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C'est ainsi que, caractérisée déjà comme appartenant au mal coraitial. par les résultats si nets de l'emploi du bromure contre les accès, l'observation dd Men.. s Test encore, une fois de plus, vous le voyez, par Fensemble dos phénomènes cliniques. *"^.*
Il ne me reste plus, pour terminer la tâche que je me suis proposée aojour- "*v d'hui de remplir, qu'à faire figurer dans le tableau afin d'y mieux mettrê en relief l'objet sur lequel je veux appeler toute votre attention, quelques exemples d'automatisme ambulatoire relevant d'affections autres qne l'épilepsie.
Plusieurs d'entre vous en entendant raconter les détails du cas de Men...8, ont sans doute pensé au somnambulisme. En effet, lorsqu'on entend dire qu'un homme se promène dans les rues inconsciemment, se conduisant cependant comme s'il était éveillé et conscient, cela rappelle tout naturellement la description répandue dans le vulgaire du somnambule ; mais nous n'ignorons pas que dans la catégorie du somnambulisme il y a plus d'une distinction à faire.
Pour ce qui est relatif, en premier lieu, au somnambulisme dit naturel et, quelquefois aussi, physiologique (noctambulisme, sleep walking, etc.), il importe de remarquer tout d'abord que, à son sujet, nous en sommes encore à la période des informations (1), les observations régulières étant véritablement très rares. En ce qui me concerne, en dehors du cas auquel jU fait allusion dans la 9* leçon du mardi de Tan passé (2), je ne crois pas qu'il ait été observé de près une seule fois dans ce service auquel je suis altaché depuis une trentaine d'années, et qui contient une division deprès de 200 femmes hystériques ou hystéro-épileptiques. Il n'est pas inutile, sans doute, de relever encore à propos de la rareté des cas de ce genre, que suivant la remarque fort juste d'Echeverria, la plupart des faits rapportés au noctambulisme dans lesquels los actes commis ont eu un caractère agressif appartiennent, le plus souvent, suivant toute vraisemblance, à l'épilepsie.
Vous voyez que, d'après cela, lo somnambulisme naturel ne peut pas être considéré encore, à l'heure qu'il est, cmome un type pai-faitement étudié et pouvant servir de paradigme dans l'étude des états analogues. Certes, ce n^est pas de ce côté-là qu'il faut, pour le moment, chercher la lumière. Nous ne pouvons guère, par conséquent, que répéter à cet égard ce que l'on trouve dans les auteurs. Nous rappellerons seulement, parmi les faits qui, dans l'espèce, paraissent le mieux établis^que le somnambulisme naturel s'observe beaucoup plus fréquemment chez la femme que chez l'homme, beaucoup plus rarement chez ladulte que chez les enfants et les adolescents ; que le somnambule
i. Ilack Tuke. Sleep walking and hypnolism. — London 1884. Voir aussi Echeverrîa: On tumal Epilepsy. Journal of mental Science, January 1879. 2. Loc. cit. p. lli.
marche presque toujours les yeux grands ouverts avec un regard d'amaurotique, 86 dirigeant de propos délibéré ou, plus exactement, avec les apparences d'une volonté ferme vers les lieux où semblent Tentraîner les circonstances d'un rêve qu'il met en action ; suivant, sans hésiter, pour parvenir à son but, des sentiers périlleux; sautant, comme on Ta vu, dans le cas de la Salpôtrière, par-dessus les murs avec une dextérité et une souplesse qu'on ne lui connaît pas à l'état de veille ; évitant, dans la poursuite de Taccomplissemcnt de ce que Ton pourrait appeler son programme, les personnes qui se placent devant lui pour lui faire obstacle. Il les tâte quelquefois sans chercher toutefois à les reconnaître et passe à côté d'elles pour continuer son chemin sans en tenir autrement compte ; il semble en d'autres termes en faire abstraction, parce qu'elles ne font pas partie de son rêve. Inutile d'insister, je pense ; vous voyez suffisamment, par ce qui précède, qu'entre le noctambulisme et l'état comitial ambulatoire tel que nous l'avons observé chezMen..s, les différences remportent sur les analogies, bien que celles-ci, à certain égard, soient cependant en somme assez étroites.
