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lontaire, etc., etc., cela n'existe pas actuellement et cela, dans le passé, n'a *jamnais existé chez notre malade, qui, je crois devoir le répéter, n’a jamais souffert autrefois d’une maladie nerveuse quelconque et ne compte pas,
autant qu'on puisse le savoir, de tares héréditaires dans sa famille. Ainsi, le accès automatiques sont chez lui parfaitement isolés ; j'ajouterai qu’ils sont, si l'on peut ainsi parler, tout à fait silencieux, tran quilles, exempts,en d'autres termes, de ces manifestations émotives violentes et bruyantes qui sont un des caractères habituels, presque classiques, des crises comitiales psychiques, et il y a encore là, vous l’avez compris, une anomalie de plus à signaler. Mais, me direz-vous, je ne vois que des anomalies dans votre cas ; sur quels fondements faites-vous donc reposer votre diagnostic? Je vousrépondrai,mes=« sieurs, que je n'ai nullement la prétention de vous présenter ici un exemple régulier,vulgaire,facile à déchiffrer; oui, Le cas est exceptionnel, anormal par plus d’un côté ; mais je ne vois là qu'une raison de plus pour le considérer de« très près ; car, vous le savez, l'étude des cas raresou parodoxaux, aussi bien en nosographie qu’en zoologie et en botanique,projette souvent sur les questions les pius ardues une vive lumière. En somme, messieurs, le principal argu= ment que je puisse faire valoir en faveur de mon diagnostic est plutôt d'ordre pratique. L'emploi du bromure de potassium, à doses suffisamment élevées et suffisamment prolongées,a eu sur le retour des crises, les détails de l'obser= vation le démontrent, une influence d'arrêt très marquée en même temps qu'il les a atténuées ; et certes, cet argument-là n'est pas sans valeur. Mais Je« me réserve de revenir là dessus tout à l'heure et pour le moment, j'en reviens à l'exposé des faits cliniques. - Donc l’accès du 15 mars 1887, le premier de tous, a éclaté chez Men.. s am milieu d’un état de santé parfait. La durée en a été de quatorze heures seu= lement. S’adressant au malade: Voulez-vous nous répéter une fois de plus. ce que vous savez relativement à cet accès ? ; LE MALADE : J'étais parti ce jour-là de la rue Amelot à 8 heures pour me rendre avenue de Villiers faire un recouvrement. Je me rappelle très bien. être allé jusqu’à la porte de la maison où j'avais affaire. Il paraît que je nn suis pas entré. J'ai oublié tout ce que j'ai fait depuis lors. Je crois seulement” que j'ai vu le Mont-Valérien et peut-être le pont de Saint-Cloud. Lorsque je. suis revenu à moi, il était 40 heures du soir et je me trouvais au beau milieu de la place de la Concorde.
M. Cuarcor : Croyez-vous avoir marché tout le temps ? Le MALADE : Monsieur, je le suppose : mes souliers étaient tout usés. M. Cuarcor : Aviez-vous de l'argent dans votre poche ? avez-vous mangé en route ? k LE MALADE : Je ne crois pas avoir mangé. En tout cas je n’ai rien dépensé j'avais en partant quelques sous dans ma poche ; je les ai retrouvéstels quels lorsque je suis rentré chez moi. 4 M. Cnarcor : Ainsi, vous le voyez, messieurs, c’est tout comme dans l'affaire de Brest ; inconscient ou subconscient, il se conduit à peu près comme s’il à était conscient. Il n’est agressif envers personne, etsa conduite, ses allures
sont telles qu'il passe au milieu de tous sans être remarqué (1). — Au malade : Vous deviez être bien fatigué après tout cela.
LE MALADE : Oui, monsieur, je n’ai pu travailler que le surlendemain ; mais le troisième jour j'étais parfaitement bien, puis je ne me suis plus senti de rien absolument, pendant trois mois et demi. |
M. Cuarcor : Vous avez eu votre second accès le 30 juin. Il a été, je crois, plus long que le précédent ? Gontez-nous ce que vous en savez. ns
LE MALADE : Oui, monsieur, il à duré quarante-deux heures. Donc, le 30 juin, à 3 heures de l'après-midi, je suis parti pour Passy où je devais porter des candélabres. J'étais allé par l’omnibus. Après ma livraison, J'ai pris le tram way et, arrivé au Trocadéro, il m'a pris l'envie d’aller voir de près où en était la construction de la Tour Eiffel ; je me rappelle fort bien avoir vu les premières assises de la tour ; après cela je ne me souviens plus de rien du tout. Je me suis réveillé seulement, comme je vous l’ai dit l’autre fois, le surlendemain à 9 h. 1/2, nageant dans la Seine. ,
M. Cuarcor : Ah loui, je me souviens de l’aventure, c’est la seule fois qu'il ait, dans ses fugues, commis une action dramatique, à grand fracas.Il avait, si je ne me trompe,pris à la station de Courcelles un billet pour Bercy où il a oublié de descendre. Le train continue sa marche et voici qu’en passant sur le pont National notre homme, qui occupait une place à l’impériale, se précipite tout à coup dans la rivière. Il faisait très chaud, il aura été attiré par la vue de l’eau.Heureusement il est bon nageur ; 1l gagne rapidement la berge où il rencontre des sergents de ville qui étaient accourus pour lui porter aide et qui le conduisent au poste de secours. — Au malade : Est-ce bien cela ? Ditesnous le reste.
