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Vichy, la plus irnportante de ces stations, est situé au centre de la France, dans une région remarquablement riche en sources bicarbonatées sodiques qui émergent de terrains lacustres. Les sources les plus renommées après celles qui sont inscrites dans le tableau sont celles de Mesdames, Lardy, Hauterive, Larbaud, etc.
Toutes renferment du fer ; mais on en trouve surtout
se fait remarquer par ses eaux froides et notablement ferrugineuses, d'une richesse plus variable en bicarbonate, de 2e'',35 à 55',20. Un grand nombre de sources de la région de Vichy ne servent que pour l'exportation ; quelques-unes de ces dernières sont plus riches que celles de Vichy même en bicarbonate. Ainsi celle de Vesse en renferme 6 grammes, et une de Saint- Yorre ,
Vais est également le centre d'une contrée extrêmement riche en eaux du même genre. Mais ici les sources émergent d'un terrain granitique. Les eaux de Vais sont d'une constitution plus variée que celles de Vichy ; elles forment une sorte de gamme de minéralisation fort étendue. Elles sont même trop variables et surtout trop nombreuses. Exploitées par des propriétaires jaloux les uns des autres, elles ne présentent pas la fixité de composition et de nom sans lesquelles toute étude sérieuse est impossible.
Tandis que certaines sources renferment jusqu'à 9 grammes de bicarbonate, d'autres sont presque uniquement gazeuses. La Dominique se distingue de toutes les autres ; 0. Henry y a trouvé, en 1859, i^\30 d'acide sulfurique libre. Depuis on n'en a fait aucune autre analyse.
Les eaux françaises faibles servent presque uniquement à l'exportation. Parmi celles qui ne figurent pas dans notre tableau, nous citerons Sail-sous-Couzan (Loire), Saint-Romain-le-Puy (Loire), Marcols (Ardèche), Neyrac (Ardèche), Saint Sauveur de Montagul (Àrdèche).
Etîets physio- Lès eaux bicarbonatées sodiques constituent un logiques, médicament puissant dont les effets peuvent être non
ment durables. Le bicarbonate de soude prend cerlainement dans cette action une part considérable. Il existe cependant une différence très notable entre l'action du bicarbonate de soude pris en nature et celle dos eaux bicarbonatées fortes, sans qu'on puisse expliquer nettement la cause de cette différence, dont les eaux minérales présentent, d'ailleurs, d'autres exemples.
Je pense que l'efficacité plus grande des eaux bicarbonatées sodiques et notamment des eaux de Yichy prises dans la station tient, d'une part, à la constitution complexe de l'eau, capable de faciliter l'absorption médicamenteuse, de l'autre à la thermalité de certaines sources, thermalité qui agit dans le même sens et, de plus, favorise l'action de l'eau sur le foie. Il faut, en outre, tenir compte du mode d'administration des eaux et des conditions particulières dans lesquelles se trouvent les malades à la station pendant la cure. A cet égard il y aurait de grands progrès à réaliser à Vichy, où les malades sont trop abandonnés à eux-mêmes et presque condamnés à l'horrible régime de la table d'hôte.
Les eaux bicarbonatées sodiques portent leurs effets surtout : T sur le tube digestif et sur ses glandes annexes; 2° sur la nutrition générale. Ces divers effets, malgré leur importance, n'ont pas encore été suffisamment étudiés.
Les eaux bicarbonatées sont des eaux gazeuses, claires, incolores, d'un goût agréable, piquant, légèrement salé. Elles augmentent la sécrétion buccale et on admet qu'elles tendent à augmenter aussi celle du suc gastrique. Dans un grand nombre de cas, lorsqu'elles
produits acides, résidus des digestions antérieures, et le bicarbonate est transformé, en partie ou en totalité, en chlorure de sodium, tandis que l'acide carbonique se dégage en produisant quelques rapports capables de piquer le nez.
On admet que la décomposition du bicarbonate de soude a lieu même quand l'estomac est vide. Les alcalins auraient pour effet de provoquer la sécrétion du suc gastrique qui attaquerait bientôt par son acide le bicarbonate. Il n'est pas démontré que les choses se passent bien ainsi. Le processus en question expliquerait seul l'alcalinisation rapide des urines. On a tenté de rapporter celle-ci à la soustraction de l'acide chlorhydrique qu'on présume être renfermé dans le sang. Les études que j'ai poursuivies avec Winter montrent que le sang ne fournit directement que du chlorure de sodium. Les faits qui suivent l'ingestion des eaux bicarbonatées dépendent de conditions complexes, même à l'état physiologique ; ils varient surtout suivant les rapports qu'afîectent les prises d'eaux avec les prises alimentaires (Voy. Médication antidyspeptique). Ils sont nécessairement plus variables encore chez les malades.
