PROPRIÉTÉ DE NUTRITION
Incontestablement le produit de toutes les sécrétions est le résultat de la décomposition du sang, que nous savons être formé par le chyle, produit de la digestion.
Aussi la nature des aliments exerce-t^ellé la plus grande influence sur le produit des sécrétions.
Tout lé monde connaît Finfluence des asperges sür la sécrétion de Furine, de l’ail sur la qualité du lait, du chou ou du serpolet sur la chair du lapin.
Ce que nous disnns des asperges, du chou, etc., nous pourrions le dire de tous lés aliments.
A l’occasion de la digestion, nous avons vu ce qui arrive nécessairement lorsque nous intrôdoisons dans l’appareil digestif plus de matières alimentaires qu’il n’en peut digérer, ou des âliments contenant des matières non assimilables. Ou contenant plus de matières assimilables que nous n’en pouvons assimiler, c’est-àdire renfermant trop de matière féculente relativemen t à la quantité de diastàse sécrétée y
Trop de principe azoté comparativement à la quantité'de pepsine'.
Trop de matière grasse relativement à la quantité d’acide. choléique ou de pancréatine.
Nous avons dit que dans le résidu de là digestion on
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constatait la présence des pépins de raisin, de l’amidon, de la graisse et de tous les corps réfractaires à la puissance digestive.
Nous avons ajouté que les molécules non assimilées, non-seulement ne concouraient point à la formation du chyle, mais devenaient une cause de perturbation dans l’économie.
Nous avons compris que le principe assimilable de l’aliment ne produisait du chyle qu’à la condition de subir une série de métamorphoses.
Nous avons vu que le chyle lui-même ne devenait du sang qu’après avoir été soumis à une espèce de digestion ^ qu’en passant à travers les ganglions mésentériques et à travers le poumon, il subissait une véritable épuration.
Il en est de même du sang. Le sang, passant à travers nos tissus, subit une-élaboration, une espèce d’épuration, de digestion.
Influence du régime sur les sécrétions. — Si dans la composition du sang, il n’entre que la quantité d’^oxygène, d’hydrogène, de carbone et d’azote nécessaire-à nos besoins, une partie est assimilée à nos tissus, et concourt à leur organisation, à leur développement.
Mais, si l’un de ces principes s’y trouve dans des proportions qui ne sont point en rapport avec nos besoins, ces principes ou sont éliminés, ou forment des composés imparfaits, défectueux, qui deviennent une cause de perturbation.
Ainsi se forment des concrétions fibrineuses dans le
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sang, dans nos lissus, si le sang est trop riche en fibrine.
Si l’azote se trouve en excès, il se forme dans le sang un produit que l’on appelle urée ; l’urée dans le rein se change en acide urique, qui se combine avec des matières salines, forme de petits cristaux que nous voyons nager dans l’urine ou s’attacher aux parois du vase, et que l’on reconnaît pour être des uvales de chaux; on se réunissant ils. forment des agglomérations qui conslituept les calculs de la vessie.
Ainsi se forment les concrétions calcaires des reins, du foie, des articulations, les nodosités ou exostoses qui se remarquent sur les os et dans les muscles, composés de carbonates, de phosphates,, d’oxalates de chaux ou do magnésie, selon qu’ils sont formés d’acide urique, carbonique, phosphorique ou oxalique.
Dans les animaux qui se nourrissent uniquement de matières animales, comme les serpents, l’urine est tellement chargée d’acide urique qu’après son expulsion des voies urinaires, elle se durcit et prend la consistance d’un calcaire d’un beau blanc.
Tantôt Turine contient de Vacide uric/ue : qWq est acide, elle rougit le papier de tournesol; tantôt'elle contient de Xacide hippurique : elle est alcaline, et elle ramène au bleu le papier de tournesol.
Elle est acide si dans le sang il entre de l’azote en quantité suffisante ; telle est l’urine dés carnivores.
Elle est alcaline s’il ne s’y en trouve pas assez : telle èst l’urine des herbivores.
Par le rrgime on peut changer la nature de l’urine.
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faire que Turine du carnivore soit alcaline, et celle do l’herbivore acide. Si l’on nourrit un chien avec des substances non azotées, avec des pommes de terre, et un lapin avec de la viande, immédiatement on voit l’urine changer de condition.
Et si on laisse l’un et l’autre sans nourriture pendant quelque temps, comme l’