‹ Leçons de thérapeutique (volume 4)Chapitre 29 sur 72 · AZOTE · texte numérisé non relu

AZOTE

Femme. .

Anesse . .

Vache . . .

Chèvre . .

Vous pouvez voir sur ce tableau, qui donne les moyennes d'un grand nombre d'analyses, que le lait d'ânesse est celui qui se rapproche le plus de celui de la femme. L'un et l'autre sont riches en lactose, pauvres en caséine et en éléments minéraux. Les laits de vache et de chèvre, moins riches en lactose, renferment une plus forte quantité de caséine et d'éléments minéraux.

La proportion des principes contenus dans le lait varie non seulement d'une espèce animale cà l'autre, mais aussi, dans la même espèce, suivant un assez grand nombre de circonstances. D'où résulte la nécessité d'analyser le lait, même lorsque ce hquide est de provenance certaine et invariable.

Hors de l'organisme le lait ne tarde pas à se remplir de germes nombreux qui l'altèrent rapidement et en déterminent la coagulation spontanée.

Il n'est pas sans intérêt de vous énoncer la liste de ces germes, telle qu'elle a été dressée par M. Duclaux :

' Tyrothrix tenuis, très résistant, coagule puis dissout la caséine.

— filiformis.

— geniculatus.

Ferments aérobies. .. ( — distortus.

— ■ turgidus, peu résistant, attaque la caséine.

— scaber.

j — virgula.

/ Tyrothrix urocephalum, atlaque la caséine. \ — claviformis, attaque la caséine et Ferments anaérobies. J transforme la lactose en alcool.

\ — catenula.

Ces ferments sécrètent des présures et des caséases très actives.

Le lait est un 'aliment complet pour les nouveaunés. Sa constitution est en rapport avec la capacité digestive de l'estomac à cet âge et avec les besoins de l'organisme.

Les adultes peuvent également être alimentés à l'aide du lait, mais d'une manière moins parfaite. Ils doivent en ingérer 4 litres pour avoir une ration normale. Les chiffres suivants en font foi :

Quatre litres de lait représentent :

Ration normale.

Matières azotées 112 124

Beurre (matières grasses) 132 53

Sucre de lait 208 430

Le déficit en hydrates de carbone est à peu près compensé par la plus forte proportion de graisse. La teneur en sels est suffisante, tandis qu'avec l'ali-

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mentalion ordinaire, il est nécessaire, comme Biinge l'a fait remarquer, d'ajouter aux aliments du chlorure de sodium. L'eau est en quantité plus que suffisante, puisque d'après le calcul de Bidder et Schmidt la quantité d'eau nécessaire par 24 heures n'est que 2633 grammes.

Malgré la valeur alimentaire du lail, le régime lacté intégral entraîne chez l'adulte un certain degré d'atfaiblissemenl. Aussi est-il impossible de le faire supporter longtemps par les malades assez valides pour pouvoir se lever et faire un certain travail. Il est mieux toléré, et cela presque indéfiniment, par les individus confinés au lit. Ce genre de régime s'accompagne d'une diurèse notable et d'une augmentation de l'excrétion de l'urée. Cette augmentation serait de 60 p. 100 d'après M. Chibret lorsque le régime lacté est absolu, de 33 p. 100 lorsque le lait entre pour moitié dans le régime alimentaire. Les chiffres obtenus par M. Chibret me paraissent être un peu exagérés; mais le fait qu'ils signalent est indéniable et accentué. Il ne faut pas y voir la preuve d'une désassimilalion excessive des principes albuminoïdes de l'organisme, mais plutôt d'une plus facile et plus complète oxydation de l'albumine circulante.

Après ces considérations générales, nous pouvons maintenant nous occuper de la digestion et de la digestibilité du lait, c'est-à-dire des questions qui offrent pour nous un intérêt particulier.

