‹ Leçons de physiologie expérimentale appliquée à la médecine :Chapitre 40 sur 111 · SEPTIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

SEPTIÈME LEÇON

SOMMAIRE: Rapprochement du pancre'as avec les glandes salivaires.

— Historique des travaux sur le pancréas, dans lesquels se retrouve cette confusion du pancréas et des glandes salivaires. — État des connaissances sur les fonctions du pancréas avant nos recherches. — Du suc pancréaticjue , des procédés employés pour l'obtenir : procédés de de Graaf,deMagendie, de Tiedemann et Gnielin de Leuret etLassaigne.

— Par quelles circonstances nous avons été amené à faire des expériences sur le pancréas.

Messieurs,

Le pancréa.s a toujours été jusqu’à nos jours considéré comme une glande salivaire. Constamment placés au point de vue de la forme et de l’apparence extérieure, les anatomistes, n’ayant pu apercevoir de différence déstructuré, avaient conclu à des fonctions identiques; nous allons, comme nous l’avons fait poulies glandes salivaires , passer rapidement en revue les découvertes anatomiques et physiologiques qui ont été faites sur le pancréas; vous verrez que cette confusion avec les glandes salivaires, qui date des temps les plus anciens, s’est poursuivie jusqu’à nos jours.

Hérophile, de Chalcédoine, connut assez bien la position du pancréas et sa nature glandulaire.

EudéMUS, que Galien compte parmi les premiers anatomistes, connaissait déjà le pancréas, et pensait que cet organe versait dans l’intestin un suc analogue à la salive.

Rufus d’Ephèse décrivit évidemment cette glande,

PANCUEAS. HISTORIQUE.

et ne la confondit point avec les glandes mésentériques.

Cl. Galien semble indiquer, dans le livre V De usu partium (i), le pancréas, mais d’une manière assez obscure.

1627. Gaspar Aselli prit pour le pancréas une agglomération de ganglions mésentériques, qui est surtout remarquable chez les chiens, et il décrit le pancréas comme une glande encore inconnue. C’est de là que vient le nom àe pancréas cV Aselli donné à ces ganglions, et ceci fut la source d’une grande obscurité répandue par cette confusion sur l’histoire des vaisseaux chylifères.

1642. Maurice Hoffmann trouva, dans l’automne de l’année 1642, le conduit pancréatique sur un coq d’Inde, et. fournit à IVirsung, son hôte, l’occasion de trouver le même conduit sur l’homme.

1642. George Wirsüng trouva le premier sur I homme le conduit cpd porte son nom. Il en fit faire une figure sur cuivre, dont il envoya un exemplaire à Riolan en iô43. Plus tard, Blumenbach, professeur à Goettingue, eut entre les mains un autre exemplaire de cette gravure qui lui venait de Caldani. Wirsung mourut assassiné, dit-on, le 22 août i643. ISous constatons de nouveau ici que les découvertes anatomiques et physiologiques suscitent aujourd’hui moins de passions.

1669. Sylviüs de Le Boe donna une bonne figure du conduit pancréatique que de Graaf mit dans son

(1) OEuvres anatomiques, physiologiques et médicales de Galien, trad. par Ch. Dareniberg. Paris, 185à, t. I, p. 335.

PAiNCRÉAS ET SEC PA^’CRÉATIQUE;

olivrafje De succo pancrealico , e!c. Il regardait la bile comme alcaline, le suc pancréatique comme acide, et croyait qu’au contact de ces deux liquides il se développait une fermentation avec effervescence.

1G64. Regnier de Graaf publia une dissertation anatomico-médicale sur la nature et les usages du suc pancréatique.

1667. Berkard Swalve fit une brochure sur le pancréas elle suc pancréatique.

J 670. Floreïntin Schüyl plaça des ligatures sur les ouvertures des conduits biliaires èt pancréatiques.

1678. Conrad .Johrekii donna une bonne figure sur bois du pancréas avec son conduit.

i683. Conrad Brunner publia des expériences nouvelles sur le pancréas et les usages du suc pancréatique. 11 passe pour avoir enlevé celte glande sur huit chiens ; il fit la ligature du conduit pancréatique : la plupart des animaux guérirent et la digestion ne parut pas troublée. 11 en conclut que le pancréas n’a pas une très grande importance dans l’économie. Nous aurons plus tard à revenir sur ces expériences.

