DIX - SEPTIÈME LEÇON
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Médicaments (suite) : Zinc et ses composés, camphre, asa fœtida, .musc ; nitrites, nitrite d'amyle.
Messieurs,
Les composés du zinc sont les antispasmodiques les zinc
plus anciennement connus. L'oxyde était la « lana phiiosophica » de Dioscoride. Hufeland en avait fait le spécifique de l'épilepsie et ce médicament a conservé son rang jusqu'à l'apparition du traitement par le bromure de potassium^ On le donnait aussi très souvent aux enfants pour remplacer l'opium qu'ils supportent mal. Aujourd'hui l'oxyde de zinc, de même que l'acétate de zinc qui était d'un usage assez fréquent, sont presque complètement délaissés. Je crois cependant devoir vous présenter une courte étude des composés du zinc.
L'oxyde, ZnO, est inodore, insipide; il peut former des ziricates.
Le chlorure de zinc, ZnCl2, est caustique et antiseptique.
Le sulfate de zinc est astringent et entre dans la composition de quelques préparations topiques.
L'acétate est très peu employé.
Le bromure, ZnBr2, se sublime en aiguilles blanches, inodores, très solubles dans l'eau, solubles dans l'al-
et ses composés.
cool el l'éther. Il forme avec les bromures alcalins des sels analogues aux chlorures doubles.
MZi Pun °" de /inC S°nt toxiclues à la facon des sels de
cuivre, mais moins fortement. Ils déterminent à dose
nocive de l'oppression, des vertiges, de l'insomnie, des coliques, accompagnées le plus souvent de vomissements, de la toux et une lourdeur qui se répand dans les membres.
Les ouvriers qui travaillent le zinc, soit dans les fabriques de bronze, soit dans les établissements métallurgiques, sont assez souvent atteints d'une sorte d'intoxication chronique cachectisante, caractérisée par des troubles intestinaux et par des symptômes nerveux analogues à ceux du tabès, sans atrophie musculaire.
L'oxyde de zinc est sans action physiologique marquée, à moins d'être administré à très haute dose. Cependant Gubler le croit susceptible a faibles doses de se transformer dans l'estomac en présence des acides et de devenir par suite nuisible.
' Le bromure participerait, d'après Testa, des propriétés du brome et produirait, comme les bromures alcalins, de la somnolence et un affaiblissement de la réflectivité médullaire.
Emploi Malgré les faits publiés par Herpin relativement à l'efficacité de l'oxyde de zinc dans Tépilepsie des jeunes sujets, les essais tentés par Moreau (de Tours), M. Delasiauve, M. Charcot se sont montrés défavorables k l'emploi de ce médicament.
Le bromure de zinc a été recommandé dans l'hystérie par Rosenthal; il s'est montré inactif dans l'épilepsie entre les mains de M. Charcot et de M. Bourneville.
thérapeutique.
Hammond l'a prescrit dans la crampe des écrivains.
Le camphre est l'essence concrète obtenue par la camphre, distillation du bois du Cimiamomtcm camphora ou laurus camphora (f. des laurinées), arbre qui croît en Chine, au Japon et dans l'île de Formose. Il se présente en masses blanches, cristallines, très volatiles, très combustibles, ayant pour formule G10H16O.
Les propriétés du camphre ont été décrites au Effets physiosixième siècle par Aétius et plus tard par W. Alexander et par Purkinje. Ces médecins en éprouvèrent les effets sur eux-mêmes. Ils ressentirent une sorte d'ivresse et des troubles intellectuels qui allèrent jusqu'à la perte de connaissance.
Dans les expériences faites sur les animaux supérieurs par les pharmacologistes, on releva surtout des phénomènes d'excitation, analogues à ceux que produisent les autres essences.
Après l'administration d'une dose de 1 à 2 grammes il survient de l'agitation, puis des convulsions épileptiformes d'une durée moyenne de deux minutes environ. Ces convulsions envahissent d'abord les muscles innervés par le facial; elles sont toniques au début, puis cloniques; elles s'étendent ensuite au tronc et aux membres et se montrent par accès. Quand la dose est suffisamment forte, les phénomènes convulsifs sont suivis de paralysie se terminant par la mort ; les petites doses, au contraire, se bornent à provoquer des convulsions localisées à la face.
Dans tous les cas de survie les effets du camphre sont fugitifs et l'élimination du médicament est rapide.
Chez la grenouille C. Heubner a constaté une exci lalion du cœur et une augmentation dans l'énergie des
contractions de cet organe. Toutefois ces manifestations ne se produisent qu'avec les faibles doses, les fortes sont suivies d'effets inverses.
