MÉCANISME DE LA MORT
soit par ingestion d'alcool, soit par inhalation de chloroforme ou d'éther, la marche générale des phénomènes a été, à l'intensité et au temps près, absolument la même. Voici, par exemple, un chien tué par inhalation de 4 grammes de chloroforme à dose fractionnée, qui meurt dans un espace de onze minutes : on observe d'abord la paralysie des membres postérieurs, l'insensibilité périphérique, des mouvements convulsifs, puis l'arrêt de la respiration, celui des contractions cardiaques, et enfin la mort. Sous l'influence de l'éther, voici une expérience relative à un chien tué par l'inhalation de 40 grammes d'éther à dose fractionnée. — La dose d'éther doit être forcément plus considérable que celle de chloroforme, nous l'avons appris en étudiant les anesthésiques. — Les phénomènes que l'on peut observer sont notablement les mêmes ; la mort se produit en 35 minutes. Le temps est seulement plus considérable lorsque l'animal est tué par l'alcool : chez un chien à qui on introduisit dans l'estomac 270 grammes d'alcool à 21 p. 100, la mort se produisit au bout d'une heure 30 minutes, et la série de phénomènes que vous voyez rapportés sur ce tableau, suivant les heures auxquelles l'observation a été faite, est encore exactement comparable à celle des expériences précédentes. L'animal commence par éprouver les phénomènes que j'ai décrits à propos de l'ivresse : titubation, chute, anesthésie cutanée, qui devient définitive et complète à un moment donné, une heure après l'ingestion de l'alcool; puis la respiration cesse, et le cœur s'arrête lui-même, la mort arrivant une heure et demie après le début de l'expérience.
Eh bien, Messieurs, au point de vue des applications pouvant en résulter, il est intéressant pour nous d'étudier par quel mécanisme la mort peut se produire dans les différentes circonstances dont je viens de parler. Le mécanisme de la mort, celui qui frappe le plus tout au moins, est l'asphyxie ; et en effet, comme nous venons de le voir, l'arrêt respiratoire est primitif, et il semble que la mort succède à cet arrêt respiratoire; mais celte cause est absolument indirecte et la mort est consécutive, comme je le disais tout à l'heure, à l'abolition des fonctions cérébro-spinales.
Cette asphyxie peut être favorisée par un certain nombre de circonstances étrangères, adjuvantes cela est certain, et acquérir alors une importance qu'elle ne possède pas dans l'expérimentation ou lorsque ces circonstances étrangères ne viennent pas la faciliter : tels sont
par exemple, le froid, les émotions vives, la colère, une rixe, etc., qui peuvent jouer ici le rôle de facteurs surajoutés, et déterminer de ces phénomène^ que Flourens a si bien mis en évidence lorsqu'il disait qu'il existe un rapport réel, une analogie marquée entre Téthérisation et Taxphyxie. Mais, ajoutait-il, dans Tasphyxie ordinaire, le système nerveux perd ses forces sous l'influence du sang noir, du sang privé d'oxygène, tandis que dans l'éthérisation, le système nerveux perd d'abord ses forces sous l'action directe de l'agent singulier qui la détermine, c'est là qu'est toute la diflérence. La technique expérimentale montre en eflet, comme nous l'avons vu l'année dernière, que s'il y avait à faire intervenir l'asphyxie, dans certaines circonstances et dans une certaine mesure, pour la production de Fanesthésie, il y avait bien un parallèle à établir entre les deux cas, mais il n'y avait pas identité de causes dans les deux phénomènes ^
Lésions anatomiques. — Quelles sont les lésions anatomiques qui résultent d'une intoxication aiguë, déterminée, comme celle que je viens de décrire, par l'ingestion, en une seule fois, d'une dose mortelle d'alcool? Ces lésions anatomiques ne présentent pas, si vous voulez, de caractère absolument précis, absolument tranché, mais cependant elles sont tellement constantes, pour certaines d'entre elles, tout au moins, elles doivent même accompagner d'une façon si régulière la mort des individus qui ont succombé à l'intoxication alcoolique, qu'il est absolument indispensable de s'y arrêter un moment.
C'est, d'abord, une congestion cérébrale plus ou moins intense quon trouve presque toujours; je parle, bien entendu, des individus morts dans les circonstances dont nous venons de parler, c'est-à-dire morts un temps plus ou moins court après l'ingestion, en une seule fois, soit de la dose d'alcool capable de déterminer la mort, soit comme nous Talions voir, d'une dose qui, si elle était, à elle seule, incapable de déterminer la mort, est devenue cause occasionnelle de la mort, grâce à certaines circonstances adjuvantes que nous aurons à déterminer tout à l'heure.
Eh bien, la plupart du temps, on peut trouver, à l'autopsie des individus ayant succombé dans ces circonstances, des hémorrhagies dans la cavité arachnoïdienne, voire même dans les ventricules laté-
l. Voir Leçons de pharmacodynamie, première série, p. 72, 17, 80 et 82.
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raux; dans certains cas, on a âignalé la destruction des parois eiiê la cloison interventriculaire, par le fait de Tépaùchement hémorrhagique. Très fréquemment on voit de Tapoplexie méningée, de» suffusions sanguines à la base du cervelet, la réplétion des sinus de la dure-mêre, la congestion de la pie-mère; alors que la substance cérébrale a conservé, plus ou moins nettement, son état normal. Dans d'autres circonstances, on n'observe pas d'hémorrhagie, mais un épanchement de sérosité dans les ventricules : ce fait est assez fréquent ; et il a été relevé une fois d'une façon particulièrement intéressante, par un auteur anglais, Ogston, qui a rapporté l'observation d'un individu ayant succombé à l'intoxication alcoolique, après l'absorption d'une dose considérable d'alcool, et dans les ventricules latéraux duquel il put recueillir une quantité de 120 grammes d'un liquide séreux, renfermant une quantité d'alcool assez considérable pour que le simple odorat permît de reconçiaître sa présence.
A la période d'excitation du début, correspond une hyperémie qui, ainsi que je l'ai indiqué, fait rapidement place à l'anémie, lorsque la période d'insensibilité et de résolution a succédé à la période d'excitation primitive. Il en résulte que, suivant le moment où la mort a surpris l'individu, on peut trouver, et on a signalé ce fait en effet, de la congestion ou de l'anémie. En général, la mort survenant le plus fréquemment dans la période d'hyperémie, c'est de la congestion que l'on observe.
Du côté de l'appareil pulmonaire, on observe également une congestion plus ou moins intense. Le tissu du poumon est d'une couleur rouge foncé ; à la coupe, on peut voir sourdre un liquide sanguinolent et spumeux; on constate souvent la présence de noyaux hémorrhagiques ; la muqueuse des bronches est le siège d'une congestion intense, elle est rouge, injectée, et sa surface est recouverte de mucus sanguinolent. On a signalé de même la congestion des muqueuses du larynx; de la trachée, dont les glandes sont tuméfiées ; et on a même signalé, dans le pharynx, le développement plus ou moins marqué des follicules clos.
Ce sont là les lésions les plus constantes et les plus remarquables que l'on peut observer. Mais il peut cependant y en avoir d'autres.
L'appareil gastro-intestinal, par exemple, présente à ce sujet des caractères qu'il n'est pas sans intérêt de faire remarquer. L'œsophage est plus ou moins congestionné; on y observe fréquemment