MOUVEMENTS DU CŒUR
remplit à nouveau de sang, grâce aux veines qui y al)oulissent. Quant un ventricule se contracte, il chasse le sang clans l'artère correspondante, puis ce sang cojilinue son chemin dans les capillaires et est ramené dans l'oreillelle par la veine. Le sang chassé du ventricule
FiG. 197. — Schéma du cœur : CD O.G oreillettes droite et gauche, V.D V.(i ventricules droit et gauche, ao aorte, a.p artùre pulmonaire, v.p veines pulmonaires, v.c.s veine cave supérieure, v.c.i veine cave inférieure.
gauche dans l'aorte revient à l'oreillette droite par la veine cave, c'est là la grande circulation. Celui qui est chassé du ventricule drofl, passant par l'artère pulmonaire, revient à l'oreillette gauche par les veines pulmonaires : c'est la petite circulation (schéma 198).
Cardiographes. — Lorsqu'on ouvre la poitrine d'un animal, les battements du cœur sont visibles : les deux oreillettes se contractent simultanément, et après elles les deux ventricules; un repos se fait ensuite, puis tout recommence dans le môme ordre. Cette observation peut être prolongée très longtemps chez un animal à sang froid comme la grenouille. Mais, sur un animal à sang chaud, il faut pratiquer la respiration artificielle, sans quoi le cœur s'arrêterait rapidement.
CARDIOGRAPHES 207
On peut enregislrer les mouvements du cœur à l'aide d'instruments dits cardiographes.
Le moins compli([ué de tous est le cardiographe simple
KiG. 198. — Schéma de la circulation : o.r/ oreillette gauche, v.g ventricule gauche, c.a capillaires artériels, c.v capillaires veineux, o.d oreillette droite, v.d ventricule droit.
de Marey pour le cœur de la grenouille : il consiste en un petit levier horizontal très léger, auquel on peut communiquer le mouvement par une courte branche verticale articulée très près du point d'oscillation pour amplifier le mouvement. Ayant mis à nu le cœur d'une
208 CHIC ULATION D.LXS LES VAISSEAUX
grenouille, on pose sur ce cœur l'exlréniité de la branche verticale munie d'une petite rondelle de moelle
de sureau et on enregistre les mouvements, le cylindre étant dans la position verticale (fig. 199). Voici le tracé
J\J\JVAJ\J\JV\AJ ■
Fig. 200. — Graphique des mouvements du cœur do la grenouille pris avec le
cardiographe simple.
que nous obtenons (fig. 200) : le petit soulèvement est la contraction auriculaire, le grand la contraction ventriculaire.
CA RDIOGRA PUES 209
Au lieu (l'un seul levier, on peut en avoir deux, l'un actionné par l'oreillette, l'autre par le ventricule : c'est là le cardiographe double (fig. 201). On enregistre simultanément les deux mouvements, les plumes étant situées juste au-dessus l'une de l'autre sur la même génératrice du cylindre. Le cœur de la grenouille étant un peu petit pour faire cette expérience, il est préférable de s'adresser à celui de la tortue.
Fig. 201. — Cardiographe double pour enregistrer simultanément les mouvements des oreillettes o et des ventricules v : R vis de réglage, p contrepoids.
Lorsqu'on veut enregistrer les mouvements du cœur sur un animal à sang chaud, simplement au point de vue du nombre, sans se préoccuper de la forme, le plus simple est d'enfoncer une longue aiguille très légère dans le voisinage du cœur ou dans la paroi même de cet organe, à travers un espace intercostal, et de communiquer les mouvements de cette aiguille à un tambour récepteur, en l'attachant au levier de ce tambour, qui est conjugué lui-même avec un tambour inscripteur.
Un perfectionnement a été apporté à ce procédé par Laulanié (fig. 202). Dans son cardiographe l'aiguille est coudée, pour ne pas blesser le cœur avec sa pointe; de plus, le tambour récepteur auquel est reliée cette aiguille étant fixé sur une plaque appliquée contre le thorax, les mouvements respiratoires ne viennent pas troubler l'enregistrement des mouvements cardiaques.
