Voir le Progrès médical ^ no du 4 mal 1889 et suivants
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sera reflet, par rapport au sommeil, d*une pression exercée sur ce point douloureux. Vous n'ignorez pas que chez les hystériques dites ovariennes, pendant révolution de l'attaque convulsive, une compression un peu forte agissant sur la région où siège Tovarie a souvent pour effet de couper court à tous les accidents, alors même qu'ils se montrent doués d'un haut degré d'intensité et quelle que soit d'ailleurs la phase de l'attaque qui est en jeu. Si, par l'application de ce procédé, nous parvenons chez notre malade à produire le réveil, ce sera une analogie de plus k relever entre l'attaque de sommeil et l'attaque convulsive. D'ailleurs je ne suis pas fâché de saisir l'occasion de vous rendre témoins, une fois de plus, d'une manœuvre fort simple et qui est appelée peut être à vous rendre dans la pratique quelques bons offices.
M. Gharcot s'approche du lit où est couchée la malade ; il applique sur le flanc gauche de celle-ci, mis à nu, un peu au-dessus du pli de l'aine, l'extrémité des quatre doigts étendus de sa main droite qu'il dirige vers le petit bassin, en exerçant une compression progressivement croissante delà paroi abdominale. Bientôt la malade pousse un cri perçant, ouvre les yeux, et aussitôt commence une attaque convulsive : ce sont d'abord plusieurs grands mouvements de salutation semblables k ceux qui se montraient tout à l'heure spontanément pendant la durée du sommeil, puis se produit l'altitude en arc de cercle à deux ou trois reprises.
M. Gharcot qui n'a pas cessé pendant ce temps de maintenir la main sur la région ovarienne gauche, s' adressant à l'auditoire:
Ge n'est pas là, messieurs, tout à fait, ce que je voulais produire. Mais vous n'ignorez pas que, si une compression ovarienne énergique détermine l'arrêt des attaques, une pression moins forte peut avoir pour eff*et au contraire d'en provoquer le développement. C'est vous le voyez le dernier cas qui s'est produit ici. Si nous voulons maintenant mettre fin A l'attaque convulsive que nous avons ainsi provoquée, il nous faut insister sur la compression et la rendre plus énergique. Cette fois j'y mets toute ma force, aussi le résultat désiré est-il bientôt obtenu : les grands mouvements ont cessé complètement. La malade se dresse sur son séant et jette un regard étonné autour d'elle.
La malade : Oii suis-je, qu'est-ce qu'il y a ?
M. Gharcot, à la malade : Eh bien vous êtes dans la salle du cours; vous en avez entendu parler ? Vous avez dormi. Quel jour sommes-nous?
La malade, avec un air de conviction : Eh bien, jeudi I
M. CuARCOT, aux auditeurs : Jeudi est justement le jour où elle s'est endormie; la voilà donc en retard de cinq iourf^, {S'adressant à la malade.) Qu'est-ce que vous avez rêvé ?
La malade : Rien, je ne me rappelle rien.
M. Gharcot : Allons ! je la crois bien éveillée maintenant. Peut-être pourrons-nous essayer de cesser la compression ovarienne sans crainte de voir re-
paraître soit le sommeil, soit les crises convulsives. Vous le voyez, c'est ainsi que vont les choses, j'ai cessé toute compression et la malade reste parfaitement éveillée. On peut la ramener maintenant dans la salle ; la crise est terminée, pour l'instant du moins, car je ne prétends pas que ce réveil sera définiti/. Gela peut être, mais cela n'est pas certein (1).
2® Malade.
Le cas dont nous allons nous occuper en second lieu est relatif à une femme de 40 ans qui, à la suite d'une chute sur le genou gauche, a été prise dans le membre correspondant d'une contracture spasmodique portant à la fois sur les extenseurs et sur les fléchisseurs de la jambe et de la cuisse. La chute a été la conséquence d'un dérobement des membres inférieurs déterminé luimême par laction d'une douleur vive et soudaine ressentie dans l'un des genoux. La malade est coutumière du reste de ces douleurs brusques et violentes et, à plusieurs reprises déjà, elle a été menacée, sans chute toutefois jusqu'ici, de TefTondrement de ses membres inférieurs.
