‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicaleChapitre 26 sur 486 · INTOXICATION AIGUË PAR LE SULFONAL · texte numérisé non relu

INTOXICATION AIGUË PAR LE SULFONAL

d'intoxications chroniques ; j'y ai relevé des faits extrêmement intéressants, qui sont épars de tous les côtés. Je crois que c'est surtout dans cette histoire toxicologique, si je puis ainsi dire, du sulfonal et du trional, que nous trouverons des faits nous permettant de régler le mieux l'administration de ces médicaments, et de déterminer les conditions dans lesquelles il convient de les administrer et, surtout, celles dans lesquelles il convient de ne pas les administrer.

Le nombre des cas mortels depuis 1886, époque à laquelle le sulfonal est devenu d'un usage courant, s'élève à une quarantaine environ : je ne parle ici que des cas avérés. C'est presque toujours dans l'application de ce médicament au traitement des affections nerveuses et mentales que ces accidents se sont produits. Les femmes en ont été plus fréquemment victimes que les hommes. Relativement aux quantités absorbées, en plus du cas d'Œstreicher, que je relaterai tout à l'heure, et qui se rapporte à un individu ayant utilisé 1500 grammes de sulfonal dans un espace de six ans, Herting a rapporté deux observations dans lesquelles la quantité fut de 893 grammes en deux ans et huit mois et de 224 grammes en six mois et demi. Schœffer a rapporté un cas mortel à la suite de l'ingestion de 180 grammes en neuf mois; Oswald, un autre cas mortel à la suite de l'absorption de 132 grammes en quatre mois; Helweg, un autre cas mortel à la suite de l'absorption de 90 grammes en trois mois: et Schulz, un autre cas, également mortel, à la suite de l'em- ^

ploi de 16 grammes en un mois.

Lorsqu'on put pratiquer l'autopsie, on constata toujours de la dégénérescence granulo-graisseuse du foie et des reins; la muqueuse intestinale montra les lésions de l'entérite aiguë; la moelle présenta, dans la plupart des cas, les altérations caractéristiques de la myélite aiguë. Dans un cas, on put observer du catarrhe intestinal aigu, après l'absorption de 20 grammes, à doses réfractées.

Les accidents étaient facilités par l'état d'anémie ou d'infériorité de l'appareil gastro-intestinal des sujets. Ils débutaient toujours par des symptômes gastriques, puis les phénomènes nerveux apparaissaient : troubles ataxiques, respiratoires, perte du sentiment. La mort se produisit constamment au cours d'un état comateux.

Examinons de plus près quelques-uns de ces cas d'intoxication aiguë et chronique.

Intoxication aïguë. — Tout d'abord, on a observé un cas de

62 VALEUR DE L'HÉMATOPORPHYRINURIB

jnort dans un état comateux, avec respiration lente, des sueurs profuses et une température relativement élevée, atteignant 39**, 5 chez un individu qui, dans un but de suicide, avait absorbé en une seule fois la dose fantastique de 30 grammes de sulfonal. Ce sont là des faits, bien entendu, qu'il faut retenir pour leur bizarrerie et qui ne peuvent, en apparence, prêter à aucun enseignement au point de vue thérapeutique; cependant, vous allez voir que, malgré l'énormité de la dose, la mort ne succède pas toujours à l'absorption de quantités aussi considérables.

Voici, par exemple, le fait d'une jeune femme qui, également dans le but de se suicider, absorbe en une seule fois la dose de 25 grammes de sulfonal : elle fut en proie à un sommeil qui dura 4e\ix jours et deux nuits consécutifs, malgré toutes les excitations que l'on put mettre en œuvre; et, pendant les quatre jours suivants, la malade fut sujette à une envie de dormir presque insurmontable contre laquelle on eut toutes les peines du monde à lutter. On employa, naturellement, tout les moyens de révulsion et d'excitation tant externes qu'internes pour lutter contre cet état de sommeil presque comateux; puis, au bout du troisième jour, lorsque la malade commença à donner quelques signes de vie, se développèrent un certain nombre de phénomènes qui débutèrent par des manifestations gastriques : la malade fut prise, d'une façon passagère, de diarrhée et de Tomissements ; puis elle eût de l'anorexie, la langue fortement chargée, une sensation intense d'amertume et de mauvais goût dans la bouche, des douleurs stomacales, et enfin, à cette diarrhée du début, succéda une constipation opiniâtre qui résista pendant cinq jours à tous les moyens employés. Au cinquième jour apparurent des signes très évidents de néphrite, qui durèrent trois jours; les urines ayant été examinées avec beaucoup de soin, montrèrent la présence de méthémoglobine, mais, fait sur lequel j'appelle votre attention, pas d'hématoporphyrine.

Je dois insister sur ce point qui parait très intéressant dans l'histoire des accidents que peut déterminer le sulfonal et que détermine également le trional : lorsque, au milieu de ces phénomènes d'intoxication, l'hématoporphyrine n'apparaît pas, d'une façon en quelque sorte prématurée, il semble, à en croire les nombreuses observations qui ont été publiées jusqu à présent, que. ce soit là un bon indice, un signe de la guérison presque certaine du malade.

Page 1