R. Dubois. Physiolog. expériment. 12
En effet, le tambour se trouvant entraîné dans le môme sens que Taiguille pour tous lés mouvements respiratoires, ceux-ci ne retentissent pas sur lui et seuls les mouvements cardiaques l'impressionnent.
FiG. 202. — Cardiographe de Laulanié.
Il est possible aussi d'enregistrer les mouvements du cœur à l'aide d'ampoules introduites dans les cavités cardiaques et reliées à des tambours : c'est le procédé des sondes cardiograpJiiques de Chauveau et Marey, applicaljle seulement à de grands animaux, comme le cheval. Ces sondes sont au nombre de deux, une pour le cœur droit à deux ampoules, une pour le cœur gauche à une seule ampoule. La première (fig. 2o3) est formée de deux tubes engainés dans une enveloppe commune de
CARDIOGRAPHES 211
goiiuiie el qui aboutissent chacun à un petit ])allon de caoutchouc. Ces deux tubes ne sont pas égaux, les ampoules sont donc à une certaine distance l'une de l'autre. Celte distance a été calculée telle que, lorsque Tune se trom e dans le ventricule, l'autre est dans l'oreillette. Pour introduire cette sonde, mettant à nu la jugulaire d'un cheval à laquelle on fait une incision, on pousse l'instrument par cette ouverture. On parcourt ainsi toute la longueur de la jugulaire et de la veine cave supérieure. On arrive dans l'oreillette droite et, poussant encore un peu, l'ampoule inférieure franchit l'orifice auriculoventriculaire et pénètre dans le ventricule droit. L'ampoule supérieure est alors dans l'oreillette droite. Il ne reste plus qu'à conjuguer les deux tubes avec deux tambours pour enregistrer les mouvements du cœur droit. Chaque augmentation de pression amènera une hausse dans la courbe, chaque diminution une baisse. La deuxième sonde (fig. 2o3) n'a qu'un tube et qu'une
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CniCULATJON DANS LES VAISSEAUX
ampoule; on la pousse par la carotide jusqu'à ce que Tanipoule soit dans le ventricule gauche. 11 est impossible de pénétrer dans Foreillette gauche, où n'aboutissent d'ailleurs que les veines pulmonaires. L'ampoule du ventricule gauche est conjuguée également avec un tambour.
En examinant les trois tracés donnés simultanément par l'oreillette droite, le ventricule droit et le ventricule gauche (fig. 2o4), on constate : i° que la contraction de l'oreillette, brève, peu énergique, est suivie d'un long repos de cette partie du cœur; a° que la contraction des ventricules, plus longue et plus énergique, est suivie d'un repos plus court que celui de l'oreillette.
Un peu avant le grand soulèvement de la courbe systolique des ventricules, il en existe un petit qui est synchrone aussi dans les deux courbes et correspond exactement à la contraction de l'oreillette : on en doit induire que les deux oreillettes se contractent simultanément, malgré l'absence d'un tracé direct pris dans l'oreillette gauche.
Le grand soulèvement dure un certain temps, formant une sorte de plateau; ce plateau présente des ondulations, parce que la systole ventriculaire n'est pas une simple secousse musculaire, mais une série de secousses. Il se produit, en elTet, pendant la systole ventriculaire, plusieurs oscillations à l'électromètre de Lippmann, lorsqu'on étudie l'état électrique du cœur. Cependant, il est à remarquer que, si l'on pose sur un cœur qui bat le nerf d'une patte galvanoscopique, on n'a, à chaque systole ventriculaire, qu'une seule secousse.
Un peu après le grand soulèvement, il s'en produit un nouveau, fort petit, qui est dû à la fermeture des valvules qui se trouvent à l'entrée des artères aorte et pulmonaire ou valvules sigmoïdes. A la fin de la systole, le sang chassé dans l'artère a mis en jeu son élasticité en la dilatant; il tend donc à refluer : les valvules l'arrêtent alors, et c'est le choc du sang contre ces valvules
FiG. 204. — Schéma du dispositif pour recueillir les mouvements du cœur à l'aide des sondes cardiaquos : ao aorto, a.p art(>ro pulmonaire, no' oreillettes, vv' ventricules, n an ampoules de caoutchouc, t.o.d tracé de l'oreillette droite, t.v.d tracé du ventricule droit,<.i'..9 tracé du ventricule gaucho, t.c.c tracé du choc du cœur.