Nous rechercherons tout d'abord ce que sont ces douleurs que la malade connaît depuis longtemps pour les avoir maintes et maintes fois éprouvées.
M. Charcot, à la malade. — Quand avez- vous ressenti pour la première fois vos douleurs dans les jambes?
La malade. — Monsieur, il y a à peu près trois ans.
M. CuARCOT. — Dites-moi, je vous prie, où vous les ressentez le plus souvent.
La Malade. — Au voisinage du genou, tantôt dans la jambe droite, tantôt dans la gauche ; je les sens aussi aux chevilles, aux cuisses...
M. Charcot. — Vous viennent-elles souvent ?
1. Voir à ce propos ; Charcot. De Vhyféreslhésie de l'ovaire dans certaines formes de Vhys^ Urie. Leçons faites à la Salpôtrière en 1872. — Mouvement médical 1872 n<> 3 et 4 et the Laneet 1872. — Leçons sur les maladies du système nerveux, t. I p. 320 — La douleur iliaque dUe ovarienne des hystériques a réellement son sitge dans l'ovaire^ observations de M. Cbaroot développées dans une note communiquée à la société de Biologie (décembre 1881 par M. Feré.
La malade. — Très souvent maintenant. Mais quelquefois je suis cinq ou six jours sans les ressentir.
M. GnARCOT. — Dites-moi à quoi elles ressemblent ; si elles sont bien vives; si elles vous empêchent de dormir ?
La MALADE. — Elles ressemblent à des coups de couteau qu*on me donnerait rapidement ; d'autres fois, on dirait qu'on me ronge les os ; quelquefois, quand je les ai la nuit, je ne puis pas dormir, elles me font crier. Souvent la peau devient extrêmement sensible au moindre toucher sur le point où jeles ressens; là, on dirait que la peau est à vif.
M. GnARCOT. — Voilà qui rappelle la description classique des douleurs fulgurantes tabétiques. Procédons, et voyons si cette première impression se trouve justiliée par le concours d'autres circonstances. [A ta malade) Avezvous quelquefois de semblables douleurs dans les mains, dans les bras ?
La MALADE. — Oui monsieur, fort souvent au bout de ces doigts-là qui sont engourdis. (Elle désigne, en disant cela, les deux derniers doigts de chacune des mains.)
M. Gharcot. — Vous voyez qu'il s'agit du domaine cubital ; c'est là vous le savez, un siège presque classique des douleurs fulgurantes dans le tabès. (A la malade) Est-ce que vos jambes fléchissent quelquefois quand vous avez vos douleurs?
La MALADE. — Oui, quand les élancements sont forts dans les genoux et qu'ils me surprennent je suis menacée de tomber; mais quelquefois aussi mes jambes fléchissent sans douleurs. J'ai aussi parfois de grands élancements très vifs dans le côté de la tète et de la face à gauche, à la nuque.
M. Gharcot. — Voilà qui est assez significatif. D'autres renseignements que je puise dans Tobservation détaillée que j'ai entre les mains viennent d'ailleurs déposer encore en faveur de l'idée que c'est bien le tabès ataxique qui est en jeu chez notre malade. En effet, il y est dit qu'il y a 3 ans, il a existé pendant 10 mois une diplopie par paralysie des droits externes pour laquelle elle a été traitée aux Quinze-Vingts. Aujourd'hui, si le signe d'Argyll Roberston fait défaut, il existe par contre encore de la diplopie homonyme due à une paralysie incomplète de la 6* paire à droite. Enfin depuis six mois environ sont survenus des troubles de la miction consistant en ce que la malade est obligée parfois de faire effort pour expulser les urines. A la vérité^ sur le membre inférieur droit, non contracture, le seul qu'on ne puisse en ce moment explorer à ce point de vue, on constate par la percussion du tendon rotulien que le réflexe, non seulement n'est pas absent, mais encore est plutôt exagéré. Mais Ton sait que dans le tabès, même le plus légitime, la persistance du réflexe rotulien n'est pas, tant s'en faut, chose rarissime.
