‹ Leçons du Mardi à la SalpêtrièreChapitre 34 sur 97 · MAI · texte numérisé non relu

MAI

Le 2.

Le Bromure est diminué de 1 gramme chaque semaine, donc 3, 4, 5, 6 grammes.

Le 27.

On cesse le Bromure qui sans interruption a été pris pendant un an.

Le 30.

On reprend le Bromure, dose 4, 5, 6, 7 grammes.

lontaire, etc., etc., cela n'existe pas actuellement et cela, dans le passé, n'a jamais existé chez notre malade, qui, je crois devoir le répéter, n'a jamais souffert autrefois d'une maladie nerveuse quelconque et ne compte pas,

— :uo —

autant qu'on puisse le savoir, de tares héréditaires dans sa famille. Ainsi, le accès automatiques sont chez Lui parfaitement isolés ; j'ajouterai qu'ils sont, si Ton peut ainsi parler,tout à fait silencieux, trau quilles, exempts,en d'autres termes, de ces manifesLitions émotives violentes et bruyantes qui sont un des caractères habituels, presque classiques, des crises comitiales psychiques, et il y a encore là, vous l'avez compris, une anomalie de plus à signaler.

Mais, me direz-vous, je ne vois que des anomalies dans votre cas ; sur qiiels fondements faites-vous donc reposer votre diagnostic? Je vous répondrai, messieurs, que je n*ai nullement la prétention de vous présenter ici un exemple régulier, vulgaire, facile à déchiffrer; oui^ le cas est exceptioimel, anormal par plus d'un côté ; mais je ne vois là qu'une raison de plus pour le considérer de très près; car, vous le savez, l'élude des cas raresou parodoxaux, aussi bien en nosographie qu'en zoologie et en botanique, projette souvent sur les questions les plus ardues une vive lumière. En somme, messieurs, le principal argument que je puisse faire valoir en faveur de mon diagnostic est plutôt d'ordre pratique. L'emploi du bromure de potassium, à doses suffisamment élevées et suffisamment prolongées, a eu sur le retour des crises, les détails de l'observation le démontrent, une influence d'arrêt très marquée en* même temps qu'il lésa atténuées ; et certes, cet argument-là n'est pas sans valeur. Mais je me réserve de revenir là dessus tout à l'heure et pour le moment, j'en reviens, à l'exposé des faits cliniques.

Donc l'accès du 15 mars 1887, le premier de tous, a éclaté chez Men.. s au milieu d'un état do santé parfait. La durée en a été de quatorze heures seule numt. S'advi'ssant nu main do : Von le/- vous nous répéter une fois de plus ce (jue vous savez relativement à cet accès ?

Le malahe : J'étais parti ce jour-là de la rue Amelot à 8 heures pour me rendre avenue (le Villiers faire un recouvrenu'nt. Je me rappelle très bien être allé juscpià la porte do la maison où j'avais alFaire. 11 paraît que je n'y suis pas entré. J'ai oulilié tout ce que j'ai fait depuis lors. Je crois seulement que j'ai vu le Mont-Valérion et iiont-élroh; pont de Saint-Cloud. Lorsque je suis revenu à moi. il était iO heures du soir et je me trouvais au beau milieu de la place de la Concorde.

M. CiiAHiioT : Croyez-vous avoir marché tout le t^».mps ?

LK.MALAnn : Monsieur, je le suppose : mes souliers étaient tout usés.

M. CiiAHt:oT : Aviez-vous de l'argent dans votre poche? avez-vous mangé en roule ?

Lk maladk : Je ne crois pas avoir mangé. En tout cas je n'ai rien dépensé ; j'avais en parlant queirjues sous dans ma poche ; je les ïd retrouvés tels quels lorsque jr suis rentré chez moi.

M. CiiAHcor : Ainsi, vous le voyez, messieurs, c est tout comme dans l'afTaire de Brest ; inconscient ou subconscient, il se conduit à peu près comme s'il était conscuMit. Il n'est agressif envers personne, et sa conduite, ses allures

sont telles qu'il passe au milieu de tous sans être remarqué (1). — Au malade : Vous deviez être bien fatigué après tout cela.

Le malade : Oui, monsieurje n'ai pu travailler que le surlendemain ; mais le troisième jour j'étais parfaitement bien, puis je ne me suis plus senti de rien absolument, pendant trois mois et demi.

