DOUZIÈME LEÇON
Sommaire : Physiologie opératoire de Yappareil de la circulation. — Topographie générale du système vasculaire sanguin et lymphatique. — Disposition des gros vaisseaux chez le chien, chez le lapin. — Divers modes d'origine des branches de la crosse de l'aorte. — Système lymphatique. — Anatomie topographique des vaisseaux du cou et du pli de l'aine chez le chien et le lapin. — Manuel opératoire général des vivisections portant sur ces vaisseaux. — Manuel opératoire des injections à pratiquer sur ces vaisseaux. — Injections intra-artérielles et intra-veineuses. — Importance de l'étude des sangs veineux. — Cathétérisme du cœur et des gros vaisseaux. — Classification des phénomènes de la vie en phénomènes physiques, phénomènes chimiques et phénomènes dits physiologiques. — Yaleur de cette dernière catégorie. — Problèmes que se posent la physiologie et la pathologie générales. — Importance de l'étude du sang a ce point de vue.
Messieurs ,
Nous commencerons par l'appareil circulatoire l'étude des opérations spécialement applicables à la physiologie des divers systèmes. Ce choix n'est pas indifférent. Dans l'exposé de presque toutes les sciences, on suit un ordre régulier et nécessaire, imposé par la nature même des choses, et c'est ainsi qu'en chimie on commence parles
cl. bernard. — Physiol. opér. Ifi
corps simples, par l'oxygène qui entre dans le plus grand nombre des combinaisons, pour étudier ensuite des corps de plus en plus composés, des acides, des bases, des sels. Il semblerait peut-être au premier abord qu'il n'en est pas de même de la physiologie ; que les fonctions de l'organisme s'enchaînent les unes aux autres de façon à former une sorte de cercle qu'il faut artificiellement briser pour commencer l'étude par un point que l'on pourrait croire indifférent. Mais il n'en est pas ainsi, ou du moins il ne peut plus en être ainsi dans l'état actuel de nos connaissances.
Nous avons en effet aujourd'hui la notion non-seulement des organes et des tissus, mais encore celle des éléments anatomiques , et nous savons que, de même que l'organisme entier vit dans un milieu extérieur qui est l'air ou l'eau, de même les éléments anatomiques vivent dans un milieu intérieur qui est le sang. La physiologie , la pathologie , la thérapeutique ellemême sont dominées par cette notion. C'est dans le sang que la médecine moderne cherche et doit chercher l'explication de la plupart des phénomènes qu'elle observe.
C'est donc par le sang que nous commencerons le plus légitimement nos recherches, d'autant plus que cette étude, par ses divisions naturelles, nous présentera comme un type de l'ordre que nous devrons suivre à propos de tous les autres systèmes.
Nous trouverons en effet d'abord dans l'anatomie les données nécessaires pour localiser les phénomènes que nous avons à étudier; puis la physique et la chimie
notions WVIOUIOl ES. 243
nous serviront à expliquer ces phénomènes, tels que les différences de température que présente le sang d'une région ii une antre, ou les modifications qu'il subit dans sa composition en traversant tel ou tel viscère. Enfin, l'histologie nous amènera à porter ces localisa* tions anatomiques et ces explications physico-chimiques jusque sur certains éléments même du sang, jusqu'aux globules rouges, et nous trouverons dans l'hématine qui les compose des propriétés qui nous rendront compte des phénomènes les plus intimes de l'absorption de l'oxygène et du mécanisme de certaines intoxications.
Nous étudierons donc, parmi les opérations qui se pratiquent sur l'appareil circulatoire, celles qui sont indiquées par les dispositions anatomiques de cet appareil : telles sont les injections intra-veineuses ou intraartérielles; telles sont les applications de sondes qui nous permettent d'aller puiser le sang à te ou tel niveau, et de déterminer, par un cathétérisme particulier, la température des diverses régions de l'arbre artériel ou veineux. On peut établir ainsi une sorte de climatologie du milieu dans lequel vivent les éléments anatomiques. Les notions anatomiques nous seront également trèsprécieuses pour arriver, par le cathétérisme, jusqu'à l'organe central de la circulation, jusqu'au cœur.
D'une manière toute spéciale, nous traiterons de la circulation capillaire, des circulations locales, ce qui nous amènera à nous occuper des expériences relatives à l'absorption en général, car c'est un phénomène qui a son siège dans le réseau capillaire des organes, et parti-
culièretnent dans le tissu cellulaire qui les sépare el les unit en même temps.