Lorsqu'il existe une atrophie glandulaire ou une transformation muqueuse des glandes de la paroi stomacale, le bicarbonate de soude doit rester presque absolument inattaqué dans l'estomac et l'alcalinisation du tube digestif et du sang doit se faire rapidement.
Chez tous les autres malades, bien qu'une partie du bicarbonate soit décomposée dans l'estomac, une autre doit passer dans l'intestin, le séjour des alcalins dans l'estomac étant peu prolongé. Il n'y a donc pas lieu
celle d'une proportion correspondante de chlorure de sodium. (Voy. Méd. antidyspepùque et reconstituante.)
J'ai exposé en détail l'année dernière, à propos de la médication entidyspeptique, ce que nous savons de plus précis sui- les effets qu'exercent les alcalins, tant à l'état physiologique que chez les malades, sur le processus digestif. Depuis, en continuant l'étude de l'action médicamenteuse du bicarbonate de soude, question sur laquelle je possède actuellement des documents très nombreux et très précis, j'ai vu que le principal effet de la médication alcaline consistait à modifier l'évolution du processus stomacal. Il est impossible de se rendre un compte exact des effets médicamenteux chez les malades quand on ne tient pas compte des troubles évolutifs de la digestion dont j'ai le premier donné une description fondée sur des recherches chimiques. L'ingestion du bicarbonate de soude, et il en est sans doute de même quand on emploie les eaux minérales, a surtoutpour résultat, quand elle a lieu loin des repas, d'abréger la digestion gastrique.
Chez les malades qui ont été soumis à ce genre de traitement, alors même qu'on emploie de hautes doses, les chiffres fournis par l'analyse indiquent une excitation du processus digestif. Ce n'est là qu'une apparence à laquelle se sont laissé prendre les expérimentateurs tels que Linossier, qui n'ont pas tenu compte des modifications évolutives. Cette prétendue excitation résulte de ce fait que le processus stomacal ayant marché plus rapidement, le maximum des actes chimiques est atteint plus tôt. En réalité l'usage du bicarbonate de soude diminue toujours la chlorurie et tend à produire une dépression du processus stomacal, G. Hayem. — y. 39
rieurement. Lorsqu'on le fait prendre quelques heures après les repas, il sature le contenu stomacal, coupe <:ourt à la prolongation de la digestion et excite l'évacuation gastrique'. Il est, par suite, le médicament par •excellence de l'état pathologique auquel j'ai donné le nom de dilatation par trouble évolutif.
Les eaux alcalines exercent également une influence sur les sécrétions pancréatique et biliaire, soit par voie réflexe, soit par voie indirecte, après le passage du carbonate dans le sang et augmentation de l'alcalinité des humeurs.
Les effets produits sur le processus nutritif ont donné lieu, vous 'le savez (voir nos études antérieures sur les alcalins), à des résultats peu concordants.
Il n'y a donc pas encore sur ce point de données physiologiques précises. Mais il est certain que chez les malades, la cure alcaline produit, d'après les faits que j'ai observés, outre la diminution de l'acidité urinaire, une diminution de l'excrétion azotée (urée et azote total) et habituellement aussi de l'acide phosphorique. Ces effets, plus ou moins persistants après la'cure, paraissent provenir de l'alcalinisation des humeurs et en conséquence d'une modification du protoplasma cellulaire. Quoi qu'il en soit de l'explication, le fait est indéniable et il consiste en une action modératrice exercée sur la désassimilation des matières albuminoïdes. Disons toutefois que, dans certaines conditions pathologiques, chez des malades non cancéreux, hypoazoturiques, de petites doses de bicarbonate de soude ou d'eau minérale alcaline peuvent, en excitant le processus digestif et en faisant renaître l'appétit, dé-
moins temporaire de rexcrétion azotée.