Le lait se coagule rapidement dans l'estomac, non, Digcsiio comme on le croyait autrefois, par suite de la forma- ^'tiifstibi

,. , . ^ du lait.

tion d acide lactique, mais bien, ainsi que l'ont établi les recherches d'Hammarsten, sous l'influence de la présure ou ferment lab. D'après cet observateur, les sels de chaux jouent un rôle important dans la préci-

pitation du caséum : il faut pour qu'elle ail lieu que le lait renferme des sels de calcium solubles. Les faits qu'il a observés ont été confirmés et précisés par MM. Arthus et Pages, qui ont reconnu que la caséification produite par le ferment lab diffère de la précipitation de la caséine par un acide et de la coagulation de la même substance par l'ébullition en présence du sulfate de magnésie. La caséification ou formation de caséum est un phénomène complexe, caractérisé par la transformation moléculaire d'une substance albuminoïde, la caséine, et par la formation d'un composé alcalino-terreux insoluble, le caséum. La précipitation du caséum eatraînelc plus grand nombre des globules graisseux. La partie liquide, le sérum, ou petit-lait, qui reste après cette coagulation, renferme les sels, le sucre et une petite proportion d'albumine.

La digestibilité du lait paraît dépendre, d'après les recherches de Biedert, Dogiel, M. Féry, de sa richesse en caséine et peut être aussi de la nature variable de ce dernier principe suivant les espèces animales. Toujours est-il que le produit de la caséification inlra-stomacale diffère notablement suivant l'espèce de lait ingéré. Le caséum fourni par le lait de femme se présente sous forme de flocons grêles, légers, restant en suspension ; celui que donne le lait de vache prend l'apparence de masses épaisses, résistantes, tombant au fond du vase.

Sur les individus atteints de fistule gastrique, Gosse, de Beaumont, M. Ch. Richet, ont vu que le lait quitte l'estomac très rapidement, au bout d'une heure environ ; il laisse cependant derrière lui une petite portion de sa caséine et la plus grande partie de sa graisse. La digestion de la caséine, à peine commencée dans l'estomac, se ferait surtout dans l'intestin.

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D'après Reichmann, l'évacuation du lait serait beaucoup plus lardivCjil faudrait 4 heures pour que 300'''^- de lait cru soient évacués, la même quantité de lait bouilli ne resterait que 2 h. 1/2 dans l'estomac.

L'élude chimique de la digestion du lait, faite dans J3igesiiou choz: ces dernières années, a été surtout poursuivie chez ''^ "«""''sson. l'enfant. Tandis que Léo a trouvé, comme principal caractère de cette digestion, l'absence d'acide clilorhydrique libre, Puteren et tout récemment Wohlmann signalent, au contraire, de notables proportions d'acide chlorliydrique libre. Huebner a confirmé en partie les résultats de Léo. Il n'a trouvé d'acide chlorliydrique libre que 12 fois sur 42 cas et 2 fois seulement en proportion notable.

La question fut étudiée pour la première fois, à l'aide de la méthode de M. Winter, dans mon laboratoire, par un médecin étranger, Clopatt fd'Helsingfors). J'ai repris ces recherches et j'ai obtenu des résultats analogues aux siens.

La digestion du lait chez l'enfant s'accompht sans mise en liberté d'acide chlorliydrique libre. Jusqu'à présent, je n'en ai pas trouvé, non plus, pendant la digestion du lait chez les enfants malades, qu'ils soient nourris au sein ou au biberon.

Pour les autres facteurs, il faut distinguer les enfants suivant qu'ils sont nourris au sein ou au biberon.

En ce qui concerne les enfants nourris au sein, les Eufanis résultats sont assez variables, ce qui s'explique sans doute par la différence d'âge, 14 jours à 24 mois, et, par l'importance des tetées qu'on ne peut régler, probablement aussi par la qualité du lait, facteur que nous : ne pouvons que soupçonner.

D'une manière générale, pour une tetée n'atteignant

pas 80'= ''-, la digestion parvient à son apogée au bout d'une demi-heure à trois quarts d'heure.

Au bout d'une demi-heure, terme que j'ai adopté comme permettant le mieux de comparer les chifires obtenus avec ceux que donne au bout d'une heure, chez l'adulte, le repas de pain que vous connaissez, l'acidité totale a été presque toujours inférieure à 0,100 pour lOO-^-^- de liquide. Elle a atteint 0,176 dans un cas, concernant un enfant de H mois 16 jours; mais je suis porté à penser que l'enfant n'était pas dans des conditions de santé absolument normales; chez un enfant de 6 mois 10 jours, paraissant très bien portant, elle a été trouvée nulle.