1700. Glopton Havers parla du pancréas et donna une théorie merveilleuse de la digestion.

1762. Bryan Robinson attribua une grande importance à l’action du suc pancréatique.

1755. Georges Heuermann découvrit les deux conduits pancréatiques parallèles entre eux, qui aboutissent cependant à un orifice commun.

1755. Hermann Schrader distingua, dans le chien et dans les autres carnassiers, le conduitbiliaire d’avec

lilSTORIQUK. 173

]e canal pancréatique ; il trouva dans les corbeaux deux pancréas et deux conduits pancréatiques.

lyôG. Asch examina au microscope, chez divers animaux , la salive, le suc pancréatique, et trouva dans tous ces liquides des globules.

1780. Ev. Home trouva des globules dans le suc pancréatique.

1791. Fordyge étudia au point de vue chimique les propriétés de la salive et du suc pancréatiqucj il nia que la première eût aucune action sur la digestion, et accorda seulement qu’elle sert à la déglutition.

1794- Jacob Plenck fit l’analyse de la salive et du suc pancréatique, il leur trouva des propriétés tout a fait semblables.

Vous ne voyez guère, Messieurs, dans tout cet historique, que des études purement anatomiques, les études chimiques sont à peine indiquées. Dans tous les cas, vous pouvez remarquer que les glandes salivaires et le pancréas sont enveloppés dans une description commune.

Sous le rapport physiologique, le même rapprochement a constamment été soutenu, et J. -B. SiE- BOLD (1) a résumé toutes les connaissances aux points de vue anatomique, physiologique et pathologique, surlesglandes salivaires et sur le pancréas, qu’il considère aussi comme une dépendance de l’appareil salivaire.

Les anatomistes modernes ont continué dans ce

(1) Diss. med. sistenshistoriam sijstematis salivaris physiologice et pathologice considerati. lenæ, 1797,in-Z|.

l7/l PANCRÉAS ET SUC PANCRÉATIQUE,

siècle la même comparaison; l’anatomie de structure a montré que le pancréas ne différait pas des glandes salivaires, et que ces organes rentraient les uns et les autres dans la classe des glandes en grappe.

La plupart des physiologistes ont voulu encore dans ce siècle retrouver que les fonctions du pancréas étaient semblables à celles des glandes salivaires, et que le suc pancréatique, par conséquent, était analogue par ses propriétés à la salive. Les recherches de MM. Leuret et Lassaigne tendaient aussi à cette même conclusion, quoique Tiedemann et Gmelin, dans leur travail publié à la même époque, commençassent déjà à indiquer des différences dans les propriétés du suc pancréati(jue comparées à celles de la salive. Au point de vue pathologique la même comparaison a été également suivie ; et dans une thèse publiée sur ce sujet en 1 833, M.Becourt l’approche les maladies du pancréas de celles des glandes salivaires, et il en déduit une espèce de sympathie entre ces deux sécrétions, qui suivraient les mêmes oscillations dans leurs états morbides et physiologiques : ainsi, il admet une salivation pancréatique mercurielle comme la salivation mercurielle buccale. Enfin, dans les derniers temps, on a trouvé que la salive et le suc pancréatique agissent sur l’amidon pour le transformer en sucre à peu près de la même manière, et l’on s’est appuyé sur ce nouveau fait pour poursuivre toujours les mêmes rapprochements physiologiques. Aujourd hui encore, dans les ouvrages qui paraissent, dans les thèses qui s’impriment, on persiste à soutenir cette confusion, bien que nous ayons

HISTORIQUE

publié déjà depuis quelques années des expériences qui démontrent que le pancréas diffère essentiellement des glandes salivaires. Cette persistance à rester an point de vue anatomique prouve combien il est difficile de faire sortir d’une fausse direction, quand elle est imprimée depuis longtemps. Quant aux erreurs dans lesquelles sont tombés les physiologistes, elles sont le résultat des inductions anatomiques qui, ainsi que nous l’avons déjà dit, ne sauraient faire prévoir ce que pourrait donner l’expérimentation ; et il vous sera démontré par la suite de ces leçons qu’au lieu de rapprocher le pancréas des glandes salivaires au point de vue de leurs fonctions, il faut au contraire l’en distinguer avec soin. C’est ce que j’espère vous montrer en vous traçant l’histoire du suc pancréatique.