Dans le somnambulisme provoqué par des manœuvres d'hypnotisation, seraitil passible de provoquer par suggestion des fugues aussi longues, aussi accidentées que celles qu'il nous a été donné d'observer chez Men..s. D'après les études récentes, qui tendent à établir que des résultats de ce genre peuvent 86 produire « en petit >, il ne parait pas invraisemblable que, dans certaines circonstances particulières, probablement fort rarement rencontrées, ils pourront s*obtenir « en grand ». Mais pour le moment, à ma connaissance du moins, pareille chose ne s'est pas encore vue. Le sujet suggestionné en pareil cas, marcherait, sans doute, droit devant lui, parfaitement conscient de tous les actes qu'il accomplit^ mais aussi parfaitement ignorant du motif qui les lui fait accomplir, comme sous l'impulsion d'une force étrangère, irrésistible. Ce sujet là serait vraisemblablement un hystérique à stigmates.
Il existe dans la science un certain nombre d'exemples de ce qu'on a appelé quelquefois le somnambulisme spontané pathologique ; c'est une forme qui appartient à l'hystérie : les accès ambulants sont en général, dans ces cas là, précédés et suivis par une attaque d'hystérie convulsive. Cela n'est point nécessaire cependant, et l'automatisme de ce genre peut se manifester quelquefois primitivement. Il ne s'agit pas ici, du moins dans la règle, d'automatisme silencieux, tranquille, comparable en un mot à ce que nous avons kôSr.lQibservé dans la plupart des accès de Men..s (i). La scène au contraire est géné-
des plus bruyantes rappelant, en somme, ce qui a lieu dans le
'-I* Dans ces dorniers temps, mon collègue J. Voisin a cité plusieurs exemples de « Tugues » dliystériques, dans lesquelles les actes étaient coordonnés, méthodiques, de telle sorte que les sujets, bien qu'inconscients présentaient l'apparence extérieure de personnes normales {Semaine Médicales, 10 août 1889, p. 291).
délire post-épileptique vulgaire. Ainsi, dans une observation bien connue de mon collègue et ami le D** Mesnet, on voit une femme de trente ans, après avoir e'prouvé pendant la nuit une attaque hystérique convulsive, se lever, s'habiller, faire sa toilette et descendre dans le jardin ; là elle marche les yeux ouverts, ne répondant pas aux questions qu*on lui adresse^ sautant par-dessus les bancs quand elle en rencontre, se détournant des obstacles qu'on lui oppose on se plaçant devant elle ; au bout d*un certain temps de promenade plus ou moins accidentée, elle remonte tranquillement se coucher: à peine au lit survient une nouvelle attaque d'hystérie. Au réveil aucun souvenir de ce qui s'est passé. La crise d'automatisme avait duré environ deux heures. Une autre fois cette même malade, après avoir éprouvé encore une attaque d'hystérie cette fois suivie d'extase, se lève, s'habille comme la nuit précédente. Bientôt, elle croit voir des bêtes qui menacent ses enfants ; elle ouvre la fenêtre et veut se précipiter dans la rue. Un instant après, elle court àtravers sa chambre, saute par-dessus les meubles et, après deux heures d'agitation, elle se couche et est prise bientôt, comme lors de l'accès précédent, d'une crise convulsive.