M. Charcot : Vous avez eu votre second accès le 30 juin. Il a été, je crois, plus long que le précédent ? Contez-nous ce que vous en savez.

Le malade : Oui, monsieur,il a duré quarante-deux heures. Donc, le 30 juin, à 3 heures de l'après-midi, je suis parti pour Passy où je devais porter des candélabres. J'étais allé par l'omnibus. Après ma livraison, J'ai pris le tram way et, arrivé au Trocadéro,il m'a pris l'envie d'aller voir de près où en était la construction de la Tour Eiflfel ; je me rappelle fort bien avoir vu les premières assises de la tour ; après cela je ne me souviens plus de rien du tout. Je me suis réveillé seulement, comme je vous l'ai dit l'autre fois, le surlendemain à 9 h. 1/2, nageant dans la Seine.

M. Charcot : Ah !oui, je me souviens de l'aventure, c'est la seule fois qu'il ait, dans ses fugues, commis une action dramatique, à grand fracas.Il avait, si je ne me trompe,pris à la station de Courcelles un billet pour Bercy où il a oid)lié de descendre. Le train continue sa marche et voici qu'en passant sur le pont National notre homme, qui occupait une place à l'impériale, se précipite tout à coup dans la rivière. Il faisait très chaud, il aura été attiré par la vue de l'eau.Heureusement il est bon nageur , il gagne rapidement la berge où il rencontre des sergents de ville qui étaient accourus pour lui porter aide et qui le conduisent au poste de secours. — Au malade : Est-ce bien cela? Ditesnous le reste.

Le malade : Oui, monsieur, c'est exactement cela ; au poste de secours j'ai rencontré l'employé du chemin de fer qui m'a réclamé mon billet ; je l'avais dans ma poche et je le lui ai donné ; mais il m'a fallu payer un supplément parce que j'avais dépassé la gare de Bercy. Je sais exactement l'heure à laquelle tout cela s'est passé, car, sans le savoir, j'avais remonté ma montre.

M. Charcot : Ainsi, messieurs, automatiquement et sans qu'il lui en reste le moindre souvenir, il prend à la gare de Courcelles un billet pour Bercy, qu*il paye bien entendu ; également sans le savoir il a remonté sa montre et,dans le train, saconduite est celle d'une personne normale jusqu'au moment où, sans qu'il en connaisse le motif, il se précipite dans la Seine. — S'adressont au malade : On vous a reconduit chez vous ?

Le malade : Non, monsieur. Le secrétaire du commissaire, auprès duquel on m'a conduit, me connaissait justement, il m'a laissé partir seul.

M. Charcot : Vous ne pouvez pas dire ce que vous avez fait pendant la nuit

i. Voir pour plus de détails, relaUvemeot aux premières crises, la Leçon du 31 janvier 1888, p. 156 et suivantes.

du 30, la journée et la nuit du i" juillet ? Où avez-vous couché? Avez-vous mangé ?

Le malade : Monsieurje n'en sais absolument rien. Je n'ai pas dû manger. J avais^ en partant de chez moi, le 30, à peine 1 fr. 50 dans ma poche,el lorsque je suis sorti de Teau j avais encore quelques sous.

M. CiiARCoT : Remarquez bien ceci, messieurs, le premier accès a duré quatorze heures, et le second quarante-deux. C'est-à-dire vingt-huit heures de plus. Nous voici arrivés au troisième accès, dont la durée sera plus longue encore. Ce <lernier,d'un autre coté, s'est produit le 23 août, c'est-à-dire moins de deux mois après le deuxième, de telle sorte que Ton peut dire qu'à mesure qu'ils sf» reproduisent, les accès offrent une tendance marquée à s'allonger et à se rapprocher.

Au malade : Vous étiez, je crois, le 23 août, vers il heures, rue Oberkampf. De là vous êtes allé on ne sait où et vous vous êtes retrouvé le surlendemain, à 5 heures du soir, couché près de la Seine non loin du pont d'Asnières.

Le malai»e : C'est exactement cela,c'est cette fois-là que j'ai été àClaye...

M. CiiAHcoT : Ah oui. c'est juste : vous avez dû remarquer que dans sa première crise, il lui a semblé «juc pendant sa fugue, il avait vu le Mont-Valérien et le pont de Siunt-Cloud. Cette fois-ci encore il a conservé un lambeau de souvenir^ et ce souvenir paraît très précis. Il affirme avoir passé par un bourg, nommé Claye, à sept lieues environ de Paris, et être entré dans un restaurant où il a commandé un bifteck qu'il n'a pas mangé...

