‹ Lecons de pharmacotherapie v. 3, 1905Chapitre 26 sur 130 · VII. ACTION LOCALE ET ACTION GENERALE · texte numérisé non relu

VII. ACTION LOCALE ET ACTION GENERALE

et groupes organiques les plus importants ne parviennent à se mettre en contact avec la substance chimique, que quand le courant sanguin a charrié celle-ci jusqu'au milieu intérieur de l'élément organique. Voilà pourquoi nous distinguons des actions qui se manifestent à Vendroit même d'application et des actions qui ne se développent qu'en un endroit du corps , plus au moins éloigné du lieu d'application , vers lequel le sang a transporté la substance chimique. Nous appelons la première action actio localis (action locale)] la seconde actio remota (action éloignée). C'est à juste titre qu'on nomme aussi cette dernière: actio generalis {action générale) ou encore action par résorption , parcequ'en effet la substance chimique doit être reprise par le sang, pour atteindre toutes les régions alimentées par ce dernier. Ces dénominations , qui ont acquis droit de cité et qui présentent un grand intérêt pour le clinicien, ne manquent pas cependant, il faut l'avouer, d'une certaine équivoque. Grâce à la connexion intime et réciproque des divers organes, il se produit souvent un effet manifeste en un endroit très éloigné de celui qui a été primitivement, mis en contact avec le médicament. L'agent pharmaceutique n'a absolument pas pénétré jusqu'à l'organe éloigné. Il n'y développe pas et n'y peut développer aucune action. Cependant l'effet produit est également un effet éloigné dans le vrai sens du mot. Certains pharmacologistes d'ailleurs donnent ce nom à cet effet indirect ou secondaire. Cela donne lieu, à notre avis, à une confusion. Il vaut mieux de distinguer, une fois pour toutes, les actions ou effets des médicaments en primaires et secondaires, et d'entendre par actions primaires les modifications fonctionnelles de l'organe ou des groupes organiques, provoquées par la présence du médicament lui-même; par actions secondaires ou indirectes les modifications fonctionnelles des autres organes , causées par l'effet primaire. Celles-ci ne dépendent nullement de la présence en plus ou moins faible proportion du médicament dans l'organe, n'ont rien à voir avec cette présence et ne doivent leur origine qu'à la dépendance intime et réciproque de tous les organes^ en vertu de l'organisation compliquée de l'organisme. Uaction locale et Vaction générale ont donc la même signification. Elles sont des actions primaires^ directes^ dépendant de la substance chimique elle-même^ introduite dans l'organisme dans un but médicateur.

Nous ne parlons donc pas d'action éloignée ou générale dans le cas où de l'acide sulfurique concentré, appliqué sur la muqueuse gastrique, y détermine la nécrose et lorsque chez l'individu empoisonné par cet acide il se produit des altérations de l'activité cardia'^ue^ de Ia fonction respiratoire et de la pression sanguine. Ces dernières actions sont dues à des phénomènes réflexes, provoqués par la forte irritation

CONDITION DE l'alTION (iENBKALE. KÔI.E

des termÎDaisODs du vague dans restomac, et se réalisent par rintermédiaire des ceutrea cardiaque, vaso-moteur et respiratoire de la moelle allongée. Il n'y a doue là qu'un effet indirect, un effet secondaire de l'effet local primaire, car le médicament n'a pas pénétrt' jusqu'à la moelle allongée , dont la fonction est modifiée.

A l'appui de notre thèse , nous citerons un second exemple emprunté à l'action diurétique de la dii/itale dans les maladies du coeur et nous rappellerons en même temps encore une fois à vos souvenirs la diB'érence d'action des médicaments chez l'homme malade et chez l'homme normal. Chez l'homme et l'animal normaux la sécrétion urinaire ne se modifie pas sensiblement par l'emploi de la digitale; chez les cardiaques, au contraire, elle monte souvent sous son influence de 500 ce. à 2, 3 et môme à plusieurs litres par 24 heures. Cette action pourrait très bien être une action primaire , éloignée , résoiptive , vu que la digitale est conduite par le sang jusqu'aux reins. Et cependant elle constitue une action indirecte, secondaire, puisque l'expérience nous apprend que chez les individus normaux le rein ne se montre pas sensible à l'influence de la digitale. L'affection cardiaque avait produit une stase veineuse rénale, qui avait entraîné une diminution de la diurèse. L'action primaire , éloignée , résorptive, de la digitale s'est manifestée par une amélioration de l'activité cardiaque; la tension sanguine s'est élevée, la vitesse du courant sanguin a augmenté dans tous les organes et aussi dans le rein; l'état de narcose, dans lequel cet organe se trouvait réduit de par la stase veineuse , s'est dissipé et la diurèse plus active et meilleure s'eat produite , comme mm effet secondaire de V action primaire éloignée, qui n'a rien de commun avec la présence de la digitale dans le rein.

Nous devons maintenant nous occuper, en tout premier lieu, de la condition nécessaire à ta produrtion de l'action éloignée ou générale des médicaments, condition qui ne saurait être trouvée ailleurs que dans la présence, à un moment donné, d'une certaine quantité de la substance dans les organes ou groupes organiques éloignés. Cette condition indispensable n'est remplie que dans le cas où, à un moment donné, il se trouve une quantité déterminée du médicament dans le sang , à savoir dans le sang artériel. Ce n'est que par cette voie qu'il peut pénétrer jusqu'au miUeu intérieur et atteindre l'organe sensible à son action.

Le sang d'ailleurs ne joue en général, dans ce processus, qu'un rôle tout à fait passif. Il représente la grande rivière , la grande voie fluide, par laquelle le médicament est transporté jusqu'aux organes. Rendons ce rôle passif du sang encore plus saisissable une expérience. Démontrons comment l'on peut jusqu'à un

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