Notons encore que Mariné a signalé l'excitation de la sécrétion sudorale et qu'il compare sous ce rapport l'action du camphre à celle de la pilocarpine. On savait d'ailleurs que les malades auxquels on administre du camphre présentent souvent des suëUrs abondantes.
Chez l'homme on a également observé l'augmentation de la sécrétion bronchique.
Emploi Une expérience clinique déjà ancienne semble établir apeutique. je camphre est un sédatif d'une certaine puissance. De même que l'éther et l'alcool il peut, suivant les cas et le mode d'emploi, agir comme excitant ou comme calmant. Depuis fort longtemps aussi on lui attribue des propriétés anaphrodisiaques et vous connaissez sans doute l'emploi qu'on en fait en cas d'érections douloureuses, notamment dans la blennorragie.
Comme antispasmodique il doit céder le pas à un grand nombre d'autres agents. Il a cependant une valeur réelle. C'est ainsi, par exemple, que Pritchard (en 1857) a obtenu la guérison d'un empoisonnement par la strychnine en faisant prendre des doses répétées de (F, 18 à (F, 30 de camphre.
On administre habituellement ce médicament en potion à la dose de 0gr,50 à 4 grammes ou même plus par jour.
Mais on s'expose ainsi à provoque]1 de l'irritation stomacale ou même de la gastrite. Aussi a-t-on cherché à se servir de la voie hypodermique en faisant dissoudre le camphre dans de l'huile d'amandes douces, dans la proportion de 10 p. 100. On peut injecter ainsi deO&r, 10a 0^,50 de camphre en plusieurs fois.
A côté de ce médicament vient prendre rang le monobromure de camphre, utilisé depuis quelques années.
Ce corps, dont la formule est C10H16BrO, prend Camphre l'apparence de cristaux blancs, volatils, très solubles monobromd dans l'étlier, le chloroforme, l'alcool et l'huile; il est insoluble dans l'eau. Il a été introduit en thérapeutique par Deneffe en 1871. On admet qu'il partage les propriétés du brome et du camphre.
Dans les quelques expériences auxquelles il a donné lieu on a noté une diminution des batlemenrs du cœur et du nombre des respirations, un léger abaissement thermique et une faible dépression des fonctions des centres nerveux.
Le monobromure de camphre est administré à la dose de 0er310 à 0er,50 pro dosi, jusqu'à 5 grammes pro die, en dragées ou en pilules. Tl peut également être introduit hypodermiquement (Bourneville).
L'asa fœtida que nous rapprochons ici du camphre Asa foelida est un antispasmodique très anciennement employé aussi. Bien qu'il soit aujourd'hui en moins grande faveur, je ne puis le passer sous silence.
C'est une gomme-résine fournie par plusieurs plantes de la famille des ombellifères : le scorodas?na fœlidum ou ferula asa fœtida, le rnarthex asa fœtida de Falconex. La drogue provient surtout de l'Afghanistan en passant par Bombay. Elle est récoltée sur la racine (E. Kamipfer). Le commerce la livre sous la forme de masses solides un peu molles, rougeâtres, contenant des larmes blanchâtres et opalines. Ce produit répand une odeur forte, alliacée, repoussante qui lui a valu le nom de « Stercus diaboli», tandis que les anciens en faisaient le « dbus deorum» . C'est d'ailleurs un mets recherché en Orient,
G. Hayem. — III. ik
bien qu'à l'état frais il ait une odeur encore plus insupportable, une saveur amère et nauséabonde.
La variété en larmes est rare ; c'est cependant la meilleure.
Cette gomme-résine s'émulsionne dans l'eau a laquelle on a ajouté un jaune d'œuf. De là la possibilité de l'administrer facilement par la voie rectale.
L'alcool en dissout la matière résineuse et l'huile essentielle.
Dans sa constitution chimique le fait le plus important à signaler est la présence de la résorcine.
L'asa fœtida se donne sous forme de poudre, de teinture ou en émulsion. On l'administre en pilules et en lavements. Elle se dissout difficilement dans le tube digestif et n'a guère d'autres propriétés physiologiques que d'activer la digestion et de tendre à régulariser les garde-robes. On admet cependant, sans grandes preuves à l'appui, qu'elle modère l'activité du système nerveux et qu'elle ralentit la circulation.
