Voir; Uibot. V hérédité psychologique, p
2. Influence dégénérative de Valrool sur la desfendftnce, 5 mars 1888.
et la langue verte. Ce serait une erreur, messieurs, et aussi une injustice. Il y a quelque chose de tout cela en lui, bien certainement, et plus qu'il n'en faudrait, mais il y a aussi autre chose. B... sans doute, n'a pas été un parfait écolier, tant s'en faut ; il ne songeait dans ce temps-là qu'au jeu ; c'était dans l'acception rigoureuse du mot un mauvais élève, un cancre fort indiscipliné, très batailleur, et, en somme, au sortir de l'école, savait-il à peine lire et écrire !
Plus tard, par un retour singulier, il s'est rattrapé à cet égard en fréquentant régulièrement et avec quelque zèle, lorsqu'il était apprenti, les cours du soir. Actuellement il écrit non sans orthographe et non sans quelque prétention à l'élégance du style.
Il fait même des vers dans lesquels, sans doute, la mesure laisse souvent fort à désirer, mais où l'idée poétique n'est pas toujours absente. C'est le genre erotique qu'il cultive surtout ; mais dans les vers comme dans la prose c'est plutôt la quintessence qu'il vise et non les bassesses. Les arrangements de sa toilette sont conformes à son langage; ses infirmités ne le découragent pas : il est coquet et porte habituellement une brillante cravate rouge en même temps que ses cheveux, très pommadés, sont disposés, comme il le dit « à la Capoul » ; c'est donc un élégant, dans son genre, et il se vante d'avoir^grâce à ses avantages, fait au lavoir, où on le désigne sous le nom caractéristique de € Don Juan », de nombreuses conquêtes.
Peut-être, à cet égard, fait-il le fanfaron ; toujours est-il que pendant longtemps il n'avait recherché que les amours légères ; tandis qu'un beau jour, il s'est laissé prendre à l'amour sérieux. De fait, à Laënnec il s'est amouraché d'une jeune infirmière qu'il voulait épouser à tout prix, et c'est justement à la suite du chagrin causé par le refus formel des parents de la jeune fille que sont survenus les accidents nerveux variés qu'il nous reste maintenante décrire. Et d'abord relevons que pour réagir contre les effets dépressifs du chagrin B... a plus d'une fois alors cherché les consolations dans l'abus des boissons alcooliques, dont il s'était pendant quelque temps tenu éloigné, si bien qu'il fut pris à cette époque d'un accès de delirium tremens ; mais les attaques convuisives qui se sont, comme nous l'avons dit, pour la première fois manifestées vers le môme temps sont-elles, elles aussi, au môme titre que le delirium tremens, de nature toxique ?
A cet égard, messieurs, je me rattache absolu nent à l'opinion professée par M. Magnan (1).
Il n'existe pas suivant moi d'épilepsie à proprement parler alcoolique. Oui, sans doute, l'épilepsie existe souvent chez un alcoolique ou dans sa descendance, mais la cause toxique joue uniquement ici le rôle d'un agent
{. Magnan. înfluen>:e de l'alcoolisme sur les maladies mentales, Genève, 1878.
provocateur qjai met en jeu une prédisposition spéciale antérieure, ou qui encore, dans certains cas, crée la diathèse nerveuse d'où pourra naître, par le concours de circonstances appropriées, Taffection convulsive.
Il n'en est pas tout à fait de même, vous le savez, de Tabsinthisme ; l'absinthe, ainsi que l'a encore bien montré M.Magnan^ est un convulsivant ; il y a en réalité une affection épileptiforme qui mérite vraiment de porter le nom d'absinthique, mais ces convulsions-là ne survivent pas à l'abus de la boisson toxique, elles cessent en même temps que lui. Ce n'est donc pas de cela qu'il s'agit dans notre cas où les attaques persistent telles quelles, se reproduisant comme par le passé, environ trois fois par mois, bien que le malade^ très surveillé depuis son entrée à la Salpêlrière, ne puisse plus se procurer d'absinthe.
D'ailleurs maintes fois nous avons été témoin de ces attaques et nous pouvons affirmer qu'elles portent avec elles des caractères cliniques tellement précis qu'on ne saurait hésiter un instant, lorsqu'on les a vu évoluer, à leur attribuer le nom qui leur convient. Voici en eftet ce que nous trouvons noté dans les observations ad hoc : le malade prévoit qu'il va avoir son attaque ; le premier signe précurseur est une douleur vive qu'il ressent dans le côté droit du tronc, au niveau de la région hépatique et qu'il décrit comme un sentiment de brûlure. De là part une aura ascendante qui monte vers le cou et y produit une sensation d'étranglement, puis vers la tête où surviennent des bourdonnements d'oreilles et des battements dans les tempes, une obnubilation de ja vue, symptômes qui bientôt sont suivis de perte de connaissance.
