Cachexie simple
Prenons pour exemple l’infarctus sanguin ou la transformation amyloïde de la rate. Cet organe présidant à la formation des globules, si sa texture est compromise, une anémie grave ne tarde pas à se développer; puis, comme la veine splénique est détruite dans ses racines, engorgée sur son trajet ou comprimée à son embouchure dans la veine porte, il en résulte bientôt des hémorrhagies intestinales et de l’ascite. Jusque-là ce sont les phénomènes réguliers de la maladie; mais lorsqu’il vient s’y joindre un œdème considérable des membres inférieurs, une diarrhée incoercible, les déperditions d’albumine par la sérosité épanchée ou par les diarrhées séreuses ne tarderont pas de dépouiller le sang de ses matières plasmatiques. L’aglobulie primitive se compliquera de désalbuminémie ; le malade devient cachectique.
La même série morbide peut se développer à la suite d’une cirrhose du foie.
La dégénérescence graisseuse des reins généralise plus rapidement encore ses effets, car la perte d’albumine par les tubuli urinifères entraîne l’hydrémie et la désalbumination du sang dont le sérum, plus ou moins modifié, vient s’infiltrer dans le tissu connectif et dans les cavités séreuses; l’hydropisie brightique peut persister ainsi un certain temps, mais finalement l’urée, au lieu de s’éliminer par les reins, s’échappe, soit en nature, soit sous forme de carbonate d’ammoniaque, par l’es tomac et les intestins; il en résulte des vomissements et des diarrhées incoercibles avec ulcérations de la muqueuse digestive ; l’état cachectique est alors manifeste et irrémédiable.
Ainsi les lésions primitivement les plus simples, les mieux circonscrites, finissent par modifier profondément le plasma du sang ; cette altération une fois établie favorise les exsudations séreuses ou inflammatoires ; les organes et les tissus qui laissent passer ces produits morbides souffrent eux-mêmes dans leur
DES CACHEXIES TOXIQUES.
texture, dans leur composition ; les solides et les liquides sont donc atteints dès les premières phases de la cachexie.
La dernière période commence quand l’assimilation se fait à l’aide de la réserve que contient le tissu adipeux, c est-à-dire quand le malade s’amaigrit; cessant de réparer ses pertes, il se nourrit à ses propres dépens, d’abord de la graisse, puis de son sang, puis des muscles; la dénutrition se généralise de plus en plus. Le cœur, atrophié ou infiltré de granulations graisseuses, ne donne plus qu’une circulation lente ou faible. L’innervation respiratoire est troublée ou diminuée ; les échanges gazeux sont imparfaits ; l’oxygène, étant en déficit, ne suffit plus pour les combustions intimes; la nutrition est arrêtée; l’individu meurt. Ainsi, voici, en résumé, un seul organe qui amène un dépérissement irrémédiable.
Cachexie scorbutique. — A cote de ces types originaires d une lésion vient se placer l’histoire des cachexies provenant d’une maladie générale comme le scorbut. Le scorbut qui, pendant les xvne et xvme siècles, a dominé toute la pathologie, au point que les médecins les plus éminents lui attrinuaient le pouvoir occulte de revêtir toutes les formes de maladies, donne souvent lieu à un état cachectique bien défini; ses caractères ont été retracés par nos médecins militaires, qui n’ont eu malheureusement que trop souvent l’occasion de l’observer pendant la guerre de Crimée; les effets de cette cachexie, marqués par une faiblesse extrême avec infiltration des membres, poursuivaient encore nos soldats longtemps après la guérison des hémorrhagies, et imprimaient aux maladies intercurrentes une gravité extrême.