LE MALADE : Oui, monsieur, c’est exactement cela ; au poste de secours j'ai rencontré l'employé du chemin de fer qui m'a réclamé mon billet ; je l'avais dans ma poche et je le lui ai donné ; mais il m'a fallu payer un supplément parce que J'avais dépassé la gare de Bercy. Je sais exactement l'heure à laquelle tout cela s’est passé, car, sans le savoir, j'avais remonté ma montre.
M. Cuarcor : Ainsi, messieurs, automatiquement et sans qu'il lui en reste le moindre souvenir, il prend à la gare de Courcelles un billet pour Berey, quil paye bien entendu ; également sans le savoir il a remonté sa montre et,dans le train,saconduite est celle d’une personne normale jusqu’au moment où, sans qu'il en connaisse le motif, il se précipite dans la Seine. — S’adressant au malade : On vous a reconduit chez vous ?
LE MALADE : Non, monsieur. Le secrétaire du commissaire, auprès duquel on ma conduit, me connaissait justement, il m'a laissé partir seul.
M. Cuarcor : Vous ne pouvez pas dire ce que vous avez fait pendant la nuit
PE RS D LE ER At alé ue: IN LA SERRE
1. Voir pour plus de détails, relativement aux premières crises, la Leçon du 31 janvier 1888, p- 156 et suivantes.
du 30, la journée et la nuit du 4° juillet ? Où avez-vous couché ? Avez-vous mangé ?
LE MALADE : Monsieur, je n’en sais absolument rien. Je n’ai pas dû manger. J'avais, en partant de chez moi, Le 30, à peine 1 fr. 50 dans ma poche,et lorsque je suis sorti de l’eau j'avais encore quelques sous.
M. Cuarcor: Remarquez bien ceci, messieurs, le premier accès a duré quatorze heures, et le second quarante-deux. C'est-à-dire vingt-huit heures de plus. Nous voici arrivés au troisième accès, dont la durée sera plus longue encore. Ce dernier,d’un autre côté, s’est produit le 23 août, c’est-à-dire moins de deux mois après le deuxième, de telle sorte que l’on peut dire qu'à mesure
qu'ils se reproduisent, les accès offrent une tendance marquée à s’allonger et
à se rapprocher. |
Au malade : Vous étiez, je crois, le 23 août, vers 11 heures, rue Oberkampf. De là vous êtes allé on ne sait où et vous vous êtes retrouvé le surlendemain, à heures du soir, couché près de la Seine non loin du pont d’Asnières. à
LE MALADE : C’est exactement cela,c’est cette fois-là que j'ai été à Claye…
M. Cuarcor : Ah oui, c’est juste : vous avez dû remarquer que dans sa pre-
mière crise, il lui a semblé que pendant sa fugue, il avait vu le Mont-Valé-w
rien et le pont de Saint-Cloud. Cette fois-ci encore il a conservé un lambeau de souvenir, et ce souvenir paraît très précis. Il affirme avoir passé par un
bourg, nommé Claye, à sept lieues environ de Paris, et être entré dans.
un restaurant où il a commandé un bifteck qu’il n’a pas mangé.
Le MALADE : Oui, monsieur, je suis parfaitement sûr de tout cela. Jesuissür d’avoir lu sur une des dernières maisons de la ville une inscription portant ces mots : Claye ; 14 kilomètres. Cela m'a frappé je ne sais pourquoi. J’ai dû commander aussi du café, car j'avais du sucre dans ma poche, mais je ne sais pas si je l'ai bu. Après cela, je ne sais plus rien. Je me suis réveillé, comme vous dites, au bord de la Seine sous le pont d’Asnières auprès d'un pêcheur qui a paru fort étonné de me voir là. J'étais fort sale, il est vrai, et mes chaussures étaient dans un état déplorable.