Les accidents convulsifs se développent alors successivement suivant des règles aujourd'hui bien connues : d'abord c'est une phase marquée par des convulsions épileptiformes, ici peu accentuées ; puis se dessinent tour à tour les grands mouvements de salutation et l'attitude en arc de cercle ; enfin c'est le tour des attitudes passionnelles, des cris, des hurlements : alors on l'entend proférer de temps à autre le nom de Maria I Maria I c'est le roman de l'hôpital Laënnec qui se déroule devant les yeux de son esprit, la série se termine de la sorte, mais elle peut se reproduire un certain nombre de fois, sans temps d'arrêt, de façon à tenir la scène pendant une durée de plusieurs heures.
Vous avez compris, sans qu'il soit nécessaire d'y insister qu'il s'agit là d'une attaque de grande hystérie (Hysteria major : hystéro-épilepsie à crises mixtes) parfaitement caractérisée et ne différant que sur un point de celle* que nous avons si fréquemment l'occasion d'observer chez la femme, dans cet hospice. Ce point est relatif à l'extrême violence des cris et des mouvements convulsifs chez l'homme. Trois ou quatre hommes ne sont pas de trop pour maintenir B... quand il est pris de ses attaques et le lit de fer sur lequel on est obligé de l'attacher à été plusieurs fois brisé en mille pièces.
Notre malade est donc un hystérique^ cela n'est pas douteux et la recherche
des stigmates chez lui va donner plus de poids encore à notre assertion. (Fig. 22). 11 existe sur la tête, le tronc, les membres, une hémianalgésie
gauche très neLlenient accusée, une anesthésie presque absolue sur la jambo et le pied gauches. Les troubles sensoriels sont de leur cdté très-bien caractérisés : goût diminué sur le cdté gauche de la langue ; odorat obnuliilé également h gauche ; ouïe affectée à gauche ; enfin on observe sur l'œil gauche tuus
les caracléres de l'aniaurose hystérique compliïtc, lu vision de l'œil droit ne présentant aucune anomalie appréciable.
Voici d'ailleurs quelques détails plus circonstanciés relevés par M. Parinaud à propos de l'jxainen oculaire de notre malade (f'i/. 23). L'examen de l'œil
Ki(f. ■-
droit fait constater un champ visuel absolument normal. Pas de dischromstopsic, pas de polyopie monoculaire. Le cliamp visuel du rouge est, comme dans l'état normal, moins étendu que celui du bleu.
L'oiil gauche présente au contraire une ainaurose complète ; on peut s'en assui-er en approchant vivement un doigt de l'oeil gauche, le rt^llexe du clignement n'a pas lieu. Kn outre le malade ne présente pus de ce câté les modifications pupiltaires relatives <l l'accommodation aux dislances. Point d'anesthésie cornéennc ou conjonirlivale.
Lorsque, les deux yeux él.mt ouverts, on fuit regarder au malade un carré de papier lilunc, il ne voit qu'une image, laquelle disparait si l'on ferme l'util droit; |iui' rnnti-e si l'on [ilace devant co dernier ii-il nu prisme donnant une déviation de l'image de 10 centimi'ti-es environ, le malade voit deux carrés de papier litanc, au lien d'un ; si l'un interpose dans cette même expérience un verre coloré devant un des deux yeux, le malade voit unu iinoiji- culvii'fi et une image blanche et les positions respectives de ces images, varient suivant la direction du prisme.Si.au lieu de placer le prisme devant Tceil droit, on le place devant l'œil gauche amaurotique, le malade ne voit qu'une seule image. Ainsi l'œil gauche.amaiirutique dans la vision monoculaire, fonctionne normalement lorsqu'il s'agit de la vision binoculaire. Ces faits singuliers mais qui, plusieurs
fois, déjà, ont été observés dans des circonstances analogues, avec un concours de précautions qui mettent à Tabri de toute erreur, peuvent-ils être interprétés en admettant pour la vision monoculaire et pour la vision biuoculaire deux centres distints? Je laisserai pour le moment la question sans solution, car il s* agit seulement pour nous actuellement de bien montrer que notre sujet présente réellement un ensemble fort caractéristique de symptômes hystériques; à cet égard, vous le voyez, les preuves abondent, et il parait inutile de pousser plus avant.
Je ne veux pas oublier de mentionner cependent encore, avant de clore cette énumération, l'existence d'une plaque hy péresthésique hystérogène dont il a été déjà question du reste plus haut, située sur le tronc dans la région hépatique, et celle d'une plaque de même nature occupant le scrotum du côté gauche, avec participation du testicule correspondant.