Le suc pancréatique n’est réellement connu que depuis ces derniers temps, où l’on a pu le recueillir sur un certain nombre d’animaux par des procédés d’expérimentation convenables,

Regnier de Graaf, en i66;2, recueillit du suc pancréatique, dont il décrit les propriétés en même temps que le procédé à l’aide duquel il l’obtint sur le chien. Il existe même une figure, reproduite par tous les anciens anatomistes, qui représente un chien à l’intestin duquel on a adapté un flacon vis-à-vis de l’embouchure du conduit pancréatique. Le même chien porte également une bouteille attachée à un conduit salivaire, sans que l’auteur parie de la salive.

Le procédé décrit par de Graaf est réellement inapplicable, et les propriétés qu’il décrit pour carac-

suc PANCRÉATIQUE.

tériser son suc pancréatique prouvent évidemment quil n’en a jamais eu. En effet, il dit que c est un liquide acide, salé, d'un goût âpre, etc. Du reste, comme tout le monde le sait, Regnier de Graaf avait pour objet de soutenir la théorie chimiatrique de son maître Sylvius de le Boë, dans laquelle on admettait que le suc pancréatique acide faisait effervescence dans l’intestin avec la bile alcaline.

Beaucoup d’auteurs ont disserté sur le pancréas et sur ses usages, sans pour cela connaître mieux le suc pancréatique, qu’on n’avait jamais réellement obtenu ; au point que Haller, en résumant toutes les recherches de ses prédécesseurs, avoue que Fou a tout à apprendre sur ce point.

Dans ce siècle, M. Magendie est un des premiers qui aient obtenu du suc pancréatique. 11 faisait, pour l’obtenir, une ouverture dans le flanc droit d’un chien, attirait le duodénum au dehors, ouvrait avec des ciseaux le conduit pancréatique, et recueillait à l’aide d’une pipette quelques gouttes de liquide. Il constata ainsi qu’il était alcalin, qu’il coagulait par la chaleur, ce qui constitue déjà deux faits importants; mais il ajoute que l’on ne sait pas encore à quoi pouvait servir le suc pancréatique.

Quelques années plus tard, MM. Leuret et Lassaigue obtinrent du suc pancréatique en quantité assez considérable sur un cheval, par un procédé qui cousistait à introduire dans le canal pancréatique un tube qu’on y fixait pendant que l’abdomen de l’animal était ouvert, et par lequel le suc était recueilli dans un réser-

HISTORIQUE

voir. Ces auteurs conclurent, d’après leurs expériences, que le suc pancréatique avait les propriétés de la salive et lui attribuèrent les mêmes usages. A la même époque, Tiedemann et Gmelin obtinrent du suc pancréatique sur le chien et sur la brebis, à l’aide d’un procédé qui consiste à faire une plaie à l’abdomen, à attirer le pancréas au dehors, à y fixer un tube par où le liquide doit s’écouler, après qu’on a rentré l’intestin et le pancréas dans le ventre et que l’on a recousu la plaie. Ils confirmèrent ce qu’avait vu M. Magendie, et ils trouvèrent que le suc pancréatique était coagulable par la chaleur, qu’il différait par beaucoup de propriétés de la salive. Mais il est difficile de comprendre comment ils arrivèrent à trouver que ce liquide était acide dans certaines circonstances.

Pour établir l’état de la question avant nos recherches, nous nous bornerons avons rappeler les opinions qui régnaient sur les fonctions du pancréas et qui ont été résumées par M. P. Bérard :

«Au siècle dernier, dit ce professeur, on disait que le suc pancréatique avait j)our but de modérer l’activité, de diminuer l’acrimonie, la viscosité de la bile; que le pancréas était très grand chez le crocodile, parce qu’il avait une bile très âcre.

« On disait’encore que le suc pancréatique servait à entretenir en bon état les orifices des vaisseaux chylifères, à exercer une action dissolvante sur les aliments, d’où la nécessité d’un grand pancréas chez les animaux cpii boivent peu, la sécheresse des selles chez 2' SEM. 1855.