Hippocrale, Dioscoride en faisaient usage. Elle a été essayée dans l'hystérie par Whytt, par Boerhaave et paraît avoir donné quelques résultats avantageux dans l'asthme et dans la coqueluche, en s'adressant probablement à l'élément convulsif. Il y a lieu, toutefois, de tenir compte pour expliquer les effets obtenus dans ces deux maladies, de l'excitation des sécrétions bronchiques produite par l'asa fœtida, de même que par d'autres gommes-résines.
Musc. Je dois citer encore le musc, actuellement bien dé-
modé et dont l'action antispasmodique est d'ailleurs fort douteuse.
Arrivons à des médicaments d'un tout autre genre, occupant une place spéciale parmi les autres antispas-
modiques. Je veux parler des nitrites, médicaments essentiellement vasculaires, mais capables en même temps de modifier profondément le sang.
Le type est représenté par le nitrite d'amyle, éther Nitrite amylnitreux, très acide, rougissant fortement le papier d'amylede tournesol et ayant pour formule C5HU (AzO2). Il a été découvert par Balard (1844) et obtenu en faisant agir l'acide azoteux sur l'alcool amylique.
C'est un liquide clair, à peine jaunâtre, très volatil, ayant une odeur qui rappelle celle des poires mûres, d'une saveur très brûlante. Il est peu soluble dans l'eau, très soluble dans l'alcool et l'élher.
Les premières observations sur son mode d'action ont été faites par Gulhrie. Depuis B.W. Richardson et A. Gamgee ont découvert la propriété qu'il possède de faire dilater les capillaires et d'abaisser par suite la tension vasculaire. C'est L. Brunlon qui, le premier, eut l'idée de l'utiliser dans le traitement de l'angine de poitrine.
Les effets physiologiques déterminés par le nitrite Effets physi d'amyle sont très remarquables. Ils s'obtiennent en logiques, faisant inhaler le médicament à la façon du chloroforme.
Avec une dose de 3 à 5 gouttes, on voit survenir dans l'espace de dix à quinze secondes des battements carotidiens, une augmentation de fréquence du pouls, de la chaleur à la tête, puis une rougeur qui envahit d'abord la face et les oreilles, plus tard la partie supérieure du tronc, pendant que des taches marbrées se montrent sur l'abdomen. En même temps la respiration devient plus fréquente>t plus libre.
Ces phénomènes disparaissent rapidement. Mais en faisant deux ou trois fois de suite inhaler la
même dose de nitrite d'amyle, on obtient une accélération du cœur, accompagnée d'une dilatation des artères de toute la partie supérieure du corps. On note ensuite des bourdonnements d'oreille, des vertiges, une sorte d'affaissement général avec tendance à l'évanouissement et une légère chute thermique.
Ajoutons qu'à ce moment les vaisseaux dilatés sont remplis d'un sang noir, asphyxique et que la face surtout prend une teinte fortement cyanique.
Sœmisch a constaté que les vaisseaux rétiniens échappent à la dilatation vasculaire, et on admet que la capacité vitale des poumons n'est, pas modifiée.
L'action produite sur les animaux par les inhalations de nitrite d'amyle est sensiblement la même que chez l'homme.
Après avoir relevé ces faits, les expérimentateurs cherchèrent surtout à en préciser le mécanisme.
La cause de la dilatation vasculaire est encore controversée. Cependant elle paraît pouvoir être rattachée à la production d'une paralysie directe des parois des vaisseaux, car après la section de la moelle allongée, la dilatation vasculaire ainsi provoquée est encore augmentée par le nitrite d'amyle. D'autre part, la ligature des vaisseaux allant au cerveau, opération facile à pratiquer sur le lapin, n'empêche pas l'action vaso-dilatatrice du médicament de se manifester.
On peut donc conclure de ces expériences que le médicament exerce ses effets sur les centres médullaires ou sur les centres périphériques. Il détermine d'ailleurs directement, sur des muscles isolés du corps, le relâchement rapide des fibres lisses. Certains expérimentateurs, entre autres Filehne, admettent cependant que le nitrite d'amyle impressionne les centres de la moelle
allongée. Faisons remarquer, avec Binz, que ces opinions ne sont pas exclusives l'une de l'autre.
Le médicament détermine un abaissement très prononcé de la pression sanguine. Ce phénomène n'est pas dû à un affaiblissement du cœur; il paraît être simplement la conséquence de la dilatation vasculaire. 11 s'accompagne d'une augmentation dans la fréquence des pulsations, ce qui paraît être la conséquence d'une action exercée sur le nerf vague.
L'accroissement de l'activité respiratoire serait duer, d'après Filehne, à une excitation du centre respiratoire, consécutive aux effets vasculaires.