^1'' CIRCULATION DAyS LES VAISSEAUX
qui se Iradiiit clans la courbe du ventricule par le petit accident que nous venons de signaler. Si la contraction de l'oreillette retentit sur la courbe ventriculaire, de même la contraction du ventricule retentit sur la courbe auriculaire, qui présente quelques oscillations pendant cette systole.
Les mouvements du cœur se trahissent à l'extérieur par ce qu'on appelle le choc du cœur, que l'on sent distinctement en mettant la main sur la poitrine. Ce n'est pas un choc véritable, mais une simple exagération de pression. 11 est facile de l'enregistrer à l'aide de la timbale cardiographiq ue de Marey(fig. 2o5), en plaçant le bouton de l'instrument au point où le choc du cœur se fait le mieux sentir au doigt. Les bords de la timbale ont pour but de supprimer l'action des mouvements respira- FiG. 205. - Timi.aïc^^^^^^ toircs ; eu effet, le tambour
est soulevé dans son ensemble par ces mouvements, et le bouton est impressionné seulement par les mouvements locaux du cœur. La courbe (fi g. 206) comprend un premier soulèvement relativement petit, un deuxième soulèvement plus grand et un troisième souvent très petit. Si l'on enregistre le
FiG. 206. — Tracé pris avec la timbale cardiographique : 1 systole auriculaire, 2 systole ventriculaire, 3 fermeture des sigmoïdes.
choc cardiaque simultanément avec les tracés de l'oreillette et du ventricule (fig. 2o4), la signification de ces
SPIIYGMOGRAPIIES i/.5
trois parlies de la courbe est facile à comprendre : le premier soulèvement correspond à la systole auriculaire, le deuxième à la systole ventriculaire, le troisième à la fermeture des valvules sigmoïdes.
Bruits du cœur. — En appliquant l'oreille sur la région précordiale, on entend deux bruits suivis d'un silence à chaque évolution cardiaque. Le premier bruit est sourd et prolongé, le second bref et sec.
Le premier correspond à la systole ventriculaire, le deuxième est postsystolique.
On admet que le premier bruit a pour cause, d'abord la contraction elle-même des ventricules produisant le bruit musculaire, ensuite la fermeture des valvules auriculoventriculaires et enfin le passage du sang dans les orifices aortique et pulmonaire. Le second bruit est dû à la fermeture des valvules sigmoïdes; le silence correspond au repos du cœur et à la systole auriculaire.
Les altérations dans le rythme et le son de ces bruits sont d'une grande ressource pour le diagnostic des maladies du cœur.
Sphygmogvsiphes. — En appliquant le doigt sur une artère que l'on peut comprimer entre ce doigt et un plan résistant, comme c'est le cas de l'artère radiale au poignet, on sent un battement particulier, rythmique et correspondant aux battements du cœur. C'est là ce qu'on appelle le pouls. Le toucher peut déjà renseigner sur le nombre et l'amplitude de ces battements, mais, pour les étudier en détail, il faut les enregistrer : c'est ce qui se fait à l'aide d'instruments appelés sphygmographes.
La partie essentielle de l'appareil est une lame élastique fixée à l'une de ses extrémités et dont l'autre extrémité libre, munie d'un bouton arrondi, est appliquée sur l'artère. Cette lame transmet son mouvement soit
CIRCULAriON DANS LES VAISSEACX
directement à un levier inscripLeuv, sphi/gmographe direcl, soit à un tambour enregistreur, s phygmo graphe à transmission (fig. 207 et 208).
Voici le tracé obtenu avec cet appareil dans les cas normaux (fig. 209). La courbe présente d'abord un
FiG. 207. — Sphygmographo à transmission de Marey.
grand soulèvement, puis, pendant sa descente, un plus petit ou rebondissement dicrote.