M. Carcor : Messieurs ces épisodes, détachés d'une histoire perdue, quisurvivent au milieu de l’oubli profond de tout le reste, sont un fait bien digne d’être relevé, tant au point de vue psychologique qu’au point de vue clinique. Il se retrouve,si j'en juge d’après quelques observations personnelles, bien plus fré-
quemment qu'on ne le pense, dans l’automatisme comitial accompagné, tel
qu’il l’est ordinairement, d’actes violents, désordonnés, agressifs. Je pourrais M
citer, à ce propos,le cas d’un épileptique qui est venu me consulter il y a deux ou trois ans de cela ; il me raconta qu'à la suite d’un de ses accès il était entré dans un état de fureur maniaque qui l'avait mené à tout briser chez lui; aprés quoi, jetant partout l’'épouvante, il s'était enfui dans les champs. Là, il
revint à lui quelques heures après l'événement, et reprit le chemin de sa.
maison, ne sachant absolument rien de ce qui s'était passé. A la vue des meubles bouleversés, brisés, saccagés, il fut d'abord frappé d'étonnement et d’effroi ; mais un souvenir d’abord confus, puis peu à peu plus précis, plus arrêté, se produisit en lui: etil se dittristement, à lui-même : «Je comprends maintenant ce qui est arrivé; j'ai cru rêver tout cela : mais je vois bien qu'il ne s'agit pas d'un rêve, c’est moi, hélas ! qui ai toutfait ! »
On pourraitaisément multiplierles exemples du genre. Trousseau, d'ailleurs, a insisté déjà sur cet ordre de faits. Je tiens seulement.pour le moment, à établir sur ce point spécial un rapprochement entre notre cas et les cas vulgaires, et vous voyez qu'à cet égard il n’y a pas d'opposition entre les deux ordres de faits.
C’est à la suite de ce troisième accès, Le 27 août 1887, c’est-à-dire 4 jours après, que Men...s, sur le conseil de notre honoré collègue le D’ Delasiauve, est venu nous consulter. Nous vous avons dit, messieurs, plus haut, comment il nous a paru que le cas devait être considéré, et la thérapeutique a été instituée en conséquence. Nous avons prescrit au malade de faire usage journellement d'un mélange contenant à la fois du bromure de potassium, du bromure de sodium, du bromure d’ammonium. La dose, par jour, devait être pendant la première semaine de 4 grammes de principe actif, de 5 grammes la deuxième semaine, de 6 la troisième, de 7 grammes enfin la quatrième ; après quoi, le mois suivant, on devait recommencer par 4 grammes la première semaine, 5 la deuxième, 6 la troisième, 7 la quatrième etainsi de suite sans interruption même d'un jour, pendant une longue période de temps, 6 mois pour commencer. Cette prescription, messieurs, a été suivie par le malade très régulièrement, au pied de la lettre, et vous allez être menés à reconnaître jusqu'à quel point les événements sont venus justifier notre hypothèse relative au diagnostic. Voici, en effet, ce qui s’est passé à partir du commencement du traitement jusqu'à ce jour.
.La fin d'août, le mois de septembre, une partie du mois d'octobre se passent sans nouvelles manifestations du mal. Le 18 dece dernier mois, | éelate un petit accès dont je tiens à vous faire connaître les principauxdétails. Le malade va lui-même nous dire ce qu’il en sait, ou mieux ce qui lui en a ‘ été dit par les personnes qui l’ont vu en ce moment-là. Le MALADE : Ce jour-là, je suis parti comme d'habitude pourfaire des livrai- * sons ; j'étais dans la voiture de la maison, assis à côté du cocher qui ne s’est absolument aperçu de rien d’extraordinaire.
M. Cnarcor : Je ne veux pas oublier, à ce propos, de relever en passant
1 absence constatée au moins une fois, de cri, de manifestations convulsives, touencore de grands vertiges avecgrimaces, face livide, chute, etc., etc., au t début de l’accès ambulatoire. En a-t-il été de même pour les autres accès ? | Cela, d’après tout ce que nous en savons, est au moins fort vraisemblable.
LE MALADE : Je suis allé d’abord rue de Clignancourt chez un premier client
et je me rappelle très bien ce que j'y ai fait ; puis rue de Clichy, mais de cette seconde course je n'ai qu ‘un vague souvenir ; enfin rue de Villiers, justement chez monsieur qui m'accompagne. J'avais à y démonter une suspension très lourde. Je ne me rappelle pas du tout être entré chez lui; j'ai démonté la suspension, j e l'ai emportée dans la voiture qui m'’attendait en bas. Je ne me souviens ee pas de tout cela, mon patron m'a dit qu'il n'avait rien remarqué en moi rien d’extraordinaire.
