TRENTE-TROISIÈME LEÇON
MÉDICATION ANTIDYSPEPTIQUE (SUITE)
Médicaments {suite) : ferments digestifs (fin) : pancréatine, papaïne; nitrate d'argent, sels de zinc, bichromate de potasse; carrainatifs; nervins: opium, belladone, cocaïne, chloral, chloroforme; divers.
Messieurs,
Je n'ai plus, pour terminer l'étude des ferments Pancréatine. digestifs, qu'à vous dire quelques mots de la pancréatine et de la papaïne.
La pancréatine est un produit variable, plus mal défini encore que la pepsine. Les diverses préparations qu'on trouve dans l'industrie sont souvent inertes. Dans tous les cas, alors même que la pancréatine employée est réellement active, vous savez que son action est annihilée dans l'estomac par le contact du milieu acide.
Engesser a préconisé une poudre de pancréas desséchée et privée de graisse qui a l'apparence d'une poudre de viande. En France, on emploie surtout la pancréatine Dufresne. C'est une poudre jaune blanchâtre, animalisée, qu'on obtient par action de l'étlier sur le pancréas. Von Wittich a encore proposé l'extrait glycériné, Reichmann, l'extrait alcoolique de pancréas de bœuf. Enfin, pour empêcher l'action du milieu stomacal sur la substance active, Unna emploie des pilules kéra-
•460 LEÇONS DE TIIÉRAPEUTIQUE.
tinisées ; mais celles-ci peuvent traverser tout le tube digestif sans être attaquées.
Quelles sont, Messieurs, les indications de la pancréaline ? Nous n'avons sur ce point aucune connaissance scientifiquement établie.
Boas pense que la pancréaline est particulièrement indiquée en cas de suppression de la sécrétion gastrique. On obtiendrait en pareille circonstance des résultats remarquables, à condition toutefois de vérifier soigneusement l'action" digestive de la poudre de pancréas employée.
Ces faits répondent à l'apepsie, et vous savez que les malades apeptiques vident rapidement leur estomac; que chez eux l'intestin fait tous les frais de la digestion. Si donc les sécrétions pancréatique et biliaire sont normales, si l'intestin fonctionne bien, il n'y a pas à intervenir. L'indication thérapeutique ne prend naissance qu'avec les troubles de la digestion intestinale. Elle me paraît pouvoir être remplie plus utilement que par l'emploi de la pancréatine.
On a encore conseillé la pancréatine dans certaines formes d'entéro-colite. Bertrand (de Brest) en a obtenu de bons effets dans l'entéro - colite des pays chauds.
Toute la difficulté pratique consiste à se procurer une bonne préparation.
Papuïne. Vous u'ignorcz pas que les graines ont la propriété de produire des diastases nécessaires au développement des jeunes végétaux. Outre ces diastases, certaines plantes fabriquent encore des ferments qui agissent sur les matières albuminoïdes à la manière de la pancréatine. Gorup Besanez et Will les premiers ont étudié les ferments albuminoïdes produits par les semences de
MÉDICATION ÂNTIDYSPEPTIQUE. 461
vesces et par les plantes carnivores (népanthes, drosera, darlingtonia, etc.).
La plus remarquable de ces dernières est le caricapapaya que l'on trouve aux Indes, à File Maurice, à la Réunion, aux Antilles et dans l'Amérique du Sud.
Les incisions du tronc, des feuilles et des fruits laissent sourdre un suc assez abondant qui se sépare par le repos en deux parties, le sérum et la papayotine (Peckolt). Cette dernière contient le ferment. Elle se présente sous la forme d'une substance blanche, et, par dessiccation, fournit une poudre qui a servi aux premiers essais de Roy, Peckolt et Moncorvo.
En traitant la papayotine par l'alcool, Wurtz et Bouchut ont obtenu la papaïne, ferment analogue à la pancréatine, et pouvant agir en milieu acide, en milieu alcalin et plus efficacement en milieu neutre. Elle dissoudrait mille à deux mille fois son poids de fibrine. Toutefois elle ne produirait qu'une peptone imparfaite.
D'après Sidney Martin, au contact d'une solution à 1 p. 400 de carbonate de soude, la papaïne acquerrait sa plus grande activité et donnerait naissance à une peptone parfaite, à un produit intermédiaire analogue à la globuline, enfin à de la leucine et à de la tyrosine.