Le nilrite d'amyle est un poison hématique des plus intéressants. Inhalé à une dose suffisamment élevée, il rend le sang noir, asphyxique, puis bientôt il lui fait prendre une coloration brunâtre, par suite de la transformation de l'hémoglobine en méthémoglobine. Si l'expérience est poussée assez loin, le sang devient impropre à l'hématose et la mort survient par asphyxie.
Nous savons aujourd'hui que de semblables effets sur le sang peuvent être produits par un grand nombre d'autres médicaments, et plusieurs fois déjà j'ai eu l'occasion de vous signaler la transformation de l'hémoglobine en méthémoglobine comme une des conséquences de l'action d'agents oxydants ou réducteurs.
Le nitrite d'amyle occupe dans la grande classe des producteurs de méthémoglobine un rang à part. It le doit, ainsi que je l'ai montré à l'aide d'expériences multipliées, à la propriété qu'il possède d'attaquer l'hémoglobine dans le globule rouge lui-même sans provoquer la destruction de ces éléments. A cet égard il vient se placer d'après mes observations à côté de la kairine. L'hémoglobine non séparée -du globule ayant la pro-
priélé, lorsqu'elle a été transformée en mélhémoglobinc, de repasser rapidement surtout dans le sang vivant, à l'état d'hémoglobine réduite, puis d'liox\ hémoglobine, il s'ensuit que les agents de cet ordre produisent des effets passagers, non suivis d'anémie globulaire. Aussi le nitrite d'amyle est-il, parmi les médicaments qui altèrent le sang de cette manière, un des moins nocifs, l'un de ceux dont les effets réitérés ne sont pas suivis de diminution dans le nombre des globules roug< -
Employé chez l'homme en inhalations, même à assez haute dose, il est parfaitement toléré et non dangereux. Les phénomènes asphyxiques qu'il provoque disparaissent rapidement dès qu'on en suspend les inhalations.
On a cherché à expliquer chimiquement l'action des nifrites sur le sang. La théorie proposée dans ce but invoque la décomposition de ces corps par les acides et leur transformation en acide nilreux très instable qui se dédoublerait immédiatement en acide nitrique et en oxydes d'azote. La transformation de l'hémoglobine serait la conséquence de ce dédoublement, qui, d'après Binz, aurait déjà lieu pour le nitrite d'amyle lorsque ce corps est mis en présence de l'eau.
Le nitrite d'amyle est un liquide altérable qui doit être conservé dans un flacon bien bouché et à l'abri de la lumière. Celle-ci, de même que la chaleur, y développe de l'acide libre et des aldéhydes. Emploi Sa propriété spéciale de dilater les artères et par thérapeutique. guite ^en fajre cesser ie spasme lui a valu le rang élevé qu'il occupe aujourd'hui dans la médication des accès d'angine de poitrine. On peut dire que l'action thérapeutique obtenue dans ce cas est venue jeter une cer: taine lumière sur la physiologie pathologique de cette grave affection douloureuse.
Pendant le cours des inhalations, le pouls radial, rendu insensible par la crise angineuse,, ne tarde pas h se relever et, en général, les malades se trouvent bientôt soulagés. Malheureusement le nitrile d'amyle ne peut être considéré que comme un agent palliatif.
Mis à l'essai dans l'épilepsie, il a donné quelques bons résultats lorsque les accès épileptiques paraissaient dépendre d'un état d'anémie cérébrale. Mais lorsqu'il existe des phénomènes d'aura et qu'on essaye d'arrêter la crise dès qu'elle a débuté, on éprouve un échec complet.
Ferrier a observé les mêmes effets sur des lapins rendus épileptiques. lia constaté que le nitrite d'amyle ne peut empêcher les crises produites par l'excitation de la zone épileptogène corticale que dans les cas où le courant faradique employé pour produire cette excitation est faible.
On a encore prescrit le nitrite d'amyle dans un grand nombre d'états nerveux non spasmodiques, notamment lorsque ces états paraissaient liés à l'anémie encéphalique. Je vous citerai, par exemple, la névralgie du trijumeau s'accompagnant de pâleur de la face, la migraine, la colique de plomb, l'asthme, l'anémie cérébrale par insuffisance aortique, etc.
Ces diverses applications thérapeutiques du médicament n'ont guère entraîné, comme phénomènes désagréables, que des troubles visuels.
Ceux-ci ont consisté clans la transformation des points en taches jaunes, entourées d'une auréole bleu violet. Ils ont disparu rapidement lorsqu'on a cessé l'emploi du nitrite d'amyle.