M. Blocq. loc. cil., observation IX
ces secousses se montrent de plus en plus violentes, de plus en plus précipitées. Par moments il semble que, en raison de l'intensité de ces mouvements, elle soit menacée de tomber à terre ; on la voit alors faire quelques pas en arrière, présentant l’apparence d'une personne qui s'étant butée à un obstacle, chercheàreprendreson équilibre. Lessecousses dont il est question, rythmées comme l’estelle-même la marche normale dont elles ne sont, si l’on peut ainsi parler, que la caricature ne consistent pas seulement en desmouvements successifs d’abaissement et de redressement du tronc. Si on cherche à les analyser, on reconnaît bientôt ce qui suit : on voit, au moment même où la malade se baisse, les cuisses se fléchir sur les jambes et le tronc se fléchir sur le bassin, la tête éprouvant par rapport au tronc, un mouvement de flexion et de rotation, et les-avant bras se fléchissent à leur tour sur les bras. Il paraît clair que ce sont ces mouvements de flexion exagérés et brusques des membres inférieurs, substitués à ceux de la marche normale, qui menacent à chaque pas l'équilibre, occasionnent les mouvements du tronc, de la tête, des membres supérieurs, et aussi ces mouvements de recul qui peuvent être considérés jusqu’à un certain point comme des actes de compensation. La malade en question, comme les autres du même groupe, pouvait sans la moindre difficulté sauter à pieds joints, à cloche-pied, marcher à quatre pattes, etc., etc.
Sous cette forme les mouvements anormaux des membres inférieurs, dans la station et dans la marche,rappelleraient assez bien,en raison de leur amplitude, les grandes gesticulations de certaines chorées ; mais ils s’en distingueraientimmédiatement, vousl’avezcompris, par cette circonstance qu'on lesverrait disparaître aussitôt que la malade cesserait dese tenir debout ou de marcher. Jamais ils n’apparaîtront lorsque la malade est assise ou couchée. Ils sont, en réalité, exclusivement liés en pareil cas au mécanisme de la station et de la marche, conformément à la définition de l’astasie et l’abasie.
Pour distinguer les faits de ce groupe, je proposerai d'adopter la dénomination d'abasie choréiforme (type de flexion).
ce. Enfin je désignerai sous le nom d’abasie lrépidante la forme dans laquelle la marche est gênée par des mouvements d'exécution contraditoire qui raidissent les membres inférieurs, et consiste en une sorte de piétinement, de trépidation rappelant, mais avec exagération, ce que l’on voit dans certaines paraplégies spasmodiques. Le cas qui fait l’objet de la présente leçon, ainsi que celui qui vient d’être publié par M.le professeur Grasset, peuvent être cités comme des types du genre.
Je ne prétends pas, remarquez-le bien, que la classification que je vous propose d'adopter en ce moment épuise tous les modes possibles de l’abasie et de l’astasie et doive être considérée comme définitivement arrêtée. Loin de là, je ne la considère que comme un premier essai, un plan provisoire ; je n'ignore pas en effet que sur ces matières nous n’en sommes encore, à beaucoup d’égards, qu’à la période des études préparatoires. Mais je crois avoir
indiqué cependant les principaux points de repère, ou, si vous voulez, les grands jalons autour desquels viendront se grouper naturellement les variétés sans doute fort nombreuses qui pourront se présenter dans la clinique.
a. Paralytique ou Parétique.
ADASIO PES.
; : Fe: 19 Choréiforme.
| b. Ataxique (avec incoordination
Astasie. . .. motrice.) 2° Trépidante,
Je ne crois pas qu'il soit nécessaire d'’insister sur les caractères qui permettront de distinguer cliniquement les troubles moteurs abasiques de ceux qui se voient dans l’ataxie locomotrice, la paraplégie spasmodique, diverses affections choréiformes, la paraplégie hystérique, etc., etc. Ce sont des points que nous avons d’ailleurs touchés un instant, chemin faisant ; on ne saurait d'un autre côté, confondre l’abasie, avec les diverses formes de spasmes fonctionnels ou professionnels, comme vous voudrez les appeler, qui peuventoccuper les membres inférieurs, tels que spasmes des gens qui travaillent à la machine à coudre, des rémouleurs, des chorégraphes, par exemple. On ne saurait mécon-« naître cependant l’analogie assez étroite qui existe entre ces deux ordres de faits dans lesquels on voit des mouvements anormaux apparaître exclusivement à l’occasion de l’exécution d’un fonctionnement spécial. Mais il suffira, «« pour la pratique, de remarquer que dans l'abasie il n’y a pas à proprement parler de spasme et que dans certains cas même c’est un état paralytique ou parétique qui est en jeu.
