‹ Leçons de physiologie opératoireChapitre 32 sur 163 · MOYENS DE CONTENTION MÉCANIQUE : HISTORIQUE · texte numérisé non relu

MOYENS DE CONTENTION MÉCANIQUE : HISTORIQUE

Les anciens expérimentateurs s'étaient déjà soigneusement pourvus de moyens propres à immobiliser les animaux. C'est une revue curieuse qtie celle des appareils plus ou moins primitifs qu'ils avaient mis en usage dans ce but.

Nous trouvons dans Vésale une figure représentant l'appareil de contention destiné à l'expérimentation sur

^^kÊ^'p-'h^-^^^---^. "<''^'^^^é^^^:~Srifê'^'^/l J^^

FiG. 4. — Appareil de conlcntion du porc, d'après Ve'sale.

hh, table de vivisection ; (i, anneaux, et c, trous pour fixer les membres de l'animal; e, chaîne qui fixe la tête en passant dans la gueule.

le porc (tig. 4). — Yoici la légende de celte figure telle que la donne Vésale :

« Hac figura suem asseri quem vivis sectionibus administrandis parare solemus.

» h, b, asser vivis seciionibus administrandis idoneus.

» c, c, varia foramina quibus laqueos pro animalis mole adhibemus, quum femora et brachia vincimus.

» d, d, ejus modi anuli suoimis manibus pedibusqiie ligaiidis adaptantur.

» e, huic aiuilo maxilla siiperior, libéra infcriori, catenula alligatur, utcaput immotiim servatur, ac intérim ueque vox neque respiratio vinculoruin occasione prepediantur (1). »

Un des pro(3édés les plus simples pour la contention du chien se trouve représenté dans l'ouvrage de Régnier de Graaf sur le pancréas (^).

FiG. 5. — Contention du nliien, d'après Rugnior Je Gniaf.

Dans cette figure, l'animal est fixé sur une table, couché sur le dos et les quatre membres maintenus par des liens qui sont attachés à quatre clous plantés à des distances plus ou moins grandes, suivant la taille du chien. La tète et le museau sont également maintenus

([) Andrete Vesalii Bi-iixellensis Suoruin de humani corporis fahrica llbronim epitonie. London, 1545.

(i) Tradatun anatoino-medicus de succi pancreatici natura et usu,A\iihore Regnero de Graaf. 1671, p. 47.

di6 CONTENTION DES ANIMAUX.

à l'aide d'un clou auquel est fixée une muselière en corde qui forme une anse derrière la tête et vient se nouer sur le museau.

Pour empêcher les cris de l'animal, sans gêner la respiration, la trachée-artère a été mise à nu, puis ouverte en a et soulevée sur un clou passé en dessous en travers, afin que les liquides sanguinolents ne coulent pas dans les voies respiratoires.

Beaucoup d'autres physiologistes ont eu, comme de Graaf, la pensée d'éteindre les cris des animaux pour éviter les plaintes des voisins du laboratoire.

Dupuytren faisait la section des nerfs récurrents pour les rendre aphones. Nous-môme avons souvent pratiqué la même opération dans un but semblable ; seulement nous opérons par la méthode sous-cutanée, suivant un autre procédé que nous décrirons ailleurs.

Au lieu de fixer les quatre membres de l'animal à l'aide de clous enfoncés dans la table, selon la méthode de de Graaf, on peut les attacher à des liens de cordes préalablement passés et arrêtés dans des trous pratiqués dans une table. Magendie se servait pour les viviseclions d'une simple table de chêne solide sur ses bases et munie de liens nombreux préalablement fixés à des distances variées et pouvant ainsi s'adapter à des animaux de taille variée.

Un autre procédé, peut-être le plus simple de tous, consiste à étendre l'animal sur une petite table et à fixer ses quatre membres aux angles montants de la table à l'aide d'une corde attachée à chacun d'eux.

Dans ces procédés, où l'animal est ainsi garrotté sur

une planche, en quelque sorte écartelé, et où le tronc est posé à plat sur une table, il y a des mouvements du corps qui peuvent beaucoup gêner l'opérateur et exiger des aides. C'est pour cela que d'autres expérimentateurs ont imaginé des tables mieux disposées, ou des espèces de gouttières dans lesquelles le corps de l'animal peut se loger et être maintenu latéralement, en même temps que les membres sont fixés convenablement.

11 existe un grand nombre de ces appareils à vivisection, nous n'en citerons ici que quelques-uns.

Haller avait imaginé une table à vivisection pouvant s'élever et s'incliner dans des sens divers, suivant les opérations que l'on avait à pratiquer. 11 existe encore des tables de ce genre en Allemagne, mais tous ces appareils sont plus ou moins compliqués.