En 1884, Finkler a confirmé le fait de la digestion de la fibrine, en opérant avec une papayotine provenant directement d'Amérique.
Aussi ce produit remarquable a-t-il été bientôt l'objet de tentatives thérapeutiques, de la part de Bouchut, d'Albrecht, de Rossbach. Ce dernier l'a principalement employé dans la lienterie. Il l'administre également dans les maladies consomptives, telles que
la tuberculose, pour faciliter la digestion de grandes quantités de viande.
Les diverses formes pharmaceutiques employées en France sont le sirop, le vin, lelixir, les cachets et les dragées de papaïne, à la dose de 10 à 20 centigrammes et plus. Il est nécessaire, comme pour la pancréatine, d'essayer la valeur du produit avant de l'administrer.
Messieurs, la plupart des médicaments que nous avons étudiés jusqu'à présent ne sont pas seulement capables d'agir chimiquement sur le processus digestif ils peuvent encore impressionner le fonctionnement stomacal, en modifiant plus ou moins la vascularisation de la muqueuse et les actes nutritifs des éléments cellulaires.
Mais il en est beaucoup d'autres qui agissent comme des modificateurs encore plus puissants des tissus, en portant leurs effets sur le protoplasma cellulaire, et probablement aussi sur le sang et sur les vaisseaux. Tous sont des irritants plus ou moins puissants, et pourraient prendre rang parmi les agents de l'ancienne médication irritante substitutive de Trousseau et Pidoux.
11 est clair que la fréquence des lésions infiammatoires dans les diverses formes de la dyspepsie attire tout particulièrement l'attention sur ces modificateurs, qui s'adressent en quelque sorte directement à la lésion.
Vous verrez, quand nous traiterons des lavages, que la plupart sont faits avec des substances irritantes et de nature à produire des modifications nutritives delà muqueuse et des glandes. Quelques-unes de ces substances ont été également administrées per et nous
MÉDICATION ANTIDYSPEPTIQUE. 463
devons leur réserver une place dans la description des moyens de la médication.
Le type de ces médicaments est le nitrate d'argent witrate dont vous connaissez les effets caustiques et puissam- ^ ^^s*^" ment antimicrobiques. On l'a préconisé contre les affections stomacales et contre les affections intestinales.
Graves, Stillé, Mac Gregor, Hirsch, Eberlé, Meigs, Trousseau, Duclos, Henoch, l'ont administré dans l'ulcère de l'estomac, la diarrhée chronique des tuberculeux et la dysenterie des enfants. M. Charcot l'a conseillé contre le catarrhe stomacal et dans la dyspepsie des alcooliques. Plus récemment encore A. Fleming l'a recommandé dans la dyspepsie grave et dans l'inflammation- chronique de l'estomac.
Mais, parmi les auteurs qui, dans ces dernières années, ont écrit sur les maladies du tube digestif, tandis^queles uns, avec WillougbyF. Wade et Rosenheim, se sont bien trouvés de l'emploi du nitrate d'argent, les autres, avec Rosenthal, en ont repoussé formellement l'emploi.
Pour ma part, je n'ai guère utilisé jusqu'ici le nitrate d'argent qu'en lavages. Une seule fois, je l'ai administré sous forme pilulaire et j'en ai obtenu des effets calmants marqués par la diminution de la sécrétion gastrique ainsi que des valeurs T, H, (H -f G) et A et par l'augmentation de F et d'à.
On employait souvent autrefois des pilules faites suivant la formule de Boudin :
Nitrate d'argent Os^OS
Mie de pain 2 ,00
Pour cinq pilules, une à cinq par jour. Aujourd'hui, on administre de préférence le médicament en solution.
464 LEÇONS DE THÉIUPEUTIQUE.
Cependant W. F. Wade préconise dans le traitement de l'ulcère, outre le régime approprié, l'administration de trois des pilules suivantes dans les vingt-quatre heures :
Azotate d'argent Ob',02
Opium 0 ,02
Extrait de belladone 0 ,00S
Pour une pilule.