L'acidité est due en partie à l'acide lactique, dont on constate la réaction nette dans presque tous les cas; je dois vous rappeler cependant que les lactates donnent la même réaction. Malgré la réaction lactique ou des lactates, a est presque toujours faible, et en moyenne seulement de 0,50. Dans le cas où A atteignait 0,176,-/ était égala 1,15, ce qui nous a fait admettre qu'il s'agissait d'un cas anormal, bien que l'enfant eût l'apparence delà santé.

Les produits chloro-organiques, C, s'élèvent à une moyenne relativement forte de 0,115. Clopalt a trouvé des chiffres variant de 0.050 à 0,060, mais il tubait les enfants une heure après la telée, alors que la digestion était déjà en décroissance.

Il est vraisemblaljle, en raison de la faible valeur d'«, qu'une partie seulement de ces produits G sont acides.

D'ailleurs, au bout d'une demi-heure, on trouve en général peu de peptones ; il existe parfois un peu de syntonine et la réaction des matières albuminoïdes.

Il est intéressant de remarquer que chez l'enfant dont le suc avait une acidité nulle, on trouva C = 0,1 02

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et une réaction assez nette des peptones, ce qui prouve que la peptonisation peut s'accomplir sans acidité sensible, ou tout au moins que l'absence d'acidité du contenu stomacal, à un moment donné, n'indique pas l'absence de tout travail de peptonisation.

Les faits les plus constants sont relatifs à T et à F.

T, le chlore total, est toujours sensiblement inférieur d'un tiers ou des deux tiers à la même valeur considérée au bout d'une heure, après le repas de pain, chez l'adulte. Mais ce qui montre qu'au bout d'une demi-heure la digestion du lait est aussi avancée que celle du repas d'épreuve au bout d'une heure, c'est que T

le rapport - est sensiblement le même, c'est-à-dire égal

à 3. Le faible chiffre de T indique que le lait détermine une excitation stomacale moins forte que le pain, ou plutôt que l'aptitude sécrétoire de l'estomac est encore faiblement développée chez le nourrisson.

Je ne vous citerai qu'un seul exemple. Il concerne une fille, âgée d'un mois, nourrie au sein, pesant 3''",930. Une demi-heure après une tetée de 30 grammes, on retira avec la sonde 16 centimètres cubes de liquide :

Peptones peu abondantes, réaction très nette de l'acide lactique (ou des lactates) ; liquide peu abondant, non caillé, filtrant facilement.

Aux enfants élevés au biberon, on fit prendre un Enfants repas de lait pur, stérilisé, de 100 centimètres cubes en moyenne, variable suivant l'âge.

Lorsqu'on compare la digestion du lait de vache à celle du lait de femme, on observe les différences suivantes :

La digestion du lait de vache s'accomplit moins ra-

pidemenl; mais il faut tenir compte de ce fait que la quantité de lait ingéré a été en moyenne supérieure à celle prise par les enfants au sein ;

L'acidité totale est toujours sensiblement plus élevée ; c'est ce qu'avait déjà vu Clopatt, qui l'a souvent trouvée supérieure à 0,100 au bout d'une heure. Elle est déjà, en moyenne, de 0,125 au bout de la première demiheure ; au bout de trois quarts d'heure, elle est tantôt en augmentation et tantôt en décroissance. Elle n'a pas dépassé le taux de 0,171 ; je ne l'ai jamais trouvée nulle.

Je n'ai constaté d'acide chlorhydrique libre dans aucun cas, mais une partie de l'acidité est due, bien plus sûrement qu'avec l'allaitement maternel, à de l'acide lactique. La réaction de cet acide ne manque jamais. D'ailleurs a est ici relativement élevé, en moyenne de 1,14, au heu de 0,50.

Ce fait, remarqué aussi par Clopatt, semble étabhr que les acides de fermentation sont plus abondants qu'avec l'ahmentation au sein, mais aussi peut-être que les produits C sont différents et ont une plus grande valeur acide.

Les produits C sont, en moyenne, plus abondants que chez les enfants nourris au sein. Au bout d'une demiheure, on en trouve en moyenne 0,125, mais ils n'ont pas toujours atteint à ce moment leur maximum.

Les réactions des peptones et des matières albuminoïdes sont à peu près les mêmes qu'avec le lait de femme ; on constate un peu plus souvent de la syntonine, surtout au bout d'une demi-heure.

Les faits relatifs à T et à F sont également ici très intéressants. T est plus élevé et arrive après trois quarts d'beure presque aussi haut qu'avec le repas d'épreuve chez l'homme, au bout d'une heure.