M. Schwann (de Liège) a imaginé une gouttière spécialement destinée aux chiens (l'animal y est maintenu couché sur le dos), pour les opérations que l'on a à pratiquer sur le ventre.

Je dois la description de celte gouttière à l'obligeance du professeur Schwann lui-même, qui me la transmit

FiG. 0. — GouUièi'c de Scliwaiiii.

B,B, g-oultiôrc ; E, E, pieds ou support^ ; D, D, trous pour fixer ranimai; F, boite .'i ciilorofornicr (o, ouverlure pour l'eutrue de l'air ; r, couvercle qui permet d'introduire l'onate iml)ibée de chlnroforrao).

en -1860, lorsque je faisais un cours de physiologie opératoire au Collège de France, et que je m'occupais déjà

de fixer les procédés d'expérimentation. Voici le dessin de celle goiillière (fisj. 6).

L'appareil se compose de deux planches D, D, réunies sous un angle d'environ 80 degrés. La gouttière cprdles forment repose sur deux planches verticales E, E, (pii servent de pied , de manière qu'elle penche en arrière et que l'urine s'écoule de ce côté. La longueur totale des planches est de 70 centimètres, leur largeur de '^O centimètres. En avant, celte largeur est diminuée sur une étendue de 19 centimètres. Les planches sont traversées de trous nombreux (D, D).

Pour fixer les chiens, on leur met dans la gueule, derrière les dents canines, une tige de fer ou de laiton qui se termine aux deux bouts par un anneau dans

FiG. 7. — Musèlement ilu chien avec une forte ficelle placée en arrière d'un mors do fer.

lequel on ]3asse une corde. On serre les mâchoires par une corde qui est placée en arrière de la tige de fer, autour du museau (voy. fig. 7).

Quand le chien est couché dans la gouttière, le ventre en haut, on fixe la tête au moyen des cordes qui sont passées dans les extrémités de la tige de fer. On fixe ensuite les membres au moyen de cordes qu'on passe parles trous pratiqués dans les planches.

Cet appareil est de plus muni d'une botte en cuivre, F, destinée à chloroformer l'animal. Cette boîte prismali(iue est longue de 18 centimètres, et s'adaple à l'appareil en bois au moyen d'une glissière qui permet de la retirer ou de l'enfoncer, de manière à la mettre à volonté en rapport avec le museau du chien par son ouverture postérieure. En ce point, c'est-à-dire en arrière, la paroi supérieure de la boîte est évasée et dépasse les autres parois, de façon à recouvrir le museau (lu chien, afin de l'empêcher de respirer au dehoivs. Il aspire donc, de l'intérieur de la boîte en cuivre, l'air qui sortj par la partie postérieure de la boîte, chargé de chloroforme, après être entré par une ouverture 0 pratiquée à la partie antérieure. L'air se charge de chloroforme à l'intérieur de la boîte en cuivre, parce qu'il traverse une couche d'ouate arrosée de chloroforme et placée entre deux cylindres métafiiques. On introduit l'ouate imbibée de chloroforme par la partie supérieure de la boîte en cuivre, qui est munie d'une porte à coulisse.

M. Pirogoff a imaginé une gouttière dont un modèle réduit m'a été transmis de la part de M. Pirogolf luimême. Yoici la forme de cette gouttière qui est également destinée à pratiquer des opérations sur le ventre et sur la partie antérieure de l'animal (fig. 8).

Elle se compose d'une table A A, sur laquelle est fixée la gouttière B, élevée sur deux montants triangulaires E, E. A l'une de ses extrémités, en C, la goultière présente une échancrure sur laquelle repose le cou de

Via. 8. — CoiilliiTO de l'ii-ogiiir.

A, A, table ; B, gouttière soutenue par les moulants E, E; C, extreiuile ('(.lianci-éc pour recevoir le cou de l'animal ; d, d, trous pour le fixer.

l'animal. Celui-ci est couché sur le dos et ses membres sont maintenus par des liens fixés aux parois de la gouttière, en passant dans divers trous ovales dont celle-ci est percée.

Blondlot a décrit une gouttière mobile et non fixée à une table comme la précédente. Il en a fail usage pour pratiquer les fistules biliaires; mais elle peut aussi être utilisée pour les diverses opérations que l'on pratique sur la partie antérieure du corps.

Voici (fig. 9) cette gouttière, que j'ai fait exécuter d'après la description qu'en donne Blondlot :

B,B, planches d'un mètre etdemidelongueur, réunies à peu près à angle droit et ayant i8 à 20 centimètres de largeur.

d,d,d, mortaises et trous pour donner passage à des

courroies ou à des cordes destinées à fixer l'animal. E,E, patins ou chevalets convenablement échancrés sur lesquels sont clouées les planches (jui forment la gouttière (1).