Le MALADE : Oui, monsieur, je suis parfaitement sur de tout cela. Jesuissûr d'avoir lu sur une des dt.*inières maisons de la ville une inscription portant ces mots : Claye ; 14 kibmiètres. Cela m'a frappé je ne sais pourquoi. J'ai dû C(minuiniier aussi du cal'o, car j'avais du sucre dans ma poche, mais je ne sais pas si je l'ai bu. Après cela, je ne sais plus rien. Je me suis réveillé, comme vous dites, au bord de la Seine sous le pont d'Asnières auprès d'un pêclieur qui a paru fort étoun('* do me voir là. J'étais fort sale, il est vrai, et mes chaussures étaient dans un état déplorable.

M. CiiAHCOT : Messieurs ces épisodes, détachés d'une histoire perdue, quisurvivt'nt au milieu de l'oubli profond de tout le reste, sont un fait bien digne d'élre relevé, tant au point de vue psy<ihologique qu'au point de vue clinique. Il se relrouve,si j'en juge d'après quelques observations personnelles, bien plus fréquemment qu'on ne le pense, dans l'automatisme comitial accompagné, tel qu'il l'est ordinairemout, d'actes violents, désordonnés, agressifs. Je pourrais citer, à ce pro[>os,le cas d'un épileptique qui est venu me consulter il y a deux ou trois ans(i(i cela ; il me raconta qu'à la suite d'un de ses accès il était entré dans un état de fureur maniaque qui l'avait mené à tout briser chez lui ; après quoi, jetant partout ré[)ouvaute, il s'était enfui dans les champs. Là. il revint à lui quelques heures après l'événement, et reprit le chemin de sa

maison, ne sachant absolument rien de ce qui s'était passé. A la vue des meubles bouleversés, brisés, saccagés, il fut d'abord frappé d'étonnement et d'effroi ; mais un souvenir d'abord confus, puis peu à peu plus précis, plus arrêté, se produisit en lui : et il se dit tristement, à lui-même : «Je comprends maintenant ce qui est arrivé ; j'ai cru rêver tout cela : mais je vois bien qu'il ne s'agit pas d'un rêve, c'est moi, hélas ! qui ai toutfait ! »

On pourrait aisément multiplierles exemples dugenre. Trousseau, d'ailleurs, a insisté déjà sur cet ordre de faits. Je tiens seulement, pour le moment, à établir sur ce point spécial un rapprochement entre notre cas et les cas vulgaires, et vous voyez qu'à cet égard il n'y a pas d'opposition entre les deux ordres de faits.

C'est à la suite de ce troisième accès, le 27 août 1887, c'est-à-dire 4 jours après, que Men...s, sur le conseil de notre honoré collègue le D' Delasiauve, est venu nous consulter. Nous vous avons dit, messieurs, plus haut, comment il nous a paru que le cas devait être considéré, et la thérapeutique a été instituée en conséquence. Nous avons prescrit au malade de faire usage journellement d'un mélange contenant à la fois du bromure de potassium, du bromure de sodium, du bromure d'ammonium. La dose, par jour, devait être pendant la première semaine de 4 grammes de principe actif, de 5 grammes la deuxième semaine, de 6 la troisième, de 7 grammes enfin la quatrième ; après quoi, le mois suivant, on devait recommencer par 4 grammes la première semaine, 5 la deuxième, 6 la troisième, 7 la quatrième etainsi de suite sans interruption même d'un jour, pendant une longue période de temps, 6 mois pour commencer. Cette prescription, messieurs, a été suivie par le malade très régulièrement, au pied de la lettre, et vous allez être menés à reconnaître jusqu'à quel point les événements sont venus justifier notre hypothèse relative au diagnostic. Voici, en effet, ce qui s'est passé à partir du commencement du traitement jusqu'à ce jour.

La fin d'août, le mois de septembre, une partie du mois d'octobre se passent sans nouvelles manifestations du mal. Le 18 de ce dernier mois, éclate un petit accès dont je tiens à vous faire connaître les principauxdétails. Le malade va lui-même nous dire ce qu'il en sait, ou mieux ce qui lui en a été dit par les personnes qui l'ont vu en ce moment-là.

Le malade: Ce jour-là, je suis parti comme d'habitude pourfaire des livraisons ; j'étais dans la voiture de la maison, assis à côté du cocher qui ne s'est absolument aperçu de rien d'extraordinaire.