SLC PANCRÉATIQUE.

lin iiidivicki dont le pancréas était comprimé par nn scpiirrhe et chez les chiens auxquels Brnnner avait extirpé le pancréas, etc. (i). »

« MM. Tiedemann et Gmelin professent que le suc pancréatique, riche en matériaux azotés, contribue à animaliser les matières alimentaires et à favoriser leur assimilation; ils pensent que cette action est due surtout au mélange des principes azotés du pancréas sur les substances introduites dans le tube digestif. Ce qui prouve, suivant ces auteurs, que les substances azotées sont absorbées avec l’aliment qu’elles modifient, c’est que leur proportion va en diminuant du haut en bas dans le tube digestif. »

D’après tous ces travaux, vous voyez, messieurs, que les propriétés d»u suc pancréatique n’étaient nullement fixées et que ses usages n’étaient pas connus, lorsqu’en 1846 nous fûmes conduit à étudier le rôle du suc pancréatique par la circonstance suivante, qu’il est bon que je vous signale, afin que vous ayez la conviction que ce n’est pas en partant de l’anatomie d’un organe que l’on peut songer à en déduire les fonctions, mais que c’est au contraire en se plaçant au point de vue physiologique et en poursuivant un phénomène dans les différentes phases qu’il subit au contact de l’organisme. Voici ce qui nous arriva à propos du pancréas.

Nous faisions des recberches sur les phénomènes delà digestion comparée chez les animaux carnivores et chez les animaux herbivores, et parmi les substances

(1) Haller, Elementa physiologiœ, t. Vf, p. Zi53.

IIISTORlQUli.

ingérées se trouvaient des matières grasses dont nous suivions les modifications dans les différentes parties du tube intestinal. Or nous avions remarqué que lorsque nous introduisions de la graisse dans l’estomac des lapins, cette graisse sortie de l’estomac n’était modifiée qu’à une certaine distance du pylore, et beaucoup plus bas dans l’intestin que cela n’a lieu chez les chiens. L’absorption de la graisse par les vaisseaîîîv cbylifèresmanifestaitla même différence, etnous vîmes que les vaisseaux chylifères blancs contenant de la graisse n’étaient très évidents qu’à une distance assez considérable du pylore chez les lapins, tandis que chez les chiens ils apparaissaient au commencement du duodénum. Cette différence dans le lieu de la modification et de l’absorption de la graisse ayant été constatée sur des chiens et sur des lapins, il était naturel d’en chercher la cause dans quelque disposition propre à l’intestin de ces animaux. Or nous remarquâmes que cette différence coïncidait avec une différence dans le point de déversement du suc pancréatique dans l’intestin ; que chez les chiens le suc pancréatique se déverse très près du pylore , tandis que chez les lapins le canal pancréatique principal ne s’ouvre qu’à o,3o-o,35 au-dessous du conduit biliaire, et c’est précisément dans ce point que la matière grasse commençait à être modifiée et que- les vaisseaux chylifères pouvaient l’absorber. Lorsque ce rapport hit observé entre le point où le suc pancréatique se déverse dans l’intestin et le lieu où la graisse commence à être modifiée, il fut tout naturel

suc PANCIiiÎATIQÜE.

de rechercher si ce fluide n’étail pas lui-niêiue la cause de cette modification survenue dans la graisse. C’était une supposition que l’expérience devait vérifier, et nous fûmes amené ainsi à chercher l’action du suc pancréatique sur les matières grasses. On voit que c’est par des considérations toutes physiologiques que nous avons été conduit à ces recherches.

C’est en 1846 que nous avons fait cette observation, et ce n’est que deux ans plus tard que nous avons publié le résultat de nos expériences. Nous avons obtenu du suc pancréatique sur le chien, sur le lapin et sur des oiseaux (oies), etc.; nous avons étudié les propriétés de ce liquide, et surtout son action dans les phénomènes de la digestion. Depuis cette époque il a été fait un très grand nombre d’observations les unes pour confirmer les nôtres, les autres pour les contredire. Nous aurons plus tard à vous donner les expériences qui se sont faites dans un sens et dans l’autre, et à vous faire la critique des opinions émises à ce sujet.