Tels sont les trois grands éléments pathologiques que l'analyse clinique nous conduit à distinguer chez notre malade.
Vous avez bien compris qu'il ne faut pas voir là autant d'épisodes sans connexion mutuelle et réunis par le seul hasard sur un même sujet. Les lois d*une logique implacable régnent, au contraire, dans toute cette histoire.
L'alcoolisme du père a retenti sur le fils sous la forme de la paralysie infantile spinale. Les abus du fils, dont le père encore est au moins en partie responsable, ont déterminé chez celui-là la paraplégie alcoolique et préparé le développement de l'affection hystérique que des causes morales ont, à un moment donné, fait éclater. L'influence des abus alcooliques sur le développement de l'hystérie, surtout chez Thomme, est, on le sait aujourd'hui un fait de connaissance vulgaire et pour ne pas entrer actuellement, sur ce sujet, dans de longs développements, je vous renverrai à une leçon que j'ai faite il y a deux ans et que vous trouverez insérée dans le Bulletin médical du 25 mai 1887 [Hémianesthésie hystérique et hémianesthésies toxiques),
11 ne nous reste plus, messieurs, pour en finir, qu'à envisager les questions relatives au pronostic et au traitement. C'est l'hystérie qui aujourd'hui est ici l'affection dominante vraiment active ; les lésions de la paralysie infantile spinale^ aggravées un moment par celles qu'a produites l'intoxication alcoolique ne constituent plus guère que des infîrmités incurables, derniers vestiges de maladies éteintes.
Que pourrons-nous faire en faveur de notre malade ? C'est toujours chose fort sérieuse que l'existence d'une hystéro-épilepsie développée dans les conditions où il se trouve. Personne ne veut plus l'employer à cause de ses crises nerveuses fréquentes et d'ailleurs terribles, et aussi à cause de son état mental qui le rend irrégulier et oublieux.
C'est ici le lieu de rappeler que les affections nerveuses d'ordre dynamique, sans lésions appréciables, ne sont pas, tant s'en faut, toujours moins durables, moins tenaces que ne le sont les maladies dites organiques.
Telle est en particulier Thystérie de l'homme, surtout celle de Thomme adulte, et pour ce qui est spécialement du sujet que nous avons sous les yeux, je ne pense pas qu'il puisse reprendre son travail assez sérieusement pour subvenir à son existence, avant plusieurs mois, plusieurs années peut-être.
Sans doute, la cessation des abus alcooliques, par la stricte observation des règles de Thôpital, a eu pour efïet de produire en lui quelques amendements auxquels ont contribué, d'un autre côté, l'emploi des pratiques hydrothérapiques et l'usage des toniques ; mais nous n'entrevoyons pas encore une solution définitive quelque peu prochaine (1). Les attaques chez lui, bien qu'un peu moins fréquentes que par le passé, persistent toujours et aussi les stigmates. Le mieux, je crois, sera d'obtenir son admission à l'hospice de Bicélre, ou à l'abri de la misère et des tristes préoccupations et privations qu'elle entraîne avec elle, il pourra pendant un temps sufQsamment prolongé, suivre le traitement qui lui convient. Finir par Bicêtre ! Hélas, pauvre € Don Juan » !
2« Malade
Trois malades atteints de paralysie faciale périphérique sont introduits.
M. Charcot. — Le premier de ces trois malades dont nous allons nous occuper un instant est un garçon de 15 ans que nous vous avons présenté déjà le mardi 18 juin dernier (Voir Leçons du mardi, 1887-88, p. 463) comme un exemple de paralysie faciale douloureuse. En effet, le dimanche 3 juin il avait, le soir, ressenti une douleur dans la profondeur de l'oreille externe droite et en même temps un agacement des dents du même côté. Déjà, ce soir-là, il ne pouvait plus fermer son œil droit complètement. Le lendemain la bouche était de travers et la paralysie faciale était absolue. L'application du froid dans ce cas paraît avoir contribué à provoquer l'apparition de la paralysie ; mais on pouvait recueillir dans les antécédents personnels et héréditaires du malade les preuves d'une prédisposition nerveuse accentuée. Lui-même est névropathe ; dans l'enfance il a eu des convulsions ; la nuit il parle, s'agite, gesticule.
1. Comme cela arrive dans la plupart des cas de grande hystérie chez l'homme Thypnotisa- Uon dans ce cas n'a pas été praticable.
Sa mère est une mélancolique, une anxieuse ; elle tombe de temps en temps, sans cause appréciable, dans des accès de tristesse qui durent plusieurs semaines, plusieurs mois.