Fleming fait prendre tous les deu-x, trois ou quatre jours 25 milligrammes à 20 centigrammes de nitrate d'argent dans 15 grammes d'eau distillée, le soir, l'estomac une fois vide. Le malade se couche sur le dos pour avaler la solution, puis se retourne immédiatement sur le ventre, afin de mettre le médicament en contact avec toute la muqueuse.
Rosenheim conseille, dans le but d'anesthésier la muqueuse, une solution h 20 ou 30 p. 100, dont il administre trois fois par jour une demi-cuillerée à bouche diluée dans un verre d'eau, la première fois le matin à jeun, la seconde une demi-heure avant le déjeuner, la troisième une demi-heure avant le dîner. Je ne ferai que vous citer les produits analogues lactatedezinc. nitrate d'argent, tels que le sulfate de zinc préconisé par Oppolzer, et le lactate de zinc employé par Lebert, produits qui se prescrivent à la dose de 5 centigrammes à 15 centigrammes trois fois par jour. Bichromate de Je VOUS signalerai aussi le bichromate de potasse, potasse. médicament très toxique, entraînant fréquemment le vomissement, que j'ai vu plusieurs fois prescrire à mon maître Vulpian dans les gastropathies. J'ai surtout utilisé ce médicament dans la pratique des lavages. Je l'ai fait prendre cependant deux fois sous forme de pilules à la dose de 2 centigrammes par jour.
Sulfate et
MÉDICATION ÂNTIDYSPEFTIQUE. 46:i
Dans un cas, j'ai observé une excitation stomacale intense, dans l'autre, au contraire, une dépression marquée du processus digestif.
Dans les deux cas, il existait une exagération de la réaction acétique et un accroissement de la valeur d'à.
J'étudierai assez rapidement la classe des médica- carminatif. ments auxquels on a donné le nom de carminatifs. Ce sont des agents propres à combattre la flatulence, dont la réputation est ancienne et, du reste, assez méritée. Ils sont tous représentés par des végétaux ou des produits végétaux empruntés à la section des aromates, et contiennent, comme principes essentiels, des essences oxygénées ou non oxygénées, des acides aromatiques, tels que l'acide cinnamique, et des substan- «4, ces variables avec l'espèce : carvol, thymol, etc. Tous se rapprochent plus ou moins de l'essence de térébenthine, mais ils ont sur elle l'avantage d'avoir une odeur et un goût plus agréables et d'exercer une action plus favorable sur l'appétit et sur la digestion. Je dois vous énumérer les principaux d'entre eux : La graine de carvi, qui provient du fruit du carum carvi. carvi, et que l'on ajoute au pain en Allemagne, contient une huile volatile analogue à l'essence de térébenthine et un corps isomère* au thymol, le carvol ^QiojjuQj emploie les graines en nature ou l'essence.
La menthe poivrée est utilisée sous des formes diver- Meuihc ses et nombreuses : infusions de feuilles, essence, eau ' de menthe alcoolisée ou non, sirop, etc.
L'essence entre souvent dans les oléo-sucres. Elle I représente un mélange de térébenthine avec un camiphre, le menthol (C"H^°0), qui est un médicament initéressant.
G; Hayem. — IV, on
lill!
Cannelle.
(iiroflc.
l'oivre.
Je vous citerai seulement la menthe crépue, le serpolet, le thym, la racine de gingembre.
La cannelle de Ceylan est une écorce dépouillée de son épiderme, provenant du laurus cinnamomum (île de Ceylan). Elle renferme une essence d'un goût suave qui en s'oxydant à l'air donne naissance à de l'aldéhyde cinnamique jCWO) et à de l'acide cinnamique (CWO^). Elle était fréquemment employée avant que l'on ne connût l'ergot. Elle s'administre à la dose de 30 centigrammes à 1 gramme, renouvelable cinq fois dans les vingt-quatre heures, en poudre, en électuaire ou en infusion. On utilise encore l'essence de cannelle à la dose d'une à deux gouttes, le plus souvent sous forme d'oléo-sucre.
La cannelle de Chine, moins aromatique, mais moins coûteuse, s'emploie également en poudre ou sous forme d'eau simple ou alcoolisée, de teinture, d'essence, de sirop.
