent facilement dans le conduit; quand ces fibres sont paralysées, .l’émétique ne produit plus rien, malgré l’action des parois abdominales (Schiff). Le concours de 1 estomac est donc nécessaire, jusqu’à un certain point, au mécanisme du vomissement ; mais la plus grande part revient aux muscles de l’abdomen et du diaphragme. Nous nous expliquons ainsi pourquoi les anémiques, qui ont une énervation des nerfs vagues, et en même temps une tendance à la contraction des parois abdominales, présentent tantôt des myosalgies, tantôt des vomissements.
Il ne nous reste à expliquer que l’origine des douleurs gastriques elles-mêmes, lorsque les nerfs vagues sont épuisés. Toute contraction normale ou antipéristaltique ne peut s’opérer que par une action réflexe, résultant d’une impression qui se transmet à la moelle, et de là aux nerfs moteurs ; or, comme la section des nerfs vagues ne supprime pas l’impression, celleci ne peut être perçue et transmise que par le grand sympatique, c’est donc là le véritable nerf sensitif de l’estomac ; c'est ce nerf qui est si souvent hyperesthésié chez les anémiques, pendant que les nerfs vagues tendent sans cesse à l’épuisement. S’il en est ainsi, on se demandera comment la digestion reste indemne, comment les sécrétions de l’estomac restent normales? La réponse est facile; on a beau couper ces nerfs, cela n’empêche pas la production du suc gastrique, qui continue à rester acide, et peut même digérer complètement l’albumine, par conséquent contenir la pepsine. L’opinion contraire longtemps accréditée tient à une erreur ; chez les chiens, la section des nerfs vagues détermine un état morbide qui enraye en partie la digestion, mais permet encore la sécrétion d’un suc alcalin sans pepsine, même quand on a empêché la salive alcaline de pénétrer dans l’estomac (Schiff); l’indigestion alcaline chez l’homme tient peut-être à une altération de ce genre dépendant de l’énervation des nerfs vagues.
D’une autre part, l’excitation du nerf vague ou du sympathique n’augmente pas la sécrétion de ce suc; mais si on injecte du sang frais dans les artères gastriques d’un animal qu’on
SIGNES DES ANÉMIES
vient de tuer, un suc acide à pepsine apparaît immédiatement, même quand la muqueuse était neutre; ainsi le sang agit plus en pareil cas que le système nerveux. Mais comme les mouvements de l’organe sont, plus rares, plus difficiles, les aliments séjournent plus longtemps dans l’estomac, sans qu’ils se mêlent plus intimement avec le suc gastrique qui est sécrété principalement, dans la région pylorique. Aussi chez les chloro-anéiniques, les digestions sont lentes, souvent douloureuses, parfois même troublées, mais elles finissent par s’accomplir; cette donnée pathologique et sa parfaite concordance avec l’expérimentation physiologique ne doivent pas être négligées par le médecin, car ce serait porter un grand préjudice au malade, que de confondre la gastralgie, c’est-à-dire les simples troubles nervo-musculaires, avec la dyspepsie chimique, et dejirescrire un traitement uniforme.