Mais, avant trentrer dans cette ciiiique, (pii se fera en même temps que l’instoire du suc pancréatique lui-même, nous devons vous indicpicr les moyens d’expérimentation que nous avons mis en usage pour nous procurer le suc pancréatique. El , à ce propos, nous devons préalablement insister sur la disposition des conduits pancréatiques et sur leurs anastomoses chez l’homme et chez les animaux qui ont été soumis aux expériences. Ces notions anatomiques sont d’autant plus importantes que dans ces

, CONDUITS PANCRÉATIQUES. 181

derniers temps plusieurs auteurs ont été conduits à des opinions contraires aux nôtres, parce qu’ils répétaient nos expériences sans connaître exactement la disposition des canaux pancréatiques.

Les canaux qui versent dans l’intestin les produits de la sécrétion pancréatique sont au nombre de deux chez beaucoup d’animaux et chez l’homme lui-même. Chez l’homme, l’un de ces conduits vient s’ouvrir avec le canal cholédoque; l’autre, beaucoup plus petit, s’ouvre plus ou moins loin au-dessus de l’ouverture du premier. Ce deuxième conduit pancréatique avait été autrefois trouvé, puis complètement oublié. Ainsi Santorini avait déjà décrit parfaitement les deux conduits pancréatiques chez l’homme.

Tiedemann a fait un résumé sur les variations anatomiques de ces conduits chez l’homme, et il admet qu’il y a tantôt deux conduits et tantôt un seul. D’après mes dissections , je pense que les deux conduits pancréatiques existent constamment, je les ai toujours rencontrés. M. Verneuil et d’autres anatomistes sont également du même avis.

Je vais actuellement, messieurs, vous indiquer la disposition exacte des conduits pancréatiques et de leurs anastomoses chez l’homme, et puis chez le chien, qui nous servira à recueillir du suc pancréatique dans la prochaine séance. Plus tard, nous étudierons chez d’autres animaux les diverses conditions d’écoulement du liquide pancréatique dans l’intestin, à mesure que nous en aurons besoin pour l’explication de nos expériences.

CONDUITS PANCREATinUIîS.

r Chez rhotnme. La fif^nre i8 représente le pancréas P chez l’homme, vu par sa face antérieure. On a disséqué les conduits dans l’épaisseur de la qlaude, et ils viennent se déverser dans le duodénum hg^ qui a été ouvert, et dont la plus jorrande partie a été conservée. Le conduit pancréatique ee suit la direction de l’organe , en recevant des ramuscules dans toute sa longueur;- il se trouve profondément situé à runion du tiers postérieur avec les deux tiei-s antérieurs de l’épaisseur de la glande. Ce conduit se continue jusqu’à l’intestin en c et puis il travei’se obliquement les parois du duodénum, et vient s’ouvrir en fl, de concert avec le conduit cholédoque. Le petit conduit pancréatique ef s’abouche largement dans le grand conduit, et vient s’ouvrir dans l’intestin en tl, en diminuant de calibre à mesure qu’il s’approche de l’intestin, tandis que le contraire a lieu pour le gros conduit, qui est d’autant plus volumineux qu’il se rapproche davantage de sou insertion intestinale. On dirait que le petit conduit pancréatique est une sorte de bifurcation du gros conduit, qui se porte en retour dans la tête du pancréas, et qu’il a plus de tendance à rapporter les fluides dans le gros conduit qu’à les déverser dans l’intestin. C’est pour cela (|ue j’ai proposé de l’appeler canal pancréatique récurrent. Il peut arriver cjue l’extrémité du conduit pancréatique récurrent qui s’abouche dans l’intestin devienne imperméable et s’atrophie, ce qui alors simule le cas où il n’y aurait qu’un seul conduit pancréatique.

CONDUITS PANCUÉATIQUES. 183

La figure i8 ci-dessous représente la disposition normale, cest-à-dire celle que l’on rencontre le plus souvent. Dans les cas les plus frequents, le grand conduit pancréatique vient ordinairement s’ouvrir, avec

Fig. i8. — Conduits pancréatiques chez l’homme — Disposition la plus ordinaire,

abouchement du grand conduit pancréatique dans le duode'num ; — i, c c, grand conduit pancréatique; — e petit conduit pancréatique; — d, ouverture du petit conduit pancréatique dans l’intestin ; P, queue du pancréas ; — h y, duodénum.

