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Leçons de physiologie, générale et comparée

En acceptant la délicate l'onction d'enseigner la Physiologie à la Faculté des sciences de l'Université de Lyon, j'ai été soutenu par l'espoir de voir un jour cette branche supérieure des connaissances humaines universellement admise parmi les sciences générales, encore appelées sciences pures ou exactes, au même titre que la Chimie, la Physique, la Mécanique, l'Astronomie, etc. En cela, j'ai suivi la tradition française.

D'autre part, on ne peut plus prétendre aujourd'hui, de bonne foi, que la Physiologie soit une branche de la Zoologie, surtout après les récentes conquêtes qu'elle vient de faire dans le monde végétal et qui ont jeté une si vive lumière sur les phénomènes de l'accroissement et de la reproduction chez tous les êtres vivants, y compris les animaux.

Bien qu'elle doive beaucoup aux recherches biologiques des médecins, la physiologie n'est pas non plus une branche de la Médecine. Seulement, elle constitue, au premier chef, une de ces sciences improprement appelées « accessoires », en Médecine, et qu'on devrait nommer « fondamentales », car sans leur connaissance, le médecin ne peut être autre chose qu'un vulgaire empirique.

vi INTRODUCTION

La physiologie est aussi nécessaire à l'instruction générale <lu médecin qu'à celle du vétérinaire, de l'agronome et de tous ceux qui, d'une manière quelconque, veulent appliquer les données de la Science aux êtres vivants.

Pour les lut urs praticiens, on doit certainement s'attacher à Caire1 ressortir plus particulièrement les applications techniques spéciales, mais sans oublier jamais qu'il n'y a d'initiative personnelle et de progrès possibles que par la culture des sciences générales.

(Test ce que ne comprennent pas assez ceux qui parlent sans cesse (renseignement pratique. On peut enseigner les sciences générales d'une manière pratique et les applications se présentent alors spontanément. Toutes les inventions, même celles qui ont paru complètement inattendues, pour le vulgaire, viennent plus ou moins directement des découvertes de savants qui cultivaient la Science pour la Science : il est utile de le rappeler souvent à ceux qui en tirent de gros profits et, trop aisément chez nous, des honneurs usurpés.

Le galvanisme et la microbiologie, avec leurs innombrables applications pratiques, sont nés de recherches de physiologie pure et, sous ce rapport, comme sous beaucoup d'autres, cette" science mérite une plus large pari que celle qui lui est faite actuellement en France.

Nous devons nous garder, plus que d'autres, de tomber d'un excès dans l'excès justement opposé. 11 y a deux manières d'appliquer les principes, excellents d'ailleurs, de T « utilitarisme » : Tune qui est large, élevée, prévoyante, véritablement philosophique, et l'autre qui est basse, étroite, personnelle et mercantile. La seconde ne pourrait exister longtemps sans la première, dont elle est pour ainsi dire le parasite;.

INTRODUCTION vu

Quant à moi, je me trouverai assez récompensé des efforts que j'ai dû faire et des attaques, souvent déloyales, que j'ai eu à supporter, si j'ai pu, même dans une faible mesure, contribuer à accroître l'indépendance de la physiologie. J'ai essayé de déraciner des préjugés ridicules tenant en partie aux titres, au moins aussi prétentieux que surannés, portés encore aujourd'hui par nombre de chaires dans notre enseignement supérieur, et aussi à la division, à la fois antiphilosophique et antipédagogique, de nos universités en facultés.

La phvsiologïe estime science exacte, comme l'anatomie en est une autre, mais nous devons en convenir, elle se montre relativement peu avancée, surtout quand on veut qu'elle soit générale et comparée : cela tient à ce qu'elle est fort compliquée, en apparence, au moins, et que sa culture demande des connaissances très multiples dans les diverses branches des sciences physiques et naturelles.

C'est une des principales excuses que j'aie à présenter à ceux qui voudront bien parcourir ces « Leçons » pour lesquelles je sollicite la plus grande indulgence.

A l'époque où je les ai inaugurées, il s'agissait, en réalité, d'un enseignement nouveau, auquel les anciens programmes ne pouvaient convenir : j'ai dû en imaginer un spécial.

Les êtres vivants ont été considérés par moi comme des transformateurs d'énergie; ils puisent cette dernière à deux sources : l'hérédité et le milieu ambiant, pour la transmettre, d'une part, à leurs descendants, quand ils en ont, et la restituer, d'autre part, au milieu cosmique.

Après un certain nombre de leçons de généralités, servant d'introduction scientifique, j'ai abordé l'étude de X énergie rayonnèe par la substance vivante sous les formes

vin INTRODUCTION

connues de lumière, radiations chimiques, électricité, chaleur, son, mouvement proprement dit.

Dans une seconde série, j'étudierai Y énergie empruntée, sous ces mêmes formes, au milieu. En faisant la balance des recettes et des dépenses, peut-être arrivera-t-on à découvrir des modalités énergétiques nouvelles, spéciales, ainsi qu'à déterminer la part de ce qui a été acquis par héritage et que j'appelle, pour celte raison, énergie èvolutrice ou anceslrale.

Particulièrement en ce qui concerne la production de la lumière, des radiations chimiques, de la chaleur, j'ai fourni beaucoup de documents personnels, mais il m'a fallu aussi, notamment pour les généralités, emprunter souvent.

Contrairement à la règle adoptée pour les monographies que j'ai publiées, je n'ai pas donné de bibliographie, car, pour qu'elle fût équitable, il la fallait complète, ce qui était évidemment impraticable. Les figures non originales ont été choisies, à dessein, parmi les plus classiques.

11 était peut-être bien audacieux d'essayer de synthétiser des faits semés un peu partout, comme au hasard, alors que l'analyse elle-même, en physiologie, offre de si profondes lacunes.

(les dernières seraient faciles à combler, et certainement la physiologie progresserait très rapidement si Ton pouvait créer pour elle un vaste et riche Institut, exclusivement réservé aux recherches originales, largement pourvu de tous les services auxiliaires d'histologie, de chimie, de physique biologiques, de mécanique et de bibliographie. Comme dans les grandes industries, la division du travail devrait y être établie avec soin, en même

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temps qu'elle serait réglée par une seule intelligence directrice. Le pays qui posséderait un tel établissement prendrait très rapidement sur les autres une avance considérable au point de vue de la connaissance du code naturel des lois de la vie, dont toutes les lois sociales devraient dériver. Il serait temps d'y songer, surtout dans un siècle où la civilisation accumule stupidement les procédés de destruction ou de déchéance physique et morale au lieu de s'occuper, avant tout, de donner à l'homme les moyens de vivre normalement, c'est-à-dire physîologiquement, seule condition capable d'assurer son bonheur et celui de sa descendance.

L'hygiène et la morale publiques et privées ne doivent être, en définitive, que l'application des lois de la physiologie et de la psycho-physiologie à la satisfaction, de plus en plus parfaite, des besoins naturels et des aspirations supérieures de l'Humanité.

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