FiG. 9. — Goutticro de Blondiol. (Pour l'explication, voyez le texte.'

Table à vivisection. — Tous les appareils de contention qui consistent en une gouttière fixe sont très-commodes quand dssont construits en vue d'une seule expérience, c'est-à-dire quand il s'agit d'opérer toujours sur des animaux à peu près de même taille et placés sur le dos, de manière à rendre le cou, la poitrine et le ventre particulièrement occessibles à l'opérateur. Mais quand il s'agit de pouvoir opérer sur des animaux de taille et d'espèce très-diverses et placés dans toutes les positions que peut exiger la physiologie expérimentale, alors une simple table percée de trous serait préférable. Cependant celle-ci offre encore beaucoup d'inconvénients; elle ne maintient pas suffisamment le tronc des animaux, ou

(1) Voy. Blondlot, Essai sur les fonctions du foie et de ses annexes. 1846, V- 49.

bien exige un trop grand nombre d'aides qui souvent gênent pbis qu'ils ne servent. C'est pourquoi j'ai cherché à rassembler dans un môme appareil à contention les avantages d'une table percée de trous, comme celle de Magendie, et d'une ou plusieurs gouttières mobiles. Le principal avantage est qu'alors les animaux peuvent être disposés d'une manière très-convenable pour opérer sur le dos et sur la colonne vertébrale. Voici comment se compose cet appareil, que j'appelle table à vivisection et dont je me sers depuis plusieurs années au Collège de France avec beaucoup d'avantages.

L'appareil représenté figure 10 se compose de deux parties distinctes :

La première est une table à vivisection (E) qui est percée de trous (ff^g) dans toute son étendue, et qui, comme on le voit dans le dessin, est formée par quatre panneaux (^, e^ e, e) réunis entre eux par des charnières

if^f-if)-! *^^o"*' ^^'0'^ ^O'^t visibles en dessus et les six autres placées en dessous. Les charnières, ainsi disposées, permettent aux panneaux de s'étendre comme une table (fig. 10) ou de se replier en forme de gouttière, comme nous le verrons plus loin (fig. 15 à 19).

La deuxième partie de l'appareil est une forte table en chêne montée sur quatre pieds solides (o,o, o). Cette table est bordée latéralement par un liteau D et munie à ses deux extrémités de deux rebords mobiles R. Ces rebords tiennent à la table chacun par deux charnières visibles en dessus, ce qui permet de pouvoir les relever ou les abaisser à volonté. Dans la figure 10, les rebords sont relevés et maintenus dans cette position par des

CONTEXTiOX MÉCANIQUE. 453

tasseaux à tiroir C, C. A rcxlrémité libre de chacun de

FiG. 10. — Table d vivisection. — Ici la table à vivisection ii'e.-t pas replief ou g-uuttitn-cs (voy. ci-après lig. 15, 16, 17, 18 et 19), mais simplemenl établie en table plane : g, (j, trous de la table; c,c,e, sespamieaux; f, f, charnières de ces panneaux; o, o, pieds de la table proprement dite, avec son liteau D et ses rebords mobiles P., que maintiennent les tasseaux C, C.

ces rebords se trouve une feuillure />, b, destinée à cncaslrer à ses deux bouts la table à vivisection, qui est retenue latéralement par la continuation du liteau latéral de la tal)le {d, d). On peut donc enlever la table à dissection proprement dite, et alors, en repoussant les deux tasseaux à tiroir C,C, les rebords s'abaissent et la table de support devient une table ordinaire. — Cet appareil, tel qu'il est représenté dans la figure 10, est dans ce que j'appellerai \'à première posiiion .

Voici les dimensions que j'ai choisies pour chaque partie de l'appareil, comme étant celles qui conviennent à peu près dans tous les cas :

La longueur de la table gouttière est de i'",30 (fig. 10) ; sa largeur est de 0"\85, qui se divisent ainsi : 0'",21 pour chaque panneau extrême et 0'",19 pour chaque panneau moyen. — Longueur: 4"\45; hauteur de la table: 0'", 87.

On peut, avec la table h vivisection disposée comme dans la figure 10, avoir tous les avantages d'une table ordinaire ; seulement la multiplicité des trous permet de fixer des animaux de toute taille inférieure aux dimensions de la table.

Fixation des -membres sur la table à vivisection. — Pour attacher les pattes de l'animal et les fixer à l'appareil, on glisse autour d'elles un nœud coulant et l'on passe les deux chefs delà corde dans les ouvertures pratiquées à la table, de manière à attacher le membre dans la posi. tion la plus convenable, suivanll'opération que l'on veut pratiquer (voy. fig. 11).

Page 1