Le girofle ou clou de girofle est la fleur non épanouie du caryophyllus aromaticus. Il donne 20 p. 100 d'une essence piquante, agréable, composée d'eugénol |Qio{.ji2Q2j^ corps qui se comporte chimiquement comme un phénol, et d'une térébenthine. Il s'administre sous les mêmes formes et a les mêmes usages que la cannelle. Comme elle, il est surtout utilisé comme condiment. Il en est de même de la noix muscade et de la vanille.
Le poivre est le condiment le plus employé. On distingue le poivre noir et le poivre blanc. Le premier, piper nigrum, représente la baie verte, desséchée, ridée à sa surface, très acre; le second, la graiue du fruit arrivé à maturité.
Dans la composition du poivre entrent une essence
MÉDICATION ANTIDYSPEPTIQUlî. 467
isomère avec l'essence de térébenthine et dont dépend l'odeur du produit, une résine sans action topique (Buchheim) et un alcaloïde isomère avec la morphine, le pipérin (C^^H*V\zO^), qui serait un amide pour Buchheim. On y trouve encore la chavicine, qui est une pipéridine.
Le poivre est employé en nature. C'est un remède populaire contre la fièvre intermittente (30 à 50 centigr. en poudre ou macéré dans du vin).
Je ne ferai que vous signaler le poivre de Guinée ou d'Espagne.
Le poivre de Cayenne, capsicum brasiliense^ prend également place ici.
Ces diverses variétés de poivre sont des irritants gastriques assez énergiques.
Le piment des jardins, friictus capsici^ contient un Pîmeiit. principe irritant, le capsicol. On en donne de 5 à 20 centigrammes par jour en pilules, en poudre ou en infusion, avant le repas. La teinture de piment s'administre à la dose de vingt à trente gouttes.
L'anis (semences du pïmpinella anisiim) contient ^uis. une essence, l'anéthol ou camphre d'anis, qui possède les mêmes propriétés parasiticides que l'essence de térébenthine. On administre les semences d'anis en infusion à la dose de 0^%^ à l^',^0, ou en poudre. La teinture alcoolique et l'essence d'anis se prennent par gouttes.
L'anis étoilé, fruit de ViUicium anisatum^ a des propriétés semblables.
La semence de fenouil, fœniculum milgare, donne Fcuouii. une essence composée d'anéthols et d'une térébenthine. Elle présente la plus grande analogie avec l'anis. C'est un remède populaire qui s'emploie sous forme de se-
mences en infusion ou en poudre, à la close de 5 centigrammes à le', 50; sous forme d'essence, à la dose de 1 à 3 gouttes, surtout comme correctif ou en oléosucre; sous forme d'eau de fenouil, par cuillerées à café, seule ou en potion; en sirop qui peut entrer dans les formules de mixtures.
Je vous citerai, pour terminer cette longue énumération, la sauge, la mélisse, la lavande, la camomille, que l'on emploie le plus souvent en infusions. Etiets et Messieurs, tous ces corps aromatiques ont pour effets indications des ^ommuns de dégager une odeur agréable, de dévecarmindtifb. ^^^^^^ ^^^^ saveur âcre, parfois amère, et d'exciter par voie réflexe les sécrétions salivaire et gastrique. Ils produisent une sensation de chaleur à l'œsophage et à l'estomac, augmentent l'appétit, améliorent les digestions. Il est probable aussi qu'ils agissent en excitant les mouvements du tube digestif, mais ils ne facilitent pas les évacuations et amènent au contraire souvent une tendance à la constipation.
Lorsque l'on dépasse une certaine dose de ces substances, on voit survenir une irritation qui se traduit par des accidents inflammatoires gastro -intestinaux avec vomissements, coliques et diarrhée. Ces agents se ne sont donc pas inofl-ensifs, et l'abus des aromates compte au nombre des causes de dyspepsie, particulièfement dans les pays chauds où l'on a coutume d'en user trop largement.
Les indications des corps aromatiques sont peu
précises.
En stimulant la sécrétion, ils peuvent avoir pour efîet de faciliter la digestion d'aliments pris en trop grande quantité. De là vient l'habitude très répandue de prendre une infusion pour faire passer un repas
MÉDICATION ANTIUYSPEPTIQUE. 469
trop copieux, pratique efficace, mais qui ne peut empêcher l'estomac de se fatiguer et de se surmener.