M. Charcot : Je ne veux pas oublier, à ce propos, de relever en passant l'absence constatée au moins une fois, de cri, de manifestations convulsives, ou encore' de grands vertiges avec grimaces, face livide, chute, etc., etc., au début de l'accès ambulatoire. En a-t-il été de même pour les autres accès ? CSela, d'après tout ce que nous en savons, est au moins fort vraisemblable.

Le malade : Je suis allé d'abord rue de Clignancourt chez un premier client

et je me rappelle très bien ce que j'y ai fait ; puis rue de Clichy, mais de cette seconde course je n'ai qu'un vague souvenir ; enfin rue de Villiers, justement chez monsieur qui m'accompagne. J avais à y démonter une suspension très lourde. Je ne me rappelle pas du tout être entré chez lui ; j'ai démonté la suspension, je Fai emportée dans la voiture qui m*attendait en bas. Je ne me souviens absolument pas de tout cela, mon patron m'a dit qu'il n'avait rien remarqué en moi rion d'extraordinaire.

M. X... : Non, monsieur, c'est vrai, je n'ai rien remarqué chez Men.. .s si ce n'est qu'il était un peu pdle : ma femme, qui le connaît depuis longtemps, m'a dit après coup qu'elle lui avait trouvé l'air un peu drôle; mais je ne crois pas qu'une personne étranjçère eût pu voir chez lui quelque chose de particulier.

Le MALADt: : Une fois dans la voiture, je me suis réveillé peut-être un quart d'heure après être descendu de chez M. X. Mon oubli avait duré cette fois à peu près trois heures, pas plus, et j'ai fait bien des choses pendant ce temps-là.

Quand je me suis remis, j'ai senti une grande fatigue, comme si j'avais été roué de coups, et j'avais une soif atroce. En rentrant chez moi, j'ai bu plusieurs verres d'eau.

M.Chakcot : A mon avis, messieurs, il s'est agi d'un accès cette fois avorté, atténué pour le moins, sousTinfluencede l'action du bromure. Le premier accès avait duré quatorze heures, le 2" quarante-deux heures, le 3° cinquante-trois heures tandis que le V, lui, ne dure que trois heures. C'est ainsi que,dansrépilepsieconvulsive, onvoitparlc faitde l'administration du bromure se produire des accès atténués, souvent représentés seulement par des vertiges sans accompagnement convulsif et dont les malades ont quelquefois conscience ; ces accès, qu'il ne faut pas confondre avec € le petit mal > spontanément développé, eussent pris, très vraisemblablement, si le bromure n'avait pas été administré, les proportions d'un grand accès convulsif.

Quoiqu'il en soit, à partir de ce quatrième accès, la maladie pendant une longue période de (piatorze mois n'est plus représentée désormais que par une crise de mal de tète semblable h celui (]u'il a ressenti plusieurs fois au début de ces accès ; ce mal de tète a siégé, cette fois comme les autres, au niveau de la tempe gauche. Il s'est montré un an, presque jour pour jour, après le premier accès.

lia duré environ quatre heures. Il n'y a pas eu de perte de conscience; mais le malade prétend avoir senti que, s'il eut été h pied « il aurait fait une fugue comme les autres fois », c'est encore lài\nenpas douter un accès avorté par le fait de l'action du bromure.

Les mois de mai, juin, juillet, aoilt et septembre se passent sans qu'on ait pu remarquer chez notre homme aucun accident nerveux . Il avait repris toutes ses habitudes, son travail, ses visites en ville, et sa santé générale ne

laissait rien à désirer. Il avait depuis longtemps repris confiance en luimême : de fait il se croyait guéri. Déjà le 2 mai 1888, nous Tavions autorisé à diminuer d'un gramme chaque jour les doses du médicament qui le fatiguait un peu, disait-il. Euseptembre (fin de septembre), c'est-à-dire un an après le commencement du traitement, il prit sur lui d'en guspendre complètement remploi.

Mal lui en prit, vous allez le voir. A la vérité, les mois d'octobre, novembre, décembre et une partie de janvier, se succédèrent sans incident ; mais le 18 janvier, trois mois et demi après la cessation du bromure, éclate tout à coup, sans causes provocatrices apparentes, et dans les circonstances que vous savez, le grand accès de huit jours de durée qui l'a conduit à Brest, et qui a été pour lui l'occasion de tant de tribulations imméritées et de tant de misères.