Fig. i8 bis. — Coupe de l’ampoule de Vater,, dont la disposition est exceptionnelle.

A , orifice du canal pancréatique constituant l’ampoule ; — B , canal cholédoque, se continuant jusqu’à l’orifice de 1 ampoule ; — P, canal pancréatique;— a, replis de la membrane muqueuse de l’intestin, situé au-dessus de l’ampoule de Vater; — i j, coupe des parois de l’intestin.

le conduit de la hile, dans le fond de l’ampoule de Vater, comme cela se voit fig. 22 et 23. Ici il y a une disposition particulière que je n'ai jamais vu signaler et que j’ai cependant rencontrée plusieurs fois, relati-

184 CONDUITS PANCRÉATIQUES.

vement à Tabouchement du conduit pancréatique et du canal cholédoque dans Finteslin.

Les figures 19 et qo, avec la figure i8 his^ représentent les détails de la disposition qui se rencontre dans la figure 18, relativement à l’abouchement des conduits pancréatique et biliaire,

Fig. 19, — Orifice des conduits biliaire et pancréatique dans l'in~ festin,

h, orifice tlu coiuluit choléilo- (|ue; — /, orifice du canal pancréaliqne qui forme Tainpoule de Va- Icr; — A, plis de Vater; — o, replis, de la membrane muqueuse existant au-dessus de l’ampoule de Vater; — /, coupe d’un fra.j;ment d’intestin.

Fiü 1 9

Fig. 20. — Coupe de l'intestin au niveau de I abouchement des conduits biliaire et pancréatique.

conduit biliaire se prolongeant jusqu’à l’orifice de l’ampoule de Vater;

— i, ampoule de Vater et ses replis; — i j, conduit pancréatique s’ouvrant au fond de l’ampoule de Water ; — k, pli de Vater; — l m, coupe de l’intestin;

— O, coupe du repli de la membrane muqueuse qui existe au-dessus de l'aboucbeinent des conduits biliaire et pancréatique.

La figure 2 1 représente une dispo.sition dilférente que j’ai rencontrée assez souvent aussi chez 1 homme.

CONDUITS PANCRÉATIQUES. 185

C’est une inversion en quelque sorte dans le volume des eonduits panerëatiques. Ici le grand conduit c et le petit conduit c régnent parallèlement dans toute la longueur du pancréas. Seulement, c’est le petit conduit qui vient s’ouvrir avec le conduit biliaire, et le gros conduit s’ouvre isolément plus haut, en g. C’est le contraire de ce qui a lieu le plus ordinairement.

Fig. 2!. — Portion de pancréas et de duodénum de l'homme, chez un

supplicié.

e e, grand conduit pancréatique ; — f, petit conduit pancréatique; — G' c", anastomoses entre le petit conduit et le grand conduit piancréatique; — ouverture du conduit pancréatique supérieur dans l’intestin; — i, ouverture du petit conduit inférieur avec le conduit biliaire; — A, pli de Vater ; — d, duodénum et saillie produite par les glandules de Brunner.

La disposition ci-dessus vient en faveur de l’opinion

CONDUITS PANCRÉATIQUES.

que, primitivement, ehez l’homme, il y a deux conduits pancréatiques égaux et semblablement disposés, et que ce n’est que par le développement inégal de l’un d’eux qu’il s’établit plus tard des variétés anatomiques, qui peuvent être excessivement diverses, comme on le comprend.

Les figures 22 et 28 montrent le détail des insertions des conduits biliaire et. pancréatique, telles qu’elles se rencontrent dans la pièce qui fait l’objet delà figure 28.

Fie. 22. — Ampoule Je Vnter^ ouverte pour voir l'intérieur Je sa cavité ef. les ouvertures des conduits biliaires et pancre'atiijues.

A', ouverture (tu conduit biliaire ; — », orifice du conduit pancréatique;— a, replis muqueux valvulaires existant dans l’ampoule de Vater; — b,-p\i de V’ater; — V, canal cholédoque; — /, conduit pancréatique; — /, intestin.

Fig. 22.

Fig. 23. — Coupe des parois de l’intestin au niveau de l’ampoule de f^ater.

a, ampoule de Vater; — i j, conduit pancréatique;— V d, conduit cholédoque; — /, intestin; — m, intestin et pli de Vater; — O, repli de la membrane muqueuse existant au-dessus de l’ainponle de Vater.