Lorsqu'il y a production insuffisante de suc gastrique ou dyspepsie atonique avec hypopepsie, l'action des carminatifs peut être bienfaisante; mais ces corps sont formellement contre-indiqués en cas de manifestations inflammatoires, même chroniques.
Le plus souvent on trouve l'indication de leur emploi au moment des crises accidentelles avec production de gaz et de coliques (indigestions). Ils sont du reste populaires à cet égard et il est rare que le malade n'y ait pas eu recours avant même l'arrivée du médecin; mais il faut se mettre en garde contre leur emploi « habituel et abusif.
Je vous ai déjà dit que les gastropathies s'accompa- Nervius. gnent assez souvent de phénomènes nerveux, parfois très intenses. Vous aurez dans ces cas à intervenir pour calmer l'excitabilité nerveuse de l'estomac.
Les agents qui sont utilisés dans ce but sont les divers \l' nervins et quelques autres médicaments dont les propriétés sédatives ont été empiriquement reconnues.
Tous ces médicaments ont déjà été décrits. Après en avoir indiqué le mode d'emploi, nous aurons à nous préoccuper des effets gastriques que quelques-uns d'entre eux peuvent produire.
Parmi les médicaments dont on a découvert empiri- Leur emploi : quement l'action utile dans les diverses formes de gas- ''^"s 'a
. cl gastralgie.
tralgie, un certain nombre s'adressent manifestement à l'état organopathique. Ainsi, le sous-nitrate de bismuth, vanté par un grand nombre de médecins, paraît agir comme sédatif.
Le lactate de zinc et la liqueur de Fowler diluée
préconisés par Leberl, le nitrate d'argent recommandé par Rosenlieim et dont nous avons déjà parlé, sont des modificateurs des éléments cellulaires et des antimicrobiques.
La noix vomique conseillée par Sclimidtmann et par Barras, employée si fréquemment depuis eux, agit probablement aussi directement sur l'estomac, soit comme excitant et antifermentescible, soit comme médicament capable d'accélérer le. processus retardé.
D'autres médicaments, tels que les bromures, paraissent plutôt viser l'état nerveux général.
Les nervins directs sont surtout les opiacés et les solanées vireuses. Parmi eux les préparations d'opium tiennent le premier rang. Dans les formes légères de la gastralgie l'administration j^er os est suffisante. On prescrit souvent la poudre d'opium associée à la magnésie et au bismuth :
Magnésie calcinée | Qg,. 20
Sous-nitrate de bismuth \ '
Poudre d'opium brut 0 ,01 à OB-'.Oa
A prendre avant les repas : 2 à 6 paquets par jour.
Les autres préparations données dans les formes plus douloureuses sont :
L'extrait thébaïque (Chomel) à la dose de 5 centigrammes à 10 centigrammes en potion ou en pilules;
La morphine (Sandras) à la dose de 2 milligrammes ;
Le chlorhydrate de morphine à la dose de 2 milHgrammes jusqu'à celle d'un centigramme ;
Les gouttes blanches de Gallard, qui ne sont autre chose qu'une solution de chlorhydrate de morphine dans de l'eau de laurier-cerise :
Chlorhydrate de morphiiie Oe'-.IO
Eau de laurier-cerise ^^%00
MÉDICATION ANTIDYSPEPTIQUE. 471
I OU II goiilLes sur du sucre avant les repas;
Le laudanum, particulièrement indiqué dans les cas d'entéralgie et dans les coliques ;
Les gouttes noires anglaises, deux fois plus riches en opium que le laudanum de Rousseau ;
La codéine, en potion ou en pilules de 1 à 5 centigrammes, principalement dans l'entéralgie.
On peut encore administrer par la voie buccale :
L'extrait de belladone jusqu'à la dose de 5 centigrammes en potion, l'extrait de jusquiameà une dose double.
Plus récemment on a essayé les préparations de coca. Dardenne a proposé la formule suivante :
Extrait de coca 10 grammes.
Sirop d'écorces d'orange amère. . . 50 — Eau de tilleul 100 —
A prendre par cuillerées à café d'heure en heure.
Le chlorhydrate de cocaïne est plus actif. On le donne en potion, par prises de 1 centigramme jusqu'à 5 centigrammes dans les vingt-quatre heures. Son effet est, en général, manifeste, mais il faut partir de très petites doses à cause des accidents parfois graves qu'il peut occasionner, et dont les moins sérieux sont la surexcitation, l'insomnie, les pulsations artérielles et la céphalalgie.