Vous pourrez suivre d*un coup d'œil rapide toutes les péripéties de cette longue histoire, si vous voulez bien parcourir le tableau chronologique que j'ai fait préparer pour la circonstance i^V. p. 308). L'ensemble des faits établit ici, si je ne me trompe, l'influence décisive,et en quelque sorte caractéristique du bromure sur le retour et l'intensité des accès. Après que le médicament est administré, et tant qu'on persiste dans son emploi, les accès, après s'être atténués d'abord et éloignés^disparaissent ensuite complètement pendant une longue période de temps; on cesse d'administrer le bromure et voilà . qu'au bout de trois mois, le mal reparaît sous la forme d'un accès exceptionnellement intense. Ces résultats thérapeutiques suffisent je crois, en grande partie pour révéler la nature du mal. C'est dans Tépilepsie seule, tant convulsive que vertigineuse ou psychique, qu'on voit le bromure produire des effets aussi nettement accusés ; certes il ne les produit pas, je m'en porte garant, dans les attaques délirantes ou convulsives de l'hystérie.

La morale de tout ceci, c'est qu'il va falloir reprendre le médicament immédiatement et en continuer désormais l'emploi pendant une période de temps indéterminée. Les doses seront ce qu'elles ont été lors de la première prescription, c'est-à-dire 4 grammes par jour la première semaine du mois, 5 la seconde, 6 la troisième et 7 la quatrième et ainsi de suite les mois suivants. Nous espérons pouvoir ainsi, à la longue, vaincre le mal ou pour le moins en atténuer considérablement les effets. Y réussirons- nous? c'est ce que l'avenir nous apprendra (1 ) .

Men..s et la personne qui l'accompagne se retirent.

l.La médication a donc été reprise le 12 février 1889; rien de nouveau jusqu'au 14 avril. Ce jour-là,est survenu un accès qui n'a pas duré plus de deux tieures Le malade le décrit, ainsi qu'il suit : « Jô suis sorti de chez M. R..., marchand de meubles et de bronzes, rue Saint-Lazare, pour le compte duquel je travaille maintenant, à 2 heures de l'après-midi. Je devais aller rue des Bons-Enfants d'abord pour y chercher du drap, puis passage Saulnier pour y prendre des patères. J'étais à pied. Dix minutes peut«6tre après mon départ, étant dans la rue, j'ai perdu conscience. Avant, j'étais parfaitement bien portant et, cette fois, je n'ai pas senti de mal de

Je pourrais en rester là et passer outre ; mais rien ne nous presse en ce moment, et pour mieux relever encore l'intérêt du cas que nous venons d*étudicr ensemble, je crois utile d*en rapprocher un certain nombre de faits analogues en ce sens que, comme dans le nôtre, le sujet exécute sans le savoir et sans le vouloir, c'est-à-dire automatiquement, des actes souvent fort complexes. Nous choisirons surtout, naturellement, ceux dans lesquels on le voit marcher, se promener en public, voyager même et, avec une api^urence d'intelligence et de lucidité souvent parfaites, résoudre toutes les difficultés que l'on rencontre nécessairement dans l'accomplissement régulier de tels actes. Ces faits existent dans la science en certain nombre; ils peuvent être ramenés à plusieurs groupes que nous nous proposons de passer en revue successivement. Dans cet exposé qui ne saurait être d'ailleurs que très sommaire, nous chercherons surtout l'occasion, en faisant valoir les analogies et les différences, de déterminer la place que le cas de Men... s doit occuper dans la série de Vautomntisme ambulatoire^ et nous serons conduit par là« si je ne me trompe, à reconnaître encore une fois que c'est au groupe comitîal qu'il appartient.

On raconte que John Stuart Mill a composé la plus grande partie de son € Système de logique > pendant les promenades qu'il avait l'habitude de faire chaque jour dans les rues de Londres, entre Kensington et India house. Plusieurs fois on l'a rencontré Taprès midi dans Cheapside, avec l'air d'un homme fort préoccupé, se frayant cependant la voie avec beaucoup d*aisance parmi les passants, très nombreux à cette heure du jour, sans les heurter le moins du monde et sans se cogner contre les colonnes à gaz (1). Sans être un Stuart Mill, combien de fois ne nous est-il pas arrivé dans certains moments de grande préoccupation, de gravir un escalier sans le savoir et d'arriver devant la porte fort étonnés de ce que nous avions fait inconsciemment.

