TREIZIÈME LEÇON
Excitation des nerfs moteurs et des muscles.
Une excitation isolée, soit d'an muscle, soit de son nerf moteur, produit une secousse musculaire^ contraction rapide, suivie immédiatement d'un relâchement. Une série d'excitations cause une série de secousses. Si elles sont suffisamment rapprochées, ces secousses se fusionnent et la contraction devient permanente : c'est ce qu'on appelle le tétanos expérimental. Les excitations électriques sont de beaucoup les plus commodes pour étudier ces phénomènes.
Dans la secousse et surtout dans le tétanos, il y a production de chaleur avec élévation de la température du muscle.
Secousse musculaire. — Pour étudier la secousse musculaire, voici comment on procède : on sectionne la moelle d'une grenouille en arrière de l'encéphale, pour supprimer tout mouvement volontaire. Après l'avoir étendue sur le ventre et fixée par les pattes avec des épingles sur une plaque de liège, on met à nu : i" un nerf moteur; 2° un muscle commandé par ce nerf.
Le choix porte généralement sur le nerf sciatique et sur le muscle gastrocnémien.
Vous avez vu dans la neuvième leçon comment on procède pour découvrir le nerf sciatique. Après l'avoir mis à nu, on le charge avec précaution sur les deux
J4i EXCITATION DES NEUFS MOTELIiS ET DES MUSCLES
crochets d\m excitateur spécial planté dans la plaque de liège (fig. ji>.). Pour enjpôcher le dessèchement, il faut placer au-dessus du nerf une petite bande de papier à filtrer, imprégnée d'une solution aqueuse à 7 pour looo de chlorure de sodium, qui constitue un sérum avlifi^ ciel.
Ensuite, la peau de la jambe étant fendue, on aperçoit le muscle gastrocnémien qui est le plus interne. Vous détachez ce muscle depuis son tiers supérieur jusqu'au point où son tendon renferme un petit sésamoïde, et vous sectionnez le tendon soit au-dessus, soit au-dessous de cet os. La plaque de liège est alors fixée au myographe et celui-ci à la tige verticale du chariot mobile, lequel est placé parallèlement au cylindre. Il ne reste plus qu'à faire passer dans le tendon un petit crochet terminant le fil attaché au levier du myographe (fig. i3o).
Il faut s'arranger de manière que le levier soit perpendiculaire à Taxe du cylindre enregistreur; puis, à l'aide d'une vis ad hoc, on approche la pointe de la plume terminant le levier jusqu'au contact du cylindre recouvert d'une feuille de papier noirci.
Les deux bornes de l'excitateur sont alors mises en relation, soit avec les pôles d'une pile, soit avec les deux pôles d'une bobine, en intercalant dans le circuit un levier-clef permettant de lancer le courant à volonté. La plume appuyant sur le cylindre trace un cercle sur celui-ci tant qu'elle n'est pas dérangée de sa position.
Quand, aj)rès avoir fait plusieurs tours, le cylindre a atteint une vitesse uniforme, qui doit être de un tour par seconde environ, le zinc de la pile étant baissé, nous lançons le courant à l'aide du levier-clef et nous obtenons une courbe graphique (fig. 139).
Vous voyez qu'elle se compose de deux parties, une ascendante correspondant au raccourcissement du muscle,
TEMPS PERDU U!i
une descendante tracée pendant son retour à la longueur primitive.
Après cette première secousse provoquée par la fermeture du circuit de la pile, le muscle reste en repos tant que le courant passe. Mais, si l'on ouvre le circuit, ou, ce qui revient au même, si Ton interrompt le courant, une deuxième secousse semblable à la première s'effectue. Ce phénomène se produit avec un courant moyen soit ascendant, soit descendant.
FiG. 139. — Secousse musculaire : 1 début de l'excitation marqué par un signal, 2 début de la contraction, 3 fin de la période ascendante de la coui'be, 4 fin de la période descendante. La ligne ondulée est le tracé d'un signal conjugué à un diapason chronographe à 100 vibrations par seconde.
La période d'ascension de la courbe est toujours plus petite que celle de la descente. La durée totale d'une de ces secousses est de quelques centièmes de seconde, mais on peut la faire varier expérimentalement, comme nous vous le montrerons plus tard.
Temps perdu. — Le muscle ne répond pas immédiatement à l'excitation directe ou à celle de son nerf moteur, c'est-à-dire qu'il s'écoule un certain temps entre le moment de l'excitation et celui de la secousse : cet intervalle s'appelle période latente ou temps perdu.
Il se constate et se mesure de la façon suivante.
On intercale dans le circuit primaire d'une bobine d'induction, dont l'induit doit servir d'excitant (fig. i4o), un signal de Depretz, dont la plume est placée sur la même génératrice du cylindre que celle du myographe.
Quand on ferme le circuit, le stylet du signal marque
ce moment précis, et ce n'est qu'un peu après que commence la courbe de contraction. Au moyen d'un diapason chronographe rattaché à un autre signal, on évalue
FiG. 140. — Dispositif pour l'étude de la période latente : A ijobine, B interrupteur, E myojîraphe, F signal, H vis de réglage, G excitateur (le diapason chronographe et son signal ne sont pas figurés).
facilement en centièmes de seconde la durée de la période latente représentée par cet intervalle (graphique iSg).
Si le diapason a loo vibrations doubles par seconde, chacune des oscillations complètes correspondra à un centième de seconde.