Les cas de ce genre ne sont point très rares dans l'histoire de l'hystérie. Nous pourrions les multiplier aisément. On parvient quelquefois, dans ces cas-là, à l'exemple de ce qui a lieu dans le somnambulisme provoqué des sujets hypnotisables, à imprimer aux membres des malades des attitudes cataleptiques, ainsi que Ta signalé M. Pitres et aussi à provoquer, par suggestion, des hallucinations. Ce fait semble, vous le voyez, tracer un trait d'union entre le somnambulisme provoqué par hypnotisation et le somnambulisme spontané des hystériques. Ce dernier, d'un autre côté, me parattavoir la plus grande analogie avec ce que, dans la description delà grande attaque hystero-épileptique, nous avons appelé « la période des attitudes passionnelles » (troisième phase de l'attaque régulière). Et même, la ressemblance sur les points essentiels est, entre les deux cas, tellement étroite que nous sommes portés à les considérer comme étant foncièrement identiques; nous croyons en d'autres termes que le prétendu somnambulisme spontané des hystériques n'est autre chose que ^< la période des attitudes passionnelles » prolongée au delà de la durée que celle-ci présente dans les conditions ordinaires; mêmes hallucinations, en somme, tantôt tristes ou terrifiantes, tantôt gaies au contraire ; mômes attitudes et mêmes actes en rapport avec la nature des représentations mentales, et, ce qui est fort remarquable également, c'est que, dans la série classique des phases de l'attaque, le somnambulisme hystérique, quand il ne se montre pas à l'état d'isolement, occupe la même place que la phase passionnelle à laquelle il se substitue. C'en est assez sur ce point pour le moment; c'est un sujet qui demanderait à être étudié à part.
Ce serait ici le lieu de vous dire un mot de cette forme de somnambulisme spontané à accès considérablement prolongés, dans laquelle, à propos d'une observation devenue célèbre, M. Azam est parvenu à démontrer l'existence
aujourd'hui reconnue de tous, de ce qu'il a appelé la double personnalité ; mais le temps nous presse actuellement, et je dois conclure.
Je ne ferai donc que signaler en passant comme devant figurer sur Farrière-plan dansle tableau clinique que j'ai voulu placer sous vos yeux toute une collection de cas divers que M. le D"" Tissié a ingénieusement réunis, pour en montrer les analogies et en signaler les difîérences^ dans sa thèse inaugurale intitulée : Les Aliénés voyageurs (1). Dans un premier groupe de cas, les sujets ne sont pas inconscients ; ils ne le sont pas du moins pendant toute la durée de leur entreprise vagabonde : ils savent, ou à peu près, ce qu'ils font et les responsabilités qu'ils encourent, mais pour eux, il n'y a pas d'hésitations, pas d'obstacles : ils marchent comme dominés par un désir impérieux, une volonté toute puissante qui se substitue à la leur et la maîtrise. M. Tissié les appelle assez justement des captivés. « X..., avant de s'échapper, songe à une ville dont le nom a frappé ses oreilks ; il se figure y rencontrer des monuments superbes. Le désir de la visiter s'empare de son esprit et, un beau jour,il part abandonnant tout... mais, cruelle déception, la réalité ne répond pas à la splendeur du rôve. >> Cela ne l'empêche pas, quelque temps après, de visiter une nouvelle localité : il repart sans autre raison que celle de satisfaire son besoin. Ce sont lA,en somme, dit M. le D"" Duponchel, dans une intéressante étude sur ce qu'il appelle le déterminisme ambulaloirc (2), des suggestionnés ; la suggestion pouvant venir soit de l'intérieur, soit encore de leur propre fonds, ou du moins paraître telle, car il est impossible souvent de saisir l'événement qui l'a [)rovoquée.
A une autre catégorie appartiennent les délirants qui, convaincus qu'ils sont des réformateurs de l'humanité, des prophètes, parcourent le monde pour répandre leurs doctrines ; ceux qui avertis par une voix qui leur crie << tu es roi » vont à la recherche de leur royaume, etc. Mais je m'arrête dans cette énumération, ne pouvant avoir la prétention de tout indiquer même sommairement.
Je crois, d'ailleurs, en avoir dit assez pour légitimer les développements dans lesquels je suis entré à propos du cas de Men..s, et pour justifier la dénomination d'autoinalisme comitial ambulatoire^ que je vous ai proposé d'adopter pour le caractériser.