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Mais le rapport rx; est assez irrégulier, tantôt plus r

petit, tantôt plus grand, ce qui indique un étal anormal du processus, en rapport d'ailleurs avec l'élévation exagérée d'à. Ce fait peut être considéré comme une preuve d'irritation.

Du reste, tandis que chez les enfants nourris au sein, le liquide extrait ne contient pas de caillots, ce liquide renferme presque toujours ici des grumeaux et la fil- Iration en est parfois un peu pénible.

Évidemment, le lait de vache détermine un certain degré d'hyperpepsie relative avec fermentation anormale ; ce genre d'allaitement crée déjà une gastropathie.

On n'a pas encore étudié par les mêmes procédés la digestion du lait chez l'adulte à l'état de santé. Je m'occupe de celte question intéressante, mais depuis Irop peu de temps pour pouvoir formuler des conclusions.

Je puis dire, cependant, que les principaux caractères de cette digestion sont les mêmes que chez l'enfant: faible excitation stomacale, digestion relativement courte et production minime ou nulle d'acide chlorhydrique libre.

Il m'est également possible de vous donner quelques DigesUou du renseignements sur la digestion du lait chez divers gas-

, .1 î i 11 1 1,. dyspeptiques.

tropatnes, comparée a celle du repas d épreuve, renseignement que je compléterai plus tard à propos de l'étude d'autres aliments.

D'une manière générale, 250 à 300 centimètres cubes de lait sont plus rapidement digérés que le repas d'épreuve, bien que la quantité d'aliment à digérer soit à peu près égale. Ainsi chez les hyperpeptiques avec retard dans la digestion, l'acidité totale peut être plus

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forte après le repas de lait, ce qui lient à ce qu'au bout d'une heure la digestion est plus avancée.

L'acidité totale peut aussi être augmentée chez les hypopeptiques en raison de l'augmentation de C. En outre, chez tous a est élevé par suite de la fermentation laclique.

La réaction lactique existe constamment et a est toujours plus élevé qu'avec le pain, sauf quand a est déjà augmenté par le fait de fermentation anormale.

Dans tous les cas, avec le lait, on relire au bout d une heure un liquide peu abondant, contenant moins de résidus qu'avec le repas de pain, mais souvent des caillots comme chez l'enfant. Il y a beaucoup de peptones et parfois un peu de syntonine comme avec le pain. Étudions maintenant en détailles divers facteurs.

L'acide chlorhydrique libre, H, est toujours relativement faible ou réduit à 0 ; il peut même devenir nul chez des hyperchlorhydriques, mais parfois il reste encore assez élevé. Les produits chloro-organiques, C, existent en quantité très variable suivant les cas. En règle générale, le chiffre qui les représente tend à devenir plus normal; il est plus élevé qu'avec le pain, quand avec ce dernier il est abaissé ; il est, au contraire, plus faible quand le repas d'épreuve fournit un taux de produits chloro-organiques exagéré.

La valeur la plus remarquable est celle de T. Le chlore total est, en effet, constamment diminué, par rapport au chiffre que l'on trouve avec le repas de pain. Je ne relève qu'une exception, pouvant s'expliquer par l'élat plus avancé de la digestion. Le chiffre de T, plus élevé au bout d'une heure avec le lait qu'avec le pain, était moindre que le plus fort chiffre atteint plus lard pendant la digestion du pain.

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Que conclure de ces données? La digestion du lait s'accompagne d'une excitation stomacale moins forte que celle du pain ; en outre, elle se fait plus normalement si l'on considère la formation des produits C el des peplones. En un mot, la digestion du lait est à la fois la plus rapide et la plus facile.

Le lait est donc l'aliment le plus convenable pour les dyspeptiques. C'est celui qui exige le moins d'efforts et qui, en produisant le minimum d'excitation, représente l'aliment sédatif par excellence. Il est indiqué dans tous les cas: dans l'hyperpepsie, état dans lequel il y a excitation, peptonisation difficile et lente ; dans l'hypopepsie, où il sera mieux utilisé qu'aucun autre aliment.

Mais pour arriver à nourrir les malades, il faut faire prendre une certaine quantité de lait et, comme nous le verrons plus lard, c'est dans l'application du régime que l'on rencontre les difficultés.

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