QUALITÉS MÉDICAMENTEUSES
U0D8 galéniques, au moins lorsqu'elles concernent ce qu'on appelle les grands médicaments, comme Topium, le quinquina.
Dès les premières applications i la thérapeutique de Temploi de produits végétaux ou de produits animaux, on avait été frappé de l'importance considérable qu'il fallait attribuer aux formes sous lesquelles se présentaient les substances médicamenteuses. On ne tarda pas à s'apercevoir — la plus simple expérience le montrait avec la dernière évidence — que les drogues, pour la plupart tout au moins, ne pouvaient être données à leur état naturel de façon qu'on pût compter sur les résultats qu'on espérait obtenir:
Mais il serait bon, avant d'insister sur ces diflerentes formes sous lesquelles ces drogues se présentent à nous et sont utilisées, de jeter un coup d'œil sur les raisons qui ont pu déterminer à l'emploi de certaines substances et à la reconnaissance, dans ces produits, de qualités médicamenteuses, de ce que les anciens appelaient les Facultés vitales des plantes. Je crois qu'il faut presque remonter aux temps où les données relatives à l'astrologie étaient à peu près les seules à déterminer et régenter l'emploi des substances médicamenteuses, pour trouver, dans les écarts dus aux abus produits par les théories singulières qui régnaient alors, les raisons de l'emploi de certaines substances et de leur application thérapeutique.
Les premiers essais relatifs à l'application en thérapeutique de la plupart des substances médicamenteuses ne paraissent pas avoir découlé de l'expérience et de l'observation personnelle : c'est plutôt le hasard, l'instinct, l'imitation des animaux qui guidèrent les premiers pas. Ce n'est qu'à la suite de tentatives basées sur des idées plus ou moins erronées que l'expérimentation a pu intervenir pour rectifier ce que ces données avaient d'inexact. Le plus généralement, c'est du rôle que ces substances paraissaient jouer chez les animaux, ou bien de quelques ressemblances et analogies grossières que l'on a déduit leurs propriétés thérapeutiques. Les concrétions de l'estomac de Técrevisse furent appliquées à la cure des sécrétions acides de l'estoraac; le castoréum, le musc, furent réputés posséder une action bienfaisante sur les organes génitaux; divers organes tels que poumons, foie, etc., reçurent des applications sur lesquelles je reviendrai. A cause de sa couleur rouge sans doute, le corail passait pour purifier le sang, réjouir le cœur et posséder des vertus aphrodisiaques.
Mais ce fut relativement à l'emploi des produits végétaux que la
THEORIE DBS SIGNATURES
ins la découverte des analogies se donna libre carrière. A le vue, une doctrine qui eut autrefois une extrêmement porlance, et que je veux rappeler seulement en quelques loctrine qu'on disait des signatures a dû, certainement, ut de départ des premiers résultats expérimentaux qu'on a relativement aux recherches qui ont été faites de ces , de ces quintessences, de l'obtention, en un mot, des prins des substances médicamenteuses. Cette doctrine des
reposait sur le fait suivant, absolument imaginatif d'ailme vous allez voir : ceux qui soutenaient cette théorie le les vertus des plantes étaient révélées soit par la forme.
soit par des signes extérieurs qui fournissaient une indiativemenl à leur emploi en thérapeutique. Quelques ront vous faire mieux comprendre, à la fois ce qu'il y adé, en apparence, dans cette théorie, et ce qu'elle avait de Qt exagéré.
les blanches que l'on trouve disséminées sur la feuille de aire rappelant l'aspect de certains foyers caséeux on ^onclu^e que cette plante était indiquée dans le traitement ms des voies respiratoires. De même, l'aspect des graines inspira, paralt-il, l'emploi de cette substance pour le trai-
tœnia. Une plante très commune dans nos climats, le pelé vulgairement Herbe aux perles, était réputée égaleaison de sa forme et de son aspect, propre à guérir la gran, comme dernier exemple des inconséquences auxquelles lener cette théorie bizarre, Oswald Croll, dans son livre de signaturis, publié à Leipzig en 1634, vingt-cinq ans nort, nous apprend que certaines plantes, telles que les
le phallus, étaient réputées aphrodisiaques en raison de nblance avec les organes mâles de la génération. , Messieurs, tout en insistant sur ce qu'il y a d'absurde théorie, vous avez pu voir que, cependant, il reste aujour- }ue chose, certainement dû au hasard, de son application, exemples que je viens de vous citer, un seul est à retenir,
du traitement du tœnia par la graine de couine : vous Tet que ce traitement est absolument logique, absolument lis pas pour la raison que lui attribuait la doctrine des ; le hasard seul l'a fait concorder ici avec une application
THÉORIE DE LINNE 5
exacte. Parmi les nombreux exemples que Ton pourrait choisir en plus de ceux que je viens de vous citer, celui-ci est à peu près le seul qui soit à retenir, tous les autres n'étant que de pures vues de l'esprit. D'ailleurs, au moment même où cette doctrine des signatures était dans toute sa splendeur, des esprits éminents l'avaient appréciée à sa juste valeur. Guy de la Brosse écrit à ce sujet : < Telle signature est donnée à vue, qu'il ne s'ensuict pas que sa vertu soit démontrée par elle, joinct qu'en beaucoup de ressemblance il s'y rencontre plus d'imagination que de vérité. C'est comme des nuées que 1 on fait ressembler à tout ce que la fantaisie se représente, à une grue, à une grenouille, à une armée et autres semblables visions. »
Cette phrase de Guy de la Brosse, depuis 1628, époque à laquelle il écrivait sa dissertation De te nature, vertu et utilité des plantes et dessin du jardin royal de médecine^ a jugé absolument cette doctrine des signatures qui, néanmoins, a eu probablement cet avantage de déterminer à faire des expériences pour rechercher jusqu'à quel point les rapports plus ou moins fantaisistes qui avaient présidé à ces idées préconçues pouvaient être justifiés.