Notre malade est donc, à n'en pas douter, une tabétique. Il convient de déterminer maintenant quelle est la signiflcation de cette contracture spasmodique qui,chez elle, s'est produite à la suite d'une chute provoquée par l'effondrement
tabétique des membres inférieurs. Mais il importe pour en venir à ce point, de bien établir au préalable les caractères cliniques de cette contracture et de préciser les circonstances dans lesquelles elle s'est produite.
C'était un matin vers 8 heures, il y a de cela trois semaines ; la malade descendait son escalier lorsqu'elle ressentit tout à coup dans les genoux, surtout dans le gauche, de très vives douleurs fulgurantes ; aussitôt elle pousse un cri, ses jambes se dérobent et elle tombe sur les genoux, le gauche portant sur une marche. Elle peut se relever aussitôt et reconnaître que ce genou ne présentait ni plaie, ni éraillures, ni ecchymoses. Il n'était pas douloureux; il était à peine un peu engourdi ainsi que, dans toute son étendue, le membre correspondant. Seulement les douleurs fulgurantes y reparaissaient de temps à autre. D'ailleurs,la malade put, ce jour-là, remonter son escalier sans trop de gène et le redescendre plusieurs fois. La rigidité a commencé à paraître seulement vers le soir et elle s'est installée progressivement ; assez vite cependant pour que, dans la nuit, elle ait acquis son plus haut degré de développement et se soit montrée telle que, après trois mois, nous la retrouvons aujourd'hui.
Yoici maintenant la description du membre contracture. La rigidité est aussi prononcée que possible dans le genou ; l'extension y est portée au plus haut degré, et, pour ce qui est de la flexion, elle est impossible à produire môme lorsqu'on y met beaucoup de force. Il s'agit d'ailleurs là d'une résistance élastique et telle qu'on doit s'attendre à la recontrer quand c'est une contracture musculaire spasmodique qui est en jeu. Le pied est libre dans l'articulation tibio-tarsienne. Il n'a pas pris d'attitude spéciale, et l'on peut le mouvoir dans tous les sens : il n'en est pas même de la hanche où les mouvements sont un peu limités dans toutes les directions. Les mouvements volontairement exécutés de cette articulation sont gênés, lents, mais il ne sont pas abolis car la malade peut élever le membre au-dessus du plan du lit et le porter en abduction et en adduction. Mais tous ces mouvements, je le répète, sont difficiles, exigent des efforts et leur amplitude reste toujours inférieure à celle des mouvements volontaires exécutés par le membre inférieur droit. On peut en dire autant des mouvements volontaires du pjed ; tous sont possibles mais notablement limités, surtout le mouvement dorsal.
Toujours est-il que c'est dans les muscles extenseurs et fléchisseurs du genou que la rigidité spasmodique est le plus accentuée et là, ainsi que nous l'avons dit, les mouvements volontaires, comme les mouvements passifs, sont littéralement impossibles.
Dans toutes les manœuvres que nécessite l'examen des jointures, on constate que tous les mouvements qu'on leur imprime ou qu'on essaye de leur impriser ne provoquent aucune douleur. On reconnaît, du même coup, dans cette exploration que, pour la majeure partie, le membre contracture est complètement privé de sensibilité, aussi bien la peau que les parties profondes.
L'aneslhésie cutanée qui porte à le fois sur le tact, la douleur et les autres modes de la sensibilité, est limitée tant du côté du pied, que du côté de l'abdomen , d'une façon fort originale qu'on peut reconnaître sur le schéma ci-
contre ; ainsi du d'île du pied la limite est marquée par une ligne circulaire déterminant un plan perpendiculaire & l'axe du membre, et passant à quelqoe centimètres au-dessus du pli de l'articulation du cou-de-pied ; du cAté de la hanche la ligne limitante suit eu avant le pli de l'aine, empiétant un peu sur radomen,tandie qu'en arriÉ:re elle forme une courbe à convexité supérieure qui de l'extrémité interne du pli fessier remonte vers la crête iliaque.