Quelles sont les causes de ces deux soulèvements ? Le premier a été attribué longtemps au passage dans Tar-
FiG. 208. — Sphygmographe direct do Marey.
tère de l'ondée sanguine envoyée à chaque systole ventriculaire dans le système artériel; mais, s'il en était ainsi, ce soulèvement serait d'autant plus en retard sur la systole que l'on s'adresserait à une artère plus éloignée du cœur; or, en enregistrant simultanément le
SPUiGMOGRAPIIES 317
choc cardiaque et le pouls, il est facile cle s'assurer qu'il n'en est pas ainsi. Il est admis aujourd'hui que ce
FiG. 209. — Tracé sphygmographiquo.
soulèvement est dii à la transmission de l'onde vihratoire résultant du choc du sang chassé du ventricule contre celui qui existe déjà dans l'aorte. Quant au deuxième soulèvement, il est dû à l'onde de retour du sang frappant les valvules sigmoïdes à la fin de la systole.
Son existence avait été attribuée tout d'abord à l'imperfection des appareils, mais il est possible de la constater par des procédés divers.
Si, coupant une artère, on reçoit le jet de sang sur une bande de papier promenée devant lui, faisant ainsi un tracé héinaLograpJiique^ on a une figure rappelant assez bien la forme typique du tracé sphygmographique (fig. 210).
E„ „ „1 • , 11 A > FiG. 210. — Tracé hématogra-
n appliquant sur 1 artère une phique : R rebondissement di-
petite boîte dont le fond est
formé par une membrane de caoutchouc et par ou passe du gaz alimentant un petit brûleur, ce qui constitue le sphygmograplie à gaz de Landois (fig. 211),
on peut, dans la flamme, constater encore deux oscillations, une grande et une petite, à chaque battement de l'artère.
FiG. 211. —
Sphygnioscopc à gaz de Landois : a tambour appliqué sur l'artère et traversé par le courant do gaz, b brûleur.
Le tracé du pouls est très variable suivant l'élasticité des artères et suivant l'état normal et |)alhologique ; on en tire un grand parti en clinique.
Hémodromo graphes. — Le sang circule dans les vaisseaux avec une certaine vitesse; on enregistre le cours de ce sang avec des appareils appelés hémodromogrnplies .
Le plus ingénieux est Vhémodromographe de Clinuveaii et Lortet. Il consiste essentiellement en un tube intercalé entre le bout central et le bout périphérique de l'artère, tube qui est partiellement oblitéré par une petite palette, laquelle est plus ou moins déviée de sa position d'équilibre selon la vitesse du cours du sang. La déviation de cette palette est transmise à un levier inscripteur. Il est visible que la vitesse n'est pas uniforme et, si l'on enregistre simultanément les battements du cœur, on verra que cette vitesse est maxima à chaque systole et minima à chaque diastole (fig. a 12).
FiG. 212. — Tracé de l'hémodroinographe.
IIÉMODROMOGRAPIIES 219
Pour mesurer simplement la vitesse moyenne du sang, on intercale entre les deux bouts de l'artère, après avoir pincé son bout central, un tube de verre gradué (fi g. 2 1 3) et rempli d'une solution anticoagulante. Le sang est lâché à un moment donné, puis son cours arrêté presque aussitôt en repinçant l'artère. Le temps écoulé et le chemin parcouru dans le tube nous donnent les éléments de la vitesse, qui est Fig. 213. -Tube de Jolyet pour mesurer
-. , la vitesse du cours du sang : bc bout
une vitesse moyenne incie- centrai, bp bout périphérique du vais-
... seau, p pince de pression.
pendante des variations momentanées qu'enregistre l'hémodromographe.
La vitesse du cours du sang est d'autant moindre que l'on s'éloigne davantage du cœur.
DIX-NEUYIÈME LEÇON
Circulation dans les vaisseaux (Suite).
Pression sanguine.
Le sang exerce clans les vaisseaux une certaine pression qui est mise en évidence quand ils sont blessés, car il s'en échappe alors en un jet plus ou moins éner-
gique.
On mesure cette pression, et on l'enregistre au besoin, avec des hémodynaniomè- Ires.