Citons encore :
L'eau chloroformée :
Eau chloroformée saturée 130 grammes.
Eau de menthe ou de fleurs d'oranger 30 —
Eau 120 —
De 1 à 6 cuillerées à bouche par jour; L'eau sulfo-carbonée.
M. Germain Sée a préconisé la formule suivante
Teinture de jusqiiiame
S'a iO grammes.
Essence d'anis X gouttes.
— de ciguë
Dose : X à XXX gouttes avant les repas. M. Huchard prescrit :
Élixir de garus 2.H0 grammes.
Eau distillée • 50 —
Acide chlorhydrique 26'',50
Chlorhydrate de cocaïne 0 ,50
Une cuillerée à café, à dessert, ou à bouche après les repas.
Enfin, bien des malades se soulagent en prenant des perles d'éther au moment des' crises douloureuses.
A côté de ces médicaments, M. G. Sée a proposé de placer le cannabis indica, dont on administre l'extrait gras à la dose de 5 centigrammes par jour, en potion, en trois fois. Ce serait un excellent sédatif de l'estomac. Jusqu'à présent je l'ai vu échouer dans les gastralgies tant soit peu intenses.
En cas de crise très douloureuse, rien ne peut être comparé à l'injection hypodermique de morphine associée ou non à l'atropine. Malheureusement la crainte du morphinisme oblige le médecin à une grande circonspection.
ituiicMiiousdcs D'une façon générale, on peut dire qu'on a beaucoup abusé des nervins. Pendant longtemps, vous ai-je dit, la douleur, la gêne, ont été considérées comme les symptômes cardinaux de la dyspepsie, dont on faisait une névrose. Les médecins ont été ainsi conduits à faire une médication palliative ou purement sympto-
uorvins.
MÉDICATION ÂNTIDYSPEPTIQUE. 473
malique, s'adressant surtout à l'élément douleur. Actuellement nous devons nous inquiéter en premier lieu des conditions qui donnent naissance aux accidents nerveux et diriger notre thérapeutique directement contre elles. Souvenez-vous que l'examen des faits dans lesquels se montrent les troubles nerveux stomacaux, tels que les douleurs, les vomissements, les troubles dits nervo-moteurs, nous a permis de reconnaître que ces phénomènes sont souvent superposés à un état organopathique de l'estomac qu'il importe avant tout de traiter par les moyens appropriés. Cependant dans certains cas, alors même qu'il existe un état organopathique sur lequel sont venus se greffer les phénomènes nerveux, ceux-ci suscitent par eux-mêmes des indications spéciales qu'il est parfois urgent de remplir. Il en est ainsi notamment dans les cas de douleur, la douleur stomacale (gastralgie) pouvant acquérir une très grande intensité.
Toutes les fois qu'on se trouve en présence d'une gastralgie, il faut donc s'appliquer à faire le diagnostic aussi précis que possible de l'état stomacal. On reconnaît très souvent, comme je vous l'ai dit déjà, les signes d'une altération organopathique, et notamment l'existence d'une déviation plus ou moins accusée du chimisme indiquant un état anormal de l'estomac. Il faut instituer le traitement de cet état d'autant plus rapidement et plus strictement que les phénomènes douloureux sont plus accusés.
Mais vous serez frappés de ce fait, qu'avec un même état organopathique, ou tout au moins avec un même état du chimisme qui nous sert à l'apprécier, certains malades n'accusent aucune douleur, tandis qued'autres éprouvent des douleurs extrêmement vives. Évidem-
menl il y a chez ces derniers un élément nerveux surajoulé contre lequel vous devez agir.
Mais ne vous pressez pas d'en conclure qu'il est justiciable de l'emploi des nervins directs, et évitez l'abus de ces médicaments.
Souvent, en effet, le développement des phénomènes nerveux est plutôt sous la dépendance d'une affection nerveuse générale (névrose) ou locale (cérébrale ou spinale), que sous l'influence d'une irritation des nerfs de l'estomac, et il est indiqué de traiter l'état nerveux plus encore que l'irritation stomacale.
