TEMPS PERDU
Suivant la force du courant appliqué au nerl' moteur et sa direction, l'eflet produit n'est pas toujours le môme.
Lorsque le courant est faible, qu'il soit ascendant ou descendant, on n'a de contraction qu'à la fermeture.
Pour un courant moyen, la contraction se produit également à l'ouverture et la fermeture, comme vous l'avez déjà vu.
Enfin, si le courant est fort, la contraction se montre seulement à l'ouverture, dans le cas où il est ascendant, et à la fermeture seulement s'il est descendant.
Voici comment on peut expliquer ces particularités : 1° L'excitation de fermeture est plus forte que l'excitation d'ouverture; 2° à l'ouverture, l'excitation naît au pôle positif, à la fermeture au pôle négatif; 3" ce n'est que pour les courants forts qu'il y a interruption de la conductibilité nerveuse au pôle positif pour la fermeture et au négatif pour l'ouverture. Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons dit dans la neuvième leçon, à propos de l'électrotonus.
L'étude du temps perdu permet encore de faire une remarque intéressante, à savoir : que c'est pendant la période latente que se produit l'excitation induite, provoquant la contraction d'une patte galvanoscopique dont le nerf repose sur un muscle qui se contracte.
Sur la plaque de liège d'un myographe double (fig. i43) on dispose deux pattes de grenouille attachées chacune à l'un des leviers. Le nerf sciatique de l'une est en relation avec un excitateur, le nerf sciatique de l'autre repose sur la première, dans la position décrite pour la contraction induite : on lance un courant, les deux pattes se contractent et tracent chacune une courbe. Si la contraction de la première patte provoquait celle de la seconde, le temps perdu de la deuxième serait exactement le double de celui de la première : or il n'y a qu'un retard insignifiant {o",ooi).
Il est possible de donner à l'expérience une forme plus saisissante.
En excitant un cœur de tortue sur lequel repose le sciatique d'une patte galvanoscopique, à cause de la
FiG. 143. — Mjographo double.
grande diflerence de temps perdu, on voit la patte se contracter avant le cœur.
Tét.vnos expéi\iment.\l. — Si les excitations portées
sur un nerf moteur se répètent à courts intervalles, le muscle qui commençait à revenir à son état d'équilibre n'a pas le c y D.v.ioo temps d'y arriver, quand
FiG. 141. — Excitations en nombre insuffisant SolHcité par Une
pour produire le tétanos : C, courbe du myo- .lf,,,vi'Amû Ax-r-Untinn T i
graplie, DV 100 tracé du diapason à 100 vi- tieUXieme eXCUdllOil. Ijd brations. lu- i
courbe tracée par le myographe est alors une sinusoïde (fig. i44)'
Plus les excitations deviennent fréquentes, plus cette
TÉTANOS EAPÉIilMENTAL U9
sinusoïde a de tendances à se confondre avec une ligne droite, et enfin, quand la fréquence est suflisanle, soit 3o excitations environ par seconde, le muscle reste contracté et la plume trace une ligne droite (fig. i45). Si l'excitation est prolongée plus longtemps, le muscle se relâche peu à peu et la droite se rapproche progressivement de celle que trace la plume à l'état de repos du muscle.
FiG. 143. — Courbe de tétanos expérimental : C courbe du myographe, D diapason,
E excitations.
Cette contraction permanente porte le nom de tétanos expérimental.
Voici comment les expériences sont réalisées.
Tout étant disposé pour prendre des tracés myographiques, on fixe sur l'axe du cylindre enregistreur une roue dentée : une autre roue dentée s'engrène avec la première et sert d'interrupteur de courant. Dans ce but, elle porte latéralement des chevilles qui soulèvent et laissent retomber alternativement, suivant le moment de la rotation, une tige portant une petite pièce élastique en platine (fig. i46).
Au moment du soulèvement de la tige, cette pièce vient en contact avec une pointe également en platine.
Si la tige d'une part, la pointe d'autre part, sont reliées par des bornes au circuit de la pile, il y aura autant de passages et d'interruptions de courant que la roue aura de chevilles pour un tour de cette roue.