HÉMODYNAMOMÈTRES . Le
plus simple de tous est le hymographion de Ludwig :
c'est un tube en U plein de mercure par une branche duquel on fait arriver le sang. Sur le mercure de l'autre branche est un petit flotteur F portant une tige verticale T guidée par deux fds, par deux poulies ou par un anneau, et qui porte ellemême horizontalement le style inscripteur S (fi g. 2i4 et 2 1 5). Pour enregistrer une pression, il faut prendre un certain nombre de précautions ayant pour but d'éviter la
FiG. 214. — II($moclynamomctre.
coagiilalion du sang, de permettre son arrivée rapide dans le manomètre, etc. Nous décrirons donc minutieusement le manuel opératoire.
Il est préférable de choisir le chien, dont la taille est plus favorable à cause du calibre des vaisseaux, qui sont plus gros. On met à nu soit l'artère carotide, soit l'artère fémorale. Nous avons déjà indiqué le procédé opératoire pour la première ; pourla seconde, il faut pratiquer une incision de 4 oi' ^> centimètres partant du milieu du pli de l'aine et se dirigeant vers le bord interne du genou. Cette incision doit comprendre la peau et le tissu cellulaire souscutané. On pénètre avec une sonde cannelée dans l'espace séparant le muscle couturier des muscles adcd uteurs (voir fig. i^ i ) ; au fond se trouvent l'artère, la veine et le nerf. L'artère est dénudée sur une certaine longueur et l'on passe au-dessous, à l'aide d'un porte-fil, trois ligatures. La ligature médiane servira à fixer la canule sur l'artère. Celle du bout périphérique est liée immédiatement et celle du bout central sert à arrêter momentanément le cours du sang en tirant sur ses deux chefs : on peut avantageusement remplacer cette dernière par une petite pince. La canule c est faite en T (fig. 216) : une des branches duT, taillée en biseau et à bout olivaire, est destinée à entrer dans l'artère.. La branche qui
Fig. 21.Ï. — Schéma du dispositif pour prendre une pression sanguine : U réservoir plein de solution anticoagulante, C canule, tt tube conduisant au manomètre, K robinet présentant en o un petit orifioe qu'on peut boucher, t' tube pour le nettoyage, pp pinces de pression, F flotteur, T tige, S plume insciivant sur le cylindre.
IIÉMODYNAMOMÈriiK
lui fait suite est reliée au manomètre, muni en ce point d'un robinet R, par un tube de caoutchouc t, bien ligaturé, sur lequel est branché un autre tube de caoutchouc /' fermé momentanément par une pince p et pouvant servir de tube d'écoulement. La troisième branche, perpendiculaire aux deux autres et continuée aussi par un tube de caoutchouc, que l'on peut fermer avec une pince p\ servira au lavage de la canule, si un caillot vient l'obstruer. Elle est en communication avec un réservoir R, élevé à une certaine hauteur, et qui contient une solution anticoagulante composée de 4^ pour looo de bicarbonate de sodium et de 60 pour 1000 de carbonate de sodium.
On commence par remplir tout l'appareil, depuis le réservoir jusqu'au manomètre, par la solution anticoagulante. Pour cela , on lâche la pince /?' du caoutchouc partant du réservoir : l'air s'échappe partiellement par le bout de la canule, au travers d'un petit orifice o percé dans le robinet .situé à l'entrée du tube manométrique, lequel peut être fermé ultérieurement par un petit bouchon, et aussi par le tube d'écoulement Quand tout le système est plein, on pince le caoutchouc allant du réservoir à la canule, tout à côté de cette dernière, et aussi celui du tube d'écoulement. On a souvent, à ce moment, une pression dans le manomètre; celle-ci est ramenée au zéro en débouchant la petite ouverture o percée dans le robinet. L'orifice étant rebouché, tout est alors prêt pour l'expérience. Inutile d'ajouter que le cylindl^e enregistreur, muni de son papier noirci, a été placé verticalement, de telle sorte que le style commandé par le flotteur vienne inscrire sur sa surface.