La disproportion entre l'intensité des phénomènes nerveux et les états chimiques dans lesquels ils se montrent vous donnera la mesure de l'élément nerveux en cause et vous indiquera jusqu'à quel point il importe de diriger vos efforts contre lui.
Lorsque cet élément est constitué par la douleur, le choix du nervin propre à la calmer est de peu d'importance quand il s'agit d'une crise passagère, non sujette à retour ou ne revenant qu'à de longs intervalles. Il n'en est plus de même dans les névroses douloureuses persistantes qu'on pourrait appeler en quelque sorte iixes et qui, nous l'avons vu, sont liées à un état organopathique bien constitué. En effet, si dans le premier cas l'action produite sur le fonctionnement gastrique est négligeable, il ne saurait en être de même lorsque par sa persistance, par sa longue durée, l'état douloureux exige l'emploi réitéré d'agents médicanienteux .
Jusqu'à présent, on ne s'est guère inquiété des effets gastriques des différents nervins. C'est là une lacune regrettable et qui explique bien des mécomptes.
MÉDICATION ANTIDYSPEPTIQUE. 475
Je tiens surtout à vous mettre en garde contre le danger des préparations opiacées.
Dans les cas de grande gastralgie, il est fréquent de voir échouer la plupart des moyens calmants dont nous venons de donner la liste. Seules les injections sous-cutanées de morphine coupent la crise avec une telle rapidité que les médecins ont beaucoup de peine à se défendre de les employer. Dès que les malades ont éprouvé, ne fùt-ce qu'une fois, le bénéfice de la morphine, ils réclament avec insistance, à la crise suivante, l'emploi des injections, et ils y ont recours malgré le médecin si on leur refuse ce remède souverain. Ils ne tardent pas à devenir morphinomanes.
La gastralgie conduit plus fatalement à la morphinomanie qu'aucune autre affection douloureuse, en raison d'une cause spéciale que met en évidence l'étude de l'action des préparations opiacées sur le fonctionnement gastrique.
Contrairement à ce qu'on aurait pu croire, l'opium i^^ets gastriest un excitant stomacal, capable d'entretenir et d'exa- pmm. ° gérer certains états organopathiques, notamment les diverses formes d'hyperpepsie, c'est-à-dire'précisément les états qui sont le plus souvent le substratum de la gastralgie.
Chez les hyperchlorhydriques ayant une hypersécrétion résiduelle, ce médicament augmente à la fois la proportion d'acide chlorhydrique libre mis en liberté et l'hypersécrétion gastrique.
L'ingestion des préparations d'opium ou les injections de morphine n'ont pas simplement le défaut d'être de purs palliatifs, ce sont encore des excitants déterminant l'aggravation de l'état organopathique sous l'influence duquel a pris naissance la névrose douloureuse.
Les malades lournenl dans un véritable cercle vicieux, et voilà pourquoi les gastralgiques hyperpepliques qui représentent, vous le savez, la grande majorité des gastralgiques, deviennent si facilement morphinomanes. Effets gasti-i- La belladone et son principe actif l'atropine exercent '^Tf ' sur l'élément douleur un effet beaucoup moins marqué
belladone. , , i j ^ •
que l'opium et la morphine. Mais on s est demande si ces agents n'étaient pas capables de modérer la sécrétion gastrique de même que la plupart des autres sécrétions.
Netchœff, à l'aide d'injections hypodermiques d'atropine, a obtenu chez le chien une diminution considérable et parfois même une suppression complète de la sécrétion gastrique. Depuis, quelques essais tentés sur l'homme par Panoff ont été suivis de résultats moins accusés.
Ces renseignements sont empruntés au travail récent d'un médecin russe, Voïnovitch, qui a traité avec succès par l'atropine un malade atteint d'hypersécrétion gastrique à forme très douloureuse.
Cet unique cas laisse beaucoup à désirer, l'examen chimique du suc gastrique ayant été fait d'une manière fort imparfaite. Néanmoins, j'ai cru intéressant d'étudier les effets gastriques delà belladone et de l'atropine. J'ai choisi dans ce but des malades atteints d'hyperchlorhydrie avec gastrosuccorrhée plus ou moins prononcée. Chez l'un d'eux, l'atropine en potion, à la dose de 1, puis de 2 milligrammes par jour, en trois fois, continuée pendant environ trois semaines, a provoqué un état de crise caractérisé par une exagération de la gastrosuccorrhée, une reprise des douleurs et des vomissements, et une augmentation de la sécrétion gastrique pendant le cours des digestions.