M. X... : Non, monsieur, c’est vrai, je n’ai rien remarqué chez Men.….s si ce n’est qu'il était un peu pâle : ma femme, qui le connaît depuis longtemps, ma dit après coup qu’elle lui avait trouvé l’air un peu drôle ; mais M je ne crois pas qu'une personne étrangère eût pu voir chez lui quelque chose de particulier.
LE MALADE : Une fois dans la voiture, je me suis réveillé peut-être un M quart d'heure après être descendu de chez M. X. Mon oubli avait duré cette … fois à peu près trois heures, pas plus, et j'ai fait bien des choses pendant ce temps-là.
Quand je me suis remis, j'ai senti une grande fatigue, comme si j'avais été roué de coups, et j'avais une soif atroce. En rentrant chez moi, j'ai bu plusieurs verres d’eau. À
M.CHARCoOT : À mon avis, messieurs, il s’est agi d’un accès cette fois avorté, atténué pour le moins, sousl’influence de l’action du bromure. Le premier accès avait duré quatorze heures, le 2° quarante-deux heures, le 3° cinquante-trois heurestandis que le 4°, lui,ne dure que trois heures. C’est ainsi que,dans l'épilepsie convulsive, on voit parle fait de l’administration du bromure se produire des accès atténués, souvent représentés seulement par des vertiges sans accompagnement convulsif et dont les malades ont quelquefois conscience ; Ces accès, qu’il ne faut pas confondre avec « Îe petit mal » spontanément développé, eussent pris, très vraisemblablement, si lebromuré n'avait pas été administré, les proportions d’un grand accès convulsif.
Quoi qu’il en soit, à partir de ce quatrième accès, la maladie pendant une longue période de quatorze mois n’est plus représentée désormais que par une crise de mal de tête semblable à celui qu’il a ressenti plusieurs fois au début de ces accès ; ce mal de tête a siégé,cette fois comme les autres, au niveau dem la tempe gauche. Il s’est montré un an, presque jour pour jour, après le pre- M mier accès. 4
Il a duré environ quatre heures. Il n’y a pas eu de perte de conscience ; « mais le malade prétend avoir senti que, s’il eut été à pied « il aurait fait une fugue comme les autres fois », c’est encore là à n’en pas douter un accès M avorté par le fait de l’action du bromure. EF
Les mois de mai, juin, juillet, août et septembre se passent sans qu'on ait pu remarquer ee notre homme aucun accident nerveux. Il avait repris toutes ses habitudes, son travail, ses visites en ville, et sa santé générale ne
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laissait rien à désirer. Il avait depuis longtemps repris confiancé en luimême : de faitil se croyait guéri. Déjà le 2 mai 1888, nous l'avions autorisé à diminuer d’un gramme chaque jour les doses du médicament qui le fatiguait un peu, disait-il. Enseptembre (fin de septembre), c’est-à-direun an après le commencement du traitement, il prit sur lui d’en suspendre complètement l'emploi.
Mal lui en prit, vous allez le voir. À la vérité, les mois d'octobre, novembre, décembre et une partie de janvier, se succédèrent sans incident ; mais le | 48 janvier, trois mois et demi après la cessation du bromure, éclate tout à | coup, sans causes provocatrices apparentes,et dans les circonstances que vous : savez, le grand accès de huit jours de durée qui l’a conduit à Brest, et qui a * été pour luil’occasion de tant de tribulations imméritées et de tant de misères. Vous pourrez suivre d’un coup d'œilrapide toutes les péripéties de cette Longue histoire, si vous voulez bien parcourir le tableau chronologique-que » j'ai fait préparer pour la circonstance (V. p. 308). L’ensemble des faits établit * ici, sije ne me trompe, l'influence décisive,et en quelque sorte caractéristique du bromure sur le retour et l'intensité des accès. Après que le médicament est » administré, et tant qu'on persiste dans son emploi, les accès, après s'être : atténués d’abordet éloignés, disparaissent ensuite complètement pendant une longue période de temps; on cesse d’administrer le bromure et voilà qu'au bout de trois mois, le mal reparaît sous la forme d’un accès exceptionnellement intense. Ces résultats thérapeutiques suffisent je crois, en grande partie pour révéler la nature du mal. C’est dans l’épilepsie seule, tant convulsive que vertigineuse ou psychique, qu'on voit le bromure produire des effets aussi nettement accusés ; certesil ne les produit pas, je m'en porte : garant, dans les attaques délirantes où convulsives del’hystérie.