Un botaniste des plus éminents, Linné, chercha à établir sur des bases plus scientifiques et rationnelles une théorie de l'application des substances médicamenteuses. Vous savez que c'est à lui que l'on doit une des premières et meilleures divisions du règne végétal : d'après lui, les plantes présentant un même système d'organisation avaient, par ce fait, une parenté évidente ; elles devaient, en conséquence, donner lieu à la formation de produits très semblables, et applicables dans les mêmes circonstances en thérapeutique.
La phrase suivante de sa Philosophie botanique reproduit exactement ses idées à ce sujet.
« Plantse quœ génère conveniuntj etiam virtute conveniunt; quœ ordine naturali continentur, etiam virtute propriiis accedunt; quœque nalurali classe congraunl, etiam viribus congruunt »,
Il semble, en effet, rationnel d'admettre qu'un même système d'organisation dans des plantes d'une même famille soit de nature à déterminer la synthèse, sinon d'éléments identiques, au moins de substances très voisines par leur composition et leurs propriétés.
Ainsi, dans le groupe des Conifères, nous avons toutes les térébenthines dont les applications sont très sensiblement identiques. Les Crucifères sont employées à cause de leurs essences sulfurées, homo-
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log-ues au moins quant à leurs applicatioDs thérapeutiques. Toutes les Labiées se comportent comme des substances aromatiques et stimulantes dont l'emploi est souvent fort utile. La plupart des Convolvulacées se distinguent par l'existence d'une résine purgative. T __ . nacées contiennent, pour la plupart, des glucosides ^ssant à la façon de la digitaline, de la strophantine et analogues. Enfin, les Solanacées sont caractérisées alcaloïdes mydriatîques qui participent tous, plus ou opriétés du plus important d'entre eux, je veux dire de
si les exemples que je vous ai cités sont indiscutables, sn poussant plus loin l'étude des phénomènes, on ne ibserver qu'une connaissance plus approfondie de la mmédiate de quelques-unes de ces substances végéait l'existence de différences très notables dans les proue Von pouvait retirer des différentes plantes dont je
parler. Pour ne prendre qu'un exemple, dans la der- }ue je vous citais tout à l'heure, les Solanacées, à côté xtrdmenient actifs comme l'atropine, il y en a d'autres tu près dépourvus d'activité : il y a même un assez i des représentants de cette famille qui fournissent k
des produits dont il serait bien difficile, pour ne pas le, de se passer actuellement.
itions semblaient ruiner complètement l'hypothèse de e, dans ces dernières années, un des Maîtres de cette er, émit à l'égard de cette hypothèse des appréciations 9sent extrêmement intéressantes et qui, si elles n'ont alors sanctionnées par l'expérience, sont du moins des ;nt possibles et que l'expérience vérifiera peut-être un ibler, en effet, les dissemblances que l'on peut observer physiologique exercée par les substances actives prontes dîfTérentes d'une même famille végétale, n'impli- I nécessairement une différence essentielle entre les Qédiats d'espèces voisines. Je m'explique, ou plutôt, idée de Gubler : pour lui, les alcaloïdes volatils, oléiverses variétés de ciguës ne résulteraient que de simples dans la constitution moléculaire des huiles essentielles extraire de toutes les plantes de la famille des ombelU-
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fères. L'aconitine présenterait, de même, une relation étroite avec cette substance volatile, de durée absolument éphémère, que Ton rencontre dans la plupart des Renonculacées et que Ton observée avec une prépondérance remarquable dans le groupe des Renonculacées acres lorsqu'elles sont encore jeunes, c'est-à-dire récoltées à ane époque suffisamment proche de leur germination. La vératrine constituerait également une simple modification de la constitution moléculaire de la résine toxique qui Taccompagne dans les différentes espèces de Vératrums. Enfin, la picrotoxine, cet alcaloïde qu'on isole de la Coque du Levant, ne serait autre chose qu'une modification allotropique de la substance amère qu'on a pu isoler du Colombo ainsi que de quelques autres représentants de la famille des Ménispermacées.
€ En outre, ajoute Gubler, s'il était démontré qu'une même substance fondamentale, soumise à des changements de composition chimique, en apparence insignifiants, peut ainsi manifester tour à tour, selon les espèces botaniques et les conditions de végétation de chacune d'elles, les propriétés physiologiques les plus diverses, il serait établi du même coup que les vertus thérapeutiques ou toxiques des principes immédiats (alcalins, neutres, glycosides) sont attachées, non pas à la nature des éléments constituants, ce qu'on savait de longue date, ni même à la proportion relative ou à la masse de ces éléments comme on le croit assez généralement, mais plutôt à leur structure moléculaire ou, mieux encore, aux états allotropiques et dynamiques sous lesquels existent leurs molécules élémentaires ou composées ».
C'est là une façon tout à fait large et philosophique de concevoir les choses; et il semble que les conquêtes récentes de la physique et de la chimie autorisent à entrer résolument dans cette voie.
Jusqu'à présent, il est vrai, la sanction expérimentale indiscutable manque à ces hypothèses; mais, en somme, ces hypothèses sont loin d'être absurdes, elles sont parfaitement soutenables, et peutêtre, dans un temps plus ou moins proche ou éloigné, aurons-nous la confirmation de ces vues, ce qui serait la confirmation de la théorie de Linné : cela nous montre, dans tous les cas, que la constitution moléculaire, les états allotropiques différents sous lesquels une même substance peut se présenter, doivent jouer un rôle prépondérant quant à l'interprétation de son action sur l'organisme animal.