Le syndrome abasie s’observe surtout dans le jeune âge, entre 10 et 15 ans; mais il peut se présenter aussi chez des sujets âgés de 22 à 25 ans, ou beau-« coup plus tard, à l’âge de 41 ans, comme chez notre malade d’aujourd'hui; plus tardivement même encore à l’âge de 52 ans, ainsi que cela a eu lieu dans 4 une des observations recueillies par M. Blocq. Le sexe mâle paraît être affecté presque aussi fréquemment que le sexe féminin. La plupart des sujets atteints, qu'ils soient jeunes ou vieux, comptent parmi les prédisposés par hérédité à M contracter des maladies nerveuses. Les troubles moteurs abasiques se manifestent d’ailleurs chez eux, quelquefois tout à coup, en conséquence d’une cause provocatrice telle qu’un traumatisme souvent fort léger, dans lequel. l’ébranlement psychique l'emporte de beaucoup sur l’ébranlement physique ; ou encore dans la convalescence d’une maladie aiguë qui a profondément débilité l'organisme, d’une fièvre typhoïde par exemple, des suites de couches difficiles, ou encore de l’intoxication par l’oxyde de carbone comme cela s’est fait justement, nous le dirons tout à l'heure, chez le malade ici présent.
Quelquefois l’abasie s’associe chez le malade à divers stigmates : hémianesthésie, rétrécissement du champ visuel, etc., qui révèlent manifestement l’exis-
tence chez lui de la névrose hystérique. Mais telle n’est pas la règle et bien qu’il s’agisse encore, dans ces cas-là, fort souvent du moins, d'hystérie, l’ataxie abasique peut se montrer isolée, à titre demanifestation monosymptomatique de la névrose, au même titre que les divers bruits laryngés, certaines contractures et tant d’autres phénomènes du même genre. Quoi qu'il en soit il n’est guère douteux que dans la grande majorité des circonstances l’abasie relève d’une lésion purement dynamique. Mais il faut compter sur les anomalies possibles.
S'il est vrai, en effet, comme tout porte à le croire, que les groupes cellulaires
divers qui président aux mouvements spécifiés pour la marche, la station, le saut, ete., constituent dans l’axe cérébro-spinal autant de centres distincts les uns des autres, on peut concevoir que chacun de ces groupes puisse être plus ou moins gravement intéressé par une lésion organique. Mais, comme il est vraisemblable qu’en pareil cas, la lésion ne sera pas étroitement localisée dans tel ou tel des centres en question, et s’étendra aux parties voisines, on devra s'attendre à la voir se traduire pendant la vie, par un ensemble de phénomènes complexes parmi lesquels l’abasie ne jouant peut-être qu’un rôle effacé, pourra être difficile à reconnaitre.
Après cet exposé sommaire des faits, faut-il vous parler de théorie? A cet égard, Messieurs, nous n'’aurions à vous offrir que des vues hypothétiques plus ou moins vraisemblables ; rien de parfaitement établi; vous trouverez d'ailleurs les considérations que j'ai présentées à plusieurs reprises dans mon enseignement sur cette question-là, développées avec talent dans le travail de M. Blocq(1). Je me borneraiï ici à relever que, suivant toute probabilité, les divers appareils relatifs à l'exécution des mouvements de la station, de la marche, du saut, etc., comportent chacun deux centres ou groupes cellulaires différenciés dont l’un siège dans l'écorce cérébrale, tandis que l'autre réside dans la moelle épinière; ces deux centres étant reliés l’un à l’autre, bien entendu, par des fibres commissurales. Le groupe spinal, le plus compliqué des deux, sans aucun doute, est chargé de l'exécution automatique, inconsciente des actes coordonnés pour l’accomplissement. de chaque fonction ; tandis que le rôle relativement beaucoup plus simple du groupe
. Cortical consiste dans l'émission volontaire des ordres prescrivant tantôt la
Mise en jeu, tantôt l'accélération ou le ralentissement, tantôt enfin l’arrêt
- définitif des actes exécutés par le groupe spinal correspondant. Dans celui-ci,
en d'autres termes, réside la mémoire psychologique des actes sommaires qu'il faut prescrire soit pour mettre en jeu l'appareil, soit pour en arrêter le fonctionnement, tandis que la mémoire organique, qui préside à l'exécution, dans tous leurs détails, des mouvements prescrits réside, dans celui-là. Vous
voyez par là que, dans chaque cas particulier, il y aura à se demander si