MÉDICÀTION ANTIDYSPEPTIQUE. 477
L'acide chlorhydrique litre (H) a légèrement diminué, tandis que C s'est élevé; mais T et (H+C) se sont accrus.
Chez deux autres malades, l'atropine à la même dose de 1 à 2 milligrammes a été mieux tolérée ; mais après un traitement de trois semaines à un mois, l'état gastrique a été trouvé sensiblement stationnaire. Nous ne pouvons donc malheureusement pas confirmer l'observation de notre confrère russe et considérer l'atropine comme un médicament ayant la propriété de modérer sensiblement l'hypersécrétion gastrique.
Les effets gastriques des autres nervins n'ont pas Kiiets de rauencore été étudiés. Je ne possède, quant à présent, sur *'Py"°^ce point que quelques renseignements concernant l'antipyrine. Chez presque tous les malades que j'ai soumis à l'usage de ce médicament, j'ai observé de l'excitation stomacale plus ou moins accusée. Mais j'ai vu, de plus, chez un polyurique dont la cure a demandé plusieurs mois, qu'après la période d'excitation, il survenait une phase de dépression indiquant un commencement d'altération prononcée et de régression des glandes stomacales.
Les nervins ont été souvent employés en cas de vo- Emploi des missements nerveux. Je dois vous répéter ici ce que je TervoJssl'' vous ai déjà dit à propos de la gastralgie : il faut avant tout s'inquiéter des causes organopathiques capables de produire le vomissement, alors même que celui-ci se présente avec toutes les apparences d'un acte nerveux. On trouve ces causes tantôt dans l'estomac (divers degrés d'irritation gastrique), tantôt sur le trajet de l'intestin (coprostase, hernie, compression par une tumeur, etc.).
Enfin, il est nécessaire de rechercher s'il ne s'agit pas
d'un acte réflexe parti d'un rein déplacé, d'une tumeur, d'une atîection utérine ou résultant de l'état de grossesse, etc.
Les nervins devront toujours être aidés par un régime approprié, et, entre autres, par le lait froid, les boissons glacées ou gazeuses, etc.
Les nervins les plus efficaces contre les vomissements sont l'opium, la belladone, la cocaïne, le chloral, parfois le chloroforme, le menthol.
On choisira de préférence les applications externes, la voie rectale ou la voie sous-cutanée.
Comme application externe je vous signalerai l'emplâtre de Guéneau de Mussy :
Emplâtre de diachylon. | 2 parties.
de thériaque. *
Extrait
de belladone 1 partie.
Pour un emplâtre de 12 centimètres. A maintenir en place pendant douze à quinze jours. Cet emplâtre peut provoquer des symptômes légers d'intoxication alropinique.
La voie rectale est utilisée soit à l'aide de suppositoires à la morphine et à l'atropine, soit à l'aide de lavements renfermant de 2 à 3 grammes de chloral.
Chez la femme enceinte, contre les vomissements réflexes de la grossesse, on peut employer les suppositoires vaginaux à la morphine et à l'atropine.
On peut encore se servir de la morphine et de l'atropine en injections sous-cutanées, comme dans
les cas de névralgie.
Parmi le grand nombre des formules qui ont été proposées pour administrer les différents médicaments par la bouche, je choisirai les suivantes :
MÉDICATION ANTIDYSPEPTIQUE. 479
Formule d'Ewald :
Chlorhydrate de morphine OB'", 20
— de cocaïne 0 ,30
Teinture de belladone '6 ,00
Eau de laurier-cerise Tô ,00
X à XV gouttes d'heure en heure.
Pilules de Tison :
Chlorhydrate de cocaïne ) ^ „,
> aa (Jb'^iOl
Extrait thébaïque )
Poudre inerte q. s.
Pour 1 pilule. — En prendre 5 à 6, dix minutes avant les repas. Formule d'Herzberg et Thayssen :
Chloral \er^\jQ
Eau 120 ,00
Quelques cuillerées à bouche par jour.
Formule de Gottschalk :
Menthol 1 gr.
Alcool 20 —
Eau I bO —
Une cuillerée à bouche d'heure en heure.