La pince située sur le bout central de l'artère étant serrée, on incise cette dernière en bec de flûte avec de fins ciseaux et l'on introduit la canule, le bout tourné du côté du cœur. Cette canule liée, on met le cylindre en mouvement, puis on lâche la pince : le sang se précipite
dans tout l'appareil et lail monlei- le mercure tlii manomètre. S'il arriA'ait qu'au cours de l'expérience un caillot se produisît, on fermerait le robinet du manomètre, puis on lâcherait la pince du tube sortant du réservoir, ainsi c|ue celle du tube d'écoulement : il s'éta])lirait ainsi dans la canule un courant qui entraînerait le caillot.
Pendant tout le temps que dure l'expérience, le mercure danse dans le manomètre et la plume exécute une série d'oscillations, signe de variations dans la pression sanguine.
En examinant le gra-
■ ])hique, on voit d'abord une ligne montant rapidement (fig. 216) : c'est le moment oii le sang s'est j)récipité dans l'appareil; |)uis, au lieu d'un j)lateau, une série de grandes oscillations sur lesquelles viennent se greffer d'au-
Fio. 21(1. — Tracé ilo la pression sauguiuo
chez la marmoue 6veill6o. treS OSciUationS pluS pe-
tites. Si, en même temps que la pression sanguine, on enregistre aussi la respiration et les mouvements du cœur, il est facile de constater que les grandes oscillations correspondent aux mouvements respiratoires et les petites aux mouvements cardiaques. A chaque systole, la pression monte légèrement pour baisser à chaque diastole. En général, la pression baisse à chaque inspiration et monte à chaque expiration ; cependant pour le chien c'est l'inverse. Cela tient à ce que, chez cet animal, le cœur présente des accélérations à chaque inspiration et des ralentissements à chaque expiration (fig. 217).
Il faut noter que, avec le kymographion, la pression est non seulement enregistrée, mais encore mesurée.
IIEMOD YNA M OME TRES 22r,
Elle est inscrite, en effet, en demi-grandeur, le mercure montant dans la branche portant le flotteur de la môme hauteur qu'il descend dans l'autre.
FiG. 217. — Tracé de la pression sanguine chez le chien.
Signalons, à côté du kymographion, le maiwmèlre métallique de Marey (fig. 218). Le sang arrivant de l'ar-
FiG. 218. — Manomètre métallique de Marey : T tube on relation avec lo vaisseau, m boite métallique à paroi mince, b manomètre à mercure permettant do lire la pression en vraie grandeur, t tambour, p plaque enfumée.
tère^se partage entre un manomètre à mercure où l'on peut lire la pression et une boîte métallique à parois
R. Dubois. Physiolog. expérimont. 13
minces; les variations de volume de celle-ci se traduisent par l'intermédiaire d'une chambre à air en relation avec un tambour , au moyen des mouvements de son levier. Inutile de dire que le graphique obtenu avec cet instrument n'a aucune relation simple de grandeur avec la valeur de la pression en centimètres de mercure; il ne la mesure donc pas comme le Wmographion, mais on peut la déduire delà lecture de l'échelle du manomètre.
Mesure cli>ique de la rRESsio>\ — Cliniquement, la pression peut être mesurée sans ouvrir l'artère. On place sur cette artère un réservoir à mercure sur lequel est exercée une pression lue sur un manomètre en relation avec le réservoir. On tàte, d'autre part, le pouls: quand il n'est plus sensible, c'est que la pression sur l'artère contrebalance celle du sang; on n'a plus à ce moment qu'à lire la pression sur le manomètre.
Sphygmoscopes. — La pression sanguine peut être enregistrée directement à l'aide d'instruments appelés
sphygmoscopes (fig. 219).
Ce sont de petits doigts de gant en caoutchouc mince dans lesquels arrive un tube que l'on introduit comme une canule dans l'artère. Le doigt de gant est enfermé dans un cylindre rigide bouché, à l'une de ses extrémités, par la surface du caoutchouc lui-même et, à l'autre, par un bouchon muni d'une tubulure étroite conjuguée avec un tambour enregistreur. Quand le sang pénètre dans le doigt de gant, il le gonfle; la pression augmente dans le tube rigide, et cette augmentation de pression est transmise au tambour.
FiG. 211). — Siihygiiioscopes.