Fig. 23.

CONDUITS PANCRÉATIQUES. 18 7

Clæz le chieîi. Le pancréas offre constamment deux conduits. La figure 24 représente la disposition du pancréas chez le chien, aipsi que celle des canaux qui

Fiiî,'24. — Pancréas et conduits pancréatiques chez le chien.

a, pylore ; — Z», glandules de Brunner, formant un épaississement dans es parois de l’intestin ; — c c', grand conduit pancréatique ; — d, saillie formée par les glandules duodéiiales dans le duodénum ; — e, petit conduit pancréatique à son abouchement dans l’intestin ; — f, anastomose non constante entre le grand et le petit conduit pancréatique ; — g, orifice du conduit biliaire ; — h, orifice du petit conduit pancréatique ; — i, orifice du grand conduit pancréatique; — A, petit conduit pancréatique; — - A:', anastomose constante du petit conduit avec le grand conduit pancréatique; — II' II" , branches des conduits du grand conduit pancréatique ; — P Pj pancréas; — i, portion pylorique de l’éstomac.

188 CONDUITS PANCRÉATIQUES,

viennent se déverser dans le duodénum, qui a été ouvert. Il y a deux canaux pancréatiques, un qui est inférieur par rapport à l’autre et qui vient s'ouvrir isolément dans l’intestin en z ; l’autre conduit, plus petit , vient s’ouvrir plus haut et sur la même papille avec le canal cliolédoque, en h. Ces deux conduits s’anastomosent ensemble en / et en k\

Les deux conduits pancréatiques ont entre eux, chez l’homme et chez le chien , de larges et fréquentes anastomoses, de sorte que si l’on vient à lier un conduit, on n’empêche nullement le liquide de s’écouler dans l’intestin par l’antre canal, Il y a un procédé très simple pour s’assurer du rôle de ces anastomoses. Voici un pancréas de chien qui tient encore à l’intestin: du côté du pancréas, j'injecte de l’eau en introduisant la canule d’une seringue par le gros conduit ; vous voyez aussitôt le liquide sortir par le petit conduit sur la surface de l’intestin, près du canal cholédoque. Aucune valvule ne s’oppose à cette libre communication. Chez l’homme et chez le chien, on rencontre les mêmes dispositions, seulement la dimension des conduits est différente. Ainsi, tandis que chez l’homme c’est le conduit supérieur qui est le plus gros et l’inférieur le plus petit, chez le chien c’est l’inverse , le conduit supérieur est le plus petit, l’inférieur le plus gros. Chez le cheval, il en est de même. Chez le lapin seulement, il n’y a réellement qu’un couduii, car le plus petit est tellement atrophié, qu’il est presque imperméable. Le conduit principal s’ouvre à 3o on 4o centimèti-es au-dessous du canal cholédoque.

CONDUITS PANCRÉATIQUES. 189

On a cherché la loi de ces dispositions si variées des conduits pancréatiques chez l’homme et les animaux, relativement à leur développement et à leur anastomose. En observant les différentes phases de la vie fœtale, il m’a semblé que, dans l’état embryonnaire, il y avait deux paneréas qui se fondaient l’un avec l’autre par suite des progrès de l’âge. Dans cette fusion, il y a toujours un des deux pancréas qui l’emporte sur l’autre, et, suivant que c’est le supérieur ou l’inférieur qui prend le plus d’accroissement, le conduit correspondant est plus ou moins gros.

' Chez les oiseaux , comme nous le verrons plus tard, on constate également plusieurs pancréas, mais alors chacun d’eux a un conduit particulier qui ne communique pas avec les autres, de sorte que quand on met un tube dans un de ces conduits, on ne détourne qu’une certaine partie de la sécrétion.

Vous voyez , messieurs, par l’histoire de ces variations, combien il est important d’avoir des notions précises sur la disposition anatomique des parties sur lesquelles on expérimente, sans quoi l’on peutêtre exposé à tirer de ses expériences des conclusions erronées.

Dans la prochaine séance nous ferons l’expérience sur l’animal vivant, en décrivant avec détail les procédés que nous employons pour obtenir le suc pancréatique.

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