En faisant tourner le cylijidrc plus ou moins vite, comme il commande la roue interruptrice par celle (jui est fixée J\ur son axe, on a soit des secousses séparées, soit des secousses plus ou moins fusionnées, soit un tétanos complet.
Le môme résultat est obtenu en se servant, comme interrupteur, d'une roue métallique dont la surface latérale est alternativement formée de plaques de cuivre et de plaques d'ébonite. Cette face de la roue frotte contre une lame de cuivre.
Fui. l ie. — Tétano-moteur à rouo dcntôo.
La lame d'une pari, la roue métallique d'autre part, sont respectivement reliées à une borne de pile.
Pendant la rotation, il se fera donc des interruptions d'autant plus fréquentes que celle-ci sera plus rapide.
Si l'on veut tétaniser d'emblée, on se servira avec avantage de la succession d'induits d'une bobine à trembleur.
Onde musculaiue. — Lorsqu'on excite localement et directement un muscle isolé, il se gonfle au point excité et le renflement produit chemine de .proche en proche : c'est ce qu'on appelle Voiide musculaire. On mesure sa vitesse en plaçant deux leviers sur le muscle, à une certaine distance l'un de l'autre, et en prenant, d'autre part.
OyDE Miser LAI RE
le tracé d'un diapason chronographe. L'onde soulève sur son passage, l'un après l'autre, les deux leviers. Le temps
écoulé est mesuré par le tracé des vibrations du diapason compris entre les génératrices correspondant au début des deux soulèvements (fig. 147 et 148],
ir,<2 EXCITATION DES NEUFS MOTEUllS ET DES MUSCLES
Chaleur produite par le muscle. — Quand un muscle se contracte fréquemmenl ou longtemps, sa température s'élève, ainsi qu'on le constate à l'aide d'un thermomètre assez sensible. Mais, avec les aiguilles thermoélectriques^ on peut mettre en évidence jusqu'à la minime élévation de température résultant d'une seule secousse musculaire.
Lorsque deux métaux différents sont soudés par
couples et les métaux de môme nom réunis par des fils conducteurs, il se produit dans le circuit un courant dès que les deux soudures ne sont plus à la même température (schéma 149).
C'est là le principe de la pile thermoélectrique, utilisé pour la construction des aiguilles thermoélectriques (fig. i5o}. Chacune d'elles est formée d'une tige de 1er et d'une de maillechort soudées ensemble.
Pour éviter tout courant hydroélectrique, la soudure est centrale. De cette façon, quand on enfonce l'aiguille dans un organe pour en explorer la température, ce dernier n'est en contact qu'avec un seul métal. Un manchon de gutla sert de manche isolateur; celui-ci porte deux bornes pour la fixation des fils conducteurs.
Un galvanomètre très sensible, dont les bobines
FiG. 149. — Schéma do la pilo thormoélectriquo.
sont a gros
fil, est introduit dans le circuit, ainsi
qu'un levier-clef.
S'il existe une différence de température entre les soudures des deux aiguilles, il se produit un courant dans le circuit au moment de sa fermeture et l'aiguille du galvanomètre est déviée dans un certain sens. La signification de ce sens est facile à déterminer en plaçant, par exemple, une aiguille dans de l'eau froide et l'autre dans la bouche.
ClJALEin PRODUITE PAU LE MUSCLE 153
La déviation sera d'autant plus grande que l'écart de température entre les deux soudures sera plus considérable. On pourra évaluer empiriquement la valeur des degrés marqués sur l'échelle du galvanomètre, en
FiG. 150. — Aiguilles et sondes thermoélectriques : F fer, M maillechort.
plongeant les aiguilles dans des liquides de températures différentes, mais préalablement déterminées à l'aide de bons thermomètres.
Pour mettre en évidence l'élévation de température résultant de la contraction musculaire, on enfonce une aiguille dans la patte droite d'une grenouille et l'autre
R. Dubois. Physiolog. oxpérimont. ^
dans la patte gauche : puis, après avoir fermé le circuit
et constaté que le miroir du galvanomètre est immobile, on provoque la contraction d'une des pattes. Presque