La cure alcaline favorise peut-être, d'autre part, la combustion des matières hydrocarbonées, à en juger par les résultats qu'on en obtient chez les diabétiques et chez les obèses. Ces divers faits, à peine entrevus, mériteraient d'être étudiés avec plus de soin.
Le passage d'un excès de soude dans le sang et dans les humeurs peut-il produire une désintégration organique, une perte de la plasticité du sang, de l'anémie et des œdèmes, en un mot cet état que Trousseau a appelé « cachexie alcaline »?
Les médecins des stations, notamment de Vichy, ont vigoureusement protesté contre cette opinion. Ils ont cherché à démontrer que les eaux bicarbonatées sodiques sont reconstituantes et même favorables à l'hématopoièse. L'opinion de Trousseau contient, cependant, une part de vérité.
Vous remarquerez tout d'abord que, à l'époque où elle <i été émise, la cure de Vichy était généralement plus intensive ; que les doses administrées étaient souvent exagérées. Le cri d'alarme poussé par Trousseau a grandement contribué à amener la réforme de la cure interne.
En second lieu, l'opinion de Trousseau vise un certain nombre de faits et non tous. Or, s'il est vrai que l'emploi modéré des eaux de Vichy peut, dans certains cas, se traduire par une action reconstituante — ce qui n'est pas douteux — il est non moins certain, d'autre part, que, même à dose modérée, ces eaux sont nuisibles et absolument coiitre-indiquées chez un bon nombre de malades qui sont, cependant, envoyés à Vichy ou dans une station analogue^
de grandes quantités d'eau, ils revenaient des stations dans un état lamentable. J'ai été moi-même témoin de faits regrettables, qui auraient pu être évités si l'on s'était rendu compte, avant de prescrire les eaux bicarbonatées fortes, de l'état du tube digestif et de la statique générale de la nutrition. C'est là un point sur lequel j'attire toute votre attention : ces eaux ne doivent pas être prescrites à la légère, et sans les deux principales précautions que je viens-d'indiquer.
Une partie des effets de l'eau prise en boisson est attribuable à l'acide carbonique. Elle consiste au début de la cure en une légère ivresse, en une activité pliis grande de la circulation ; plus tard en effets de sédation.
Le bain est onctueux, agréable; il facilite la cure lorsqu'on veut activer les fonctions de la peau et produire sur le système nerveux des effets sédatifs. Emploi Les eaux bicarbonatées sodiques sont employées érapeutique. ^^^^^^ ^^^^^ grand nombre d'états morbides : les maladies de l'estomac, les affections du foie, des muqueuses, le rhumatisme, la goutte, le diabète, l'albuminurie, l'obésité, certains états cachectiques.
On envoie à ces eaux tous les malades atteints de forme non organique de dyspepsie (Voy. Médication miiidijspeptique). Cette pratique est évidemment un peu aveugle. Cependant tous les malades atteints de gastrite chronique pourraient bénéficier, dans une certaine mesure, de la cure par les eaux alcalines, si l'on faisait toujours choix d'une eau appropriée à l'état gastrique et si le mode d'administration de l'eau était subordonné au but à atteindre.
Malheureusement on -soumet tous les malades, quel
près uniforme.
A en juger surtout d'après les effets que j'ai obtenus avec le bicarbonate de soude, je crois que les prescriptions doivent être subordonnées à chaque variété clinique de gastrite.
Les eaux bicarbonatées fortes, et surtout les hautes doses de ces eaux, ne conviennent qu'aux malades atteints de gastrite hyperpeptique. Lorsque ces malades auront un retard de l'évacuation gastrique, ce qui est la règle, ils devront prendre l'eau trois ou quatre heures après les repas.
Dans les gastrites se traduisantpar untypehypopeptique, on fera choix d'une eau faiblement minéralisée et on fera boire l'eau à jeun, une heure environ avant les repas. Si les malades se rendent aux bicarbonatées fortes, ils devront se contenter de très petites doses.
L'hypopepsie intense et l'apepsie me paraissent contre-indiquer l'emploi des eaux alcalines, à moins que celui-ci ne soit nettement commandé par l'état de la nutrition générale.
On ne doit, en effet, envoyer aux eaux alcalines fortes que les gastropathes azoturiques, et, dans certains cas, on pourrait selaisser guider dans le choix d'une station plutôt encore par l'état des urines que par les symptômes fournis par le tube digestif.
