DIXIÈME LEÇON
Centres nerveux.
Moelle épinière. — Les centres nerveux, d'où émanent les nerfs dont nous venons de nous occuper, sont constitués par V encéphale d'une part, et de l'autre par la moelle épinière. C'est là le système cérébro-spinal. A côté de ce système existe encore celui du grand sympathique dont nous parlerons ultérieurement.
La moelle épinière (fig. 90) est ce long cylindre blanchâtre contenu dans le canal formé par la succession des arcs neuraux des vertèbres et qui s'étend depuis le trou occipital jusqu'aux vertèbres lombaires inclusivement. Elle fait suite au bulbe rachidien ou moelle allongée, sans ligne de démarcation.
Pour l'atteindre et opérer sur elle, il faut nécessairement détruire par- '// ' ' ^|v^^-n
tiellement l'étui osseux qui l'envi- Fig. 90. — Tronçon de moelle
^ épinière avec les racines
ronne ^"^^ nerfs rachidiens :a ra-
cine antérieure, p racine
Cette mise à nu de la moelle ne §°eï"°"'^' " ""'"^ peut se faire commodément que par la face dorsale. On opère de la façon suivante.
L'animal, jeune et vigoureux, chien ou lapin, est bien fixé, après anesthésie, le ventre appliqué sur la table à vivisection : sous le ventre on glisse un billot, de manière à faire bomber la région de la colonne vertébrale sur laquelle on veut opérer. La région cervicale
08 CE.\TRi:s SEliVFAJX
et la région lombaire sont les plus commodes. On incise la peau suivant la crête formée par les apophyses épineuses, puis on isole cette dernière des masses musculaires qui s'y insèrent, soit à l'aide d'un scalpel ou d'une gouge, soit avec le couteau du thermocautère, qui a l'avantage d'éviter l'hémorrhagie. Ensuite, après avoir mis à nu les arcs neiiraux et les apophyses articulaires, la région est soigneusement ruginée. Il ne reste plus qu'à détacher à droite et à gauche les arcs neuraux; pour cela, on se sert de petites cisailles minces et pointues, qu'on glisse dans l'intervalle de deux vertèbres. La section préalable des apophyses épineuses favorise l'opération. Les deux arcs étant coupés, on arrache avec une pince la pièce osseuse ainsi isolée et la moelle apparaît entourée de ses méninges. Pendant cette opération, il faut faire bien attention, en glissant les cisailles, de ne pas léser la moelle.
La première ouverture étant faite, la dénudation se continue de la même manière, mais avec plus de facilité. Quand elle a été faite sur une longueur suflisante, on soulève les méninges avec une petite pince à dents de souris et on les incise. Il est possible alors de faire sur la moelle soit des sections , soit des excitations localisées.
Racines antérieures et postérieures. — Les nerfs rachidiens sont ceux qui émanent de la moelle : ils appartiennent à la catégorie des nerfs mixtes^ c'est-à-dire qu'ils renferment, à la fois, des fibres sensitives et des fibres motrices. Mais, au moment de se mettre en relation avec la moelle, ces deux ordres de fibres se séparent en deux faisceaux distincts : l'un qui se jette dans la partie postérieure de la moelle, c'est la racine postérieure^ et l'autre dans la partie antérieure, c'est la racine antérieure. Cette séparation se fait dans le canal rachi-
Pu;. 01. — Racines antérieures et postérieures: a racine antérieure, p' racine postérieure, c bout central, p bout périphérique.
RACL\ES antkrifa:res et postérieures 09 tlien ; de sorte que, pour expérimenter sur les racines, il est nécessaire d'ouvrir le canal, absolument comme lorsqu'on veut opérer sur la moelle. Il existe une exception pour les deux premières paires de racines cervicales chez le chat.
Nous étudierons plus tard le point d'aboutissement de ces racines ; examinons pour le moment leurs propriétés.
Les racines postérieures et antérieures naissent sur deux sillons longitudinaux, tracés sur la moelle et formant cannelure, par un certain nombre de fdets qui se réunissent bientôt en un seul tronc. La racine postérieure est la seule facile à voir, lorsqu'on a ouvert le canal, parce qu'elle masque la racine antérieure placée au-dessous : elle présente un petit renflement ganglionnaire (fig. 91). Ces deux racines sont néanmoins facilement isolables à l'aide d'un petit crochet mousse (fig. 92) : on peut alors les sectionner ou les exciter séparément.
En sectionnant une racine antérieure, nous paralysons les muscles où se rend le nerf correspondant à cette racine, tandis qu'en coupant la racine postérieure, c'est l'insensibilité de la région où le nerf se distribue que l'on détermine.
De plus, nous constatons que l'excitation d'une "'^'crochet''
, , . , , mousse
racme antérieure provoque des mouvements pour isoler
les rue in es
dans un groupe restreint de muscles en rapport <ies nerts
, , . rachidicns.
avec la racine excitée, alors que celle de la racine postérieure fait naître une vive douleur, accusée ])ar les cris de l'animal.
De ces deux ordres de constatations, on est en droit de conclure : i° que les racines antérieures renferment des fibres motrices ; 2° que les racines postérieures contiennent des fibres sensitives.
Excitons maintenant, après section préalable des deux racines, soit le bout séparé de la moelle ou bout périphérique, soit le bout encore en relation avec elle ou bout central. Nous voyons que : 1° l'excitation du bout central de la racine postérieure donne lieu à une vive douleur, tandis que celle du bout périphérique ne produit rien : les fibres sensitives sont donc centripètes; 2° l'excitation du bout périphérique de la racine antérieure provoque des contractions localisées, mais non celle du bout central : les fibres motrices sont donc centrifuges.
On pourrait penser que le nerf moteur est en même temps sensitif, car l'excitation du bout périphérique de la racine antérieure peut arracher des cris à l'animal.
Ce résultat est obtenu seulement à la condition que la racine postérieure correspondante ne soit pas coupée; aussi admet-on que la racine antérieure renferme des
fibres récurrentes allant de la racine antérieure à la racine postérieure en formant une anse (fig. 98).
Avec ce schéma, il faut admettre que les fibres qui donnent la sensibilité à la racine antérieure ont leur origine
Fig. 93. — Schéma do la sensibilité récurrente. A racine antérieure, P racine postérieure, daUS la lllOelle OU SCS CU- R Fibres récurrentes.
veloppes . On pourrait peut-être donner une autre interprétation plus en rapport avec ce fait que la section d'un nerf mixte, même très loin de la moelle, abolit sa sensibilité récurrente, et