Ce sont là des exemples d'automatisme physiologique en quelque sorte ; mais c'est, si l'on peut ainsi dire, du petit automatisme^ qu'il s'agit ici car s'il a perdu, en tout ou en partie, le souvenir des actes moteurs qu'il a accomplis, en se pro-

têlc ; je me suis réveillé seulement à 4 heures en rentrant pue Saint-Lazare, fort étonné de voir que j'avais fait mea commissions puisque je rapportais avec moi mon drap et mes patères. Le» personnes chez lesquelles j'ai été rue des Bons-Enfants et passage Saulnîer ne se sont aperçues de rien. Elles ont dit seulement que j'avais la figure « pâle et tirée ». En rentrant, je me suis senti très fatigué, comme d'hahitude après mes fugues, et j'avais besoin d'étendre les bras et de m'étirer comme on le fait quand on se réveille.

Aujourd'hui, 15 juillet, nous apprenons de Men.. s qu'il n'a pas eu d'antres crises; le bromure a été continué conformément à la prescription, sans Interruption.

i. Carpenter, Mental Phynology, &• édiUoo, p. ISi.

menant on en montant un escalier, le sujet conserve pour le moins celui des actes psychiques qui, pendant ce temps-là, ont occupé son esprit.

La Pathologie nous fournira aisément des cas beaucoup plus accentués. Le groupe^ en particulier, des amnésies /raurwa/i^ue*, sur lequel j*ai eu l'occasion déjà d'appeler votre attention, fournit de nombreux exemples du genre (l).Il n'est pas rare, en effet, à la suite d'un choc sur la tête, ayant déterminé, une commotion cérébrale,de voir survenir un état d'amnésie plus ou moins profonde et plus ou moins prolongée, accompagnée d'automatisme ambulatoire. Un des cas les plus remarquables dans cette catégorie, est incontestablement celui qui a été rapporté à la Société] médico-psychologique de Paris, séance des 23-26 octobre 1885, par M.le D' Rouillard (2).

Ils'agit d'une sage-femme, M"* T..., âgée de 54 ans, vétéran dans son métier qu'elle exerce depuis plus de vingt-cinq ans et où elle a acquis une grande réputation d'habileté. Pas de maladies nerveuses antérieures à l'affection dont il va être question, pas d'épilepsie en particulier, pas d'hystérie. Dans la nuit du 8 au 9 août, on sonne chez elle ; elle ouvre une des fenêtres de l'entresol où elle demeure, et demande ce qu'on lui veut. On vient la chercher pour aller assister à la Chapelle, une de ses clientes, qu'elle a accouchée deux fois déjà, et qui est près d'accoucher une fois de plus. Le mari est là, en bas, qui attend dans la rue. M°*T... descend son escalier qui est très raide, très étroit, tortueux, et, arrivée aux dernières marches, elle fait une chute et perd connaissance. H était environ 3 heures du matin. On la trouve étendue sur le côté droit ; pas d'écoulement sanguin, ni par le nez ni par les oreilles, pas de vomissements, pas de relâchements des sphincters. Ses traits n'étaient pas convulsés, la langue ne sortait pas de la bouche ; comme elle est fort lourde on parvint non sans peine à l'asseoir sur une chaise. L'état d'inconscience dura un quart d'heure environ.

Lorsque M"* T... revint à elle, elle demanda un peu d'eau sucrée avec douze gouttes d'arnica. Sa voix était faible, mais les mots étaient bien articulés. M. C... qui était venu la chercher lui demanda si, malgré l'accident, elle pouvait venir faire l'accouchement ; elle se leva et dit : « Allons. » Dans la rue elle dit à M. C... qui lui donnait le bras : « Où me menez-vous ? — Mais chez moi, à la Chapelle, ma femme est en douleurs. — Votre femme ? Je ne la connais pas ! Comment s'appelle-t-elle ? — M™® C... vous le savez bien ! — Elle est donc enceinte ? — Mais vous l'avez vue avant-hier. — Allons I — Et votre sac, vous l'avez oublié. (En effet le sac a été retrouvé plus tard dans l'escalier.) — Je n'ai pas besoin de sac. Vous avez bien du fil et des ciseaux chez vous ! Vous m'ennuyez ! Allons ! »M. C... trouve que M™* T... n'est pas de bonne humeur et n'insiste pas.

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