La morale de tout ceci,c’est qu'il va falloir reprendre le médicament immé- : diatement et en continuer désormais l’emploi pendant une période de temps indéterminée. Les doses seront ce qu’elles ont été lors de la première prescripb tion, c'est-à-dire 4 grammes par jour la première semaine du mois, 5 la seconde, 6 la troisième et 7 la quatrième et ainsi de suite les mois suivants. * Nous espérons pouvoir ainsi, à la longue, vaincre le mal ou pour le moins en * atténuer considérablement les effets. Y réussirons-nous ? c’est ce que l'avenir nous apprendra (1).
Mens et la personne qui l'accompagne se retirent.
1. La médication a donc été reprise le 42 février 1889; rien de nouveau jusqu’au 44 avril. Ce » jour-là,est survenu un accès qui n'a pas duré plus de deux heures Le malade le décrit ainsi qu'il » suit : « Je suis sorti de chez M. R..., marchand de meubles et de bronzes, rue Saint-Lazare, b pour le compte duquel je travaille maintenant, à 2 heures de l'après-midi. Je devais aller rue » des Bons-Enfants d’abord pour y chercher du drap, puis passage Saulnier pour y prendre des h patères. J'étais à pied. Dix minutes peut-être après mon départ, étant dans la rue, j'ai perdu conscience. Avant, j'étais parfaitement bien portant et, cette fois, je n'ai pas senti de mal de
Je pourrais en rester là et passer outre; mais rien ne nous presse en ce moment, et pour mieux relever encore l'intérêt du cas que nous venons d'étudier ensemble, je crois utile d'en rapprocher un certain nombre de M faits analogues en ce sens que, comme dans le nôtre, le sujet exécute sans le savoir et sans le vouloir, c’est-à-dire automatiquement, des actes souvent fort complexes. Nous choisirons surtout, naturellement, ceux dans lesquels on le voit marcher, se promener en public, voyager même et, avec une apparence d'intelligence et de lucidité souvent parfaites, résoudre toutes les difficultés que l’on rencontre nécessairement dans l’accomplissement régulier de tels actes. Ces faits existent dans la science en certain nombre; ils peuvent être ramenés à plusieurs groupes que nous nous proposons de passer en reVUe SuCcessivement. Dans cet exposé qui ne saurait être d'ailleurs que très sommaire, « nous chercherons surtout l’occasion, en faisant valoir les analogies et 1es différences, de déterminer la place que le cas de Men... s doit occuper dans la série de l’automatisme ambulatoire, et nous serons conduit par là, si je ne me trompe, à reconnaître encore une fois que c’est au groupe comitial. qu'il appartient. | ;
On raconte que John Stuart Mill a composé la plus grande partie de son, « Système de logique » pendant les promenades qu'il avait l'habitude de faire chaque jour dans les rues de Londres, entre Kensington et India house. Plusieurs fois onl’arencontré l'après midi dans Cheapside, avec l’air d’un homme fort préoccupé, se frayant cependant la voie avec beaucoup d’aisance parmi les passants, très nombreux à cette heure du jour, sans les heurter le moins … du monde et sans se cogner contre les colonnes à gaz (1). Sans être un Stuart Mill, combien de fois ne nous est-il pas arrivé dans certains moments de grande M préoccupation, de gravir un esçalier sans le savoir et d'arriver devant la porte fort étonnés de ce que nous avions fait inconsciemment, 4
Ce sont là des exemples d’automatisme physiologique en quelque sorte ; mais M c’est, si l’on peut ainsi dire, du petit automatisme, qu'il s’agit ici car s’il a perdu, en tout ou en partie, le souvenir des actes moteurs qu’il a accomplis, en se pro=
tête ; je me suis réveillé seulement à 4 heures en rentrant rue Saint-Lazare, fort étonné de Voir que j'avais fait mes commissions puisque je rapportais avec moi mon drap et mes patères. Les personnes chez lesquelles j'ai été rue des Bons-Enfants et passage Saulnier ne se sont aperçues de rien. Elles ont dit seulement que j'avais la figure « pâle et tirée ». En rentrant, Je me suis senti très fatigué, comme d'habitude après mes fugues, et j'avais besoin d'étendre les bras et de m'étirer comme on le fait quand on se réveille.
Aujourd'hui, 45 juillet, nous apprenons de Men. s qu'il n’a pas eu d’autres crises; le bromure a été continué conformément à la prescription, sans interruption.