Je crois devoir reproduire ici les paroles par lesquelles je terminais les considérations présentées à propos de ce malade dans la leçon du 18 juin 1888 : « Chez notre malade, les douleurs de Toreille et des dents n'ont pas été intenses; elles paraissent s*étre développées presque en même temps, peutêtre en même temps que la paralysie et elles n'ont pas survécu longtemps à son début; d'après cela, conformément aux conclusions de M. Testaz, la paralysie devrait être considérée comme bénigne, facilement guérissable. Eh bien, messieurs, cela ne parait pas être tout à fait le cas chez notre malade, car Texploration électrique pratiquée il y a quatre jours a fait reconnaître chez lui une réaction de dégénération prononcée.
€ De plus, quand à Taide du marteau de Skoda, on percute les muscles du côté paralysé, on les voit agités de secousses fibrillaires qui révèlent en général, une modification organique assez prononcée des faisceaux musculaires. Notre cas donc, à n'en pas douter, n'appartient pas à la catégorie bénigne : il est vraisemblable, au contraire, que notre jeune client en aura pour longtemps. >
11 n'est pas sans intérêt de constater aujourd'hui ce qui est advenu chez notre jeune malade, qui n'a pas cessé d'être soumis au traitement électrique méthodique depuis le 20 juin, c'est-à-dire depuis 5 mois environ. Nous constatons aujourd'hui un amendement très remarquable. La plupart des mouvements volontaires ont reparu dans le domaine du facial paralysé ; il peut fermer parfaitement l'œil, faire contracter normalement les divers muscles de la joue et des lèvres ; l'excitabilité électrique cependant est encore en défaut. En somme les choses ont été plus vite que nous ne l'avions pensé en nous fondant sur V électro-pronostic : nous pouvons espérer que sous peu la guérison sera complète. A ce propos je crois devoir relever ce qui suit:
Rien de mieux établi pour l'immense majorité des cas que la classification établie par M. le professeur Erb, des paralysies faciales en forme légère, moyenne, et grave, classification fondée sur Télectro-diagnostic qui, dans l'espèce, pourrait être appelé l'électro-pronostic. Mais il ne faut pas oublier que les règles établies par M. Erb, fondées incontestablement sur un nombre considérable de bonnes observations, comportent cependant quelques exceptions que relevait l'autre jour M. le D' Neumann dans un travail publié par V Union fnédicale (15 novembre 1888). On peut voir des cas de paralysie faciale qui, paraissant, au point de vue des réactions électriques, comporter un pronostic grave, guérissent cependant rapidement, tandis que des paralysies dites bénignes, d'après les réactions électriques, peuvent exceptionnellement persister pendant longtemps.
M. Dejerine a signalé un cas de ce genre (Société de Biologie, 9 août 1884),
dans lequel Tautopsie a fait reconnaître dans le nerf facial Tintégrité de la grande majorité des tubes nerveux.
c Nous avons eu l'occasion, dit M. Neumann, d'observer des hémiplégies de la face dans lesquelles les résultats fournis par l'examen électrique ne s'accordaient en aucune façon avec Tintensité et la durée de la maladie ; et nous avons vu des paralysies faciales, ne s'accompagnant d'aucun changement dans les réactions électriques, persister pendant des mois entiers et ne se terminer que par une guérison incomplète. »
Ces cas qui paraissent échapper aux règles posées par M. le professeur Erb doivent être certainement fort exceptionnels. Ils suffisent cependant à montrer une fois de plus qu'il reste encore quelque chose à faire sur ce chapitre de la paralysie faciale qu'on pourrait croire à. peu près complètement épuisé.
3* ET 4® Malades
11 s'agit ici de deux cas de paralysie faciale périphérique de date récente.
Le premier concerne un homme d'une trentaine d'années qui, il y a huit jours a soulFert d'un coryza avec mal de tète et en même temps de douleurs derrière l'oreille du côté droit. La paralysie faciale a paru deux jours après. Impossibilité de fermer l'œil droit, joue droite flasque et immobile.
La réaction électrique indique une forme légère. Il a été impossible de trouver dans les antécédents héréditaires du malade la moindre trace d*une tare nerveuse.
Le second malade, âgé de 18 ans. est également atteint de paralysie faciale depuis une huitaine de jours ; c'est de la forme non douloureuse qu'il s'agit. Il s'en est aperçu le matin au réveil : il ne se rappelle pas avoir été soumis à l'action du froid. La recherche des antécédents nerveux dans la famille ou chez le sujet lui-même est restée sans résultat. La paralysie est très accentuée dans tout le côté gauche de la face : front, orbiculaire de l'œil, muscles de la joue.
Cependant il s'agirait, d'après les indications fournies par l'étude des réactions électriques, d'une forme légère.
«•.aviftM&ëaTfm . S*—aMr. .,ê,r.C»mpmgnmeimm»ét^Vmtttk
Policlinique du Mardi 27 Novembre 1888