Les affections organiques, c'est-à-dire le cancer, l'ulcère tloride, sont des contre-indications formelles à l'emploi des eaux alcalines et surtout des fortes. Quand l'ulcère est ancien, ces eaux peuvent rendre service et ne sont, en tout cas, pas contre-indiquées.
La congestion chronique du foie, la lithiase biliaire sont les affections du foie tributaires de la médication
61i LEÇONS DE THÉRAPEUTIQUE.
par les eaux fortes. Les sources thermales de Vichy font à cet égard une sérieuse concurence à celles de Carlsbad, et elles compteraient peut-être de plus nombreux succès encore si les^hôteliers s'entendaient avec les médecins, comme à Carlsbad, pour faire suivre aux malades, pendant la durée de la cure, un régime approprié.
On attribue, vous le savez, aux eaux bicarbonatées sodiques, une action fluidifiante sur toutes les mucosités. De là remploi; de ces eaux dans toutes les inflammations chroniques des muqueuses. Efle se montrent, dans cette circonstance, inférieures aux chloruréesmixtes.
Dans les stations où l'eau est faiblement minéralisée, comme à Andabre (Aveyron), on traite les affections utérines compliquées ou non de névropathie.
Le rhumatisme n'est justiciable de la cure par les eaux bicarbonatées sodiques que dans des cas exceptionnels, encore mal précisés.
Relativement à la goutte, les opinions sont contradictoires.
Les eaux fortes (Vichy, Vais,') paraissent pouvoir modifier la prédisposition à la goutte et retarder les manifestations de la maladie. Elles s'adressent surtout aux goutteux azoturiques (excès d'urée, d'azote total, d'acide phosphorique, d'urates). Quand la goutte est déclarée, elles sont indiquées tant que les urines conservent ces caractères. Mais quand il y a tendance à l'hypoazoturie qui annonce chez le goutteux, la goutte chronique et atonique, il faut recourir aux eaux faiblement^minéralisées ou même s'abstenir de ce genre de médicamentation.
La gravelle urique ou oxalique, ainsi que les coliques néphrétiques, sont des manifestations de la même dis-
position générale. Elles pourront être traitées par les bicarbonatées fortes ou faibles (de préférence par les sources froides, telles que Célestins à Vichy). Mais ellessont plus particulièrement encore justiciables des eaux diurétiques dont nous aurons bientôt à parler.
Le diabète est également une des spécialités des eaux bicarbonatées sodiques. La clinique démontre effectivement l'action fav:orable de Vichy, de Vais, etc.
L'explication de cet effet thérapeutique n'est pas encore connue.
On doit peut-être la chercher dans l'amélioration de, la digestion des amylacés. L'effet favorable s'observant aussi bien chez les gastropathes hyperpeptiques que chez les hypopeptiques ou même chez les apeptiques, doit se rapporter plutôt à une amélioration de la digestion pancréatico-duodénale que de la digestion gastrique. Il est permis également d'admettre l'intervention d'une amélioration de la fonction hépatique.
La cure par les eaux fortes ne peut convenir qu'aux diabétiques gras, non cachectiques, non tuberculeux..
Les rapports étroits qui existent entre les troubles digestifs et l'apparition de l'albumine dans l'urine nous rendent compte du bénéfice que peuvent tirer certainsalbuminuriques de la cure par les eaux bicarbonatées sodiques.
Aussi ce bénéfice ne peut-il s'observer que chez certains gastropathes, ou bien encore lorsque l'albuminurie est liée à la présence dans les reins d'infarctus uratiques. La forme parenchymateuse de la maladie de Bright constitue, au contraire, une contre-indication à l'emploi de cette cure, et la néphrite interstitielle n'en peut tirer un certain parti que lorsqu'elle est d'origine uricémique.
On traite encore, dans certaines stations, la cachexie paludéenne et la chlorose dyspeptique.
Dans la cachexie paludéenne avec engorgement du foie et de la rate, il existe aussi des troubles digestifs avantageusement modifiés par l'emploi des eaux. D'autre part, le changement de lieu, les conditions hygiéniques nouvelles, l'emploi des moyens externes jouent ici un grand rôle et sontpeut-être les principaux facteurs de la cure.
La chlorose, qui souvent s'accompagne d'un état hyperpeptique peut être parfois traitée avec avantage par les bicarbonatées sodiques ferrugineuses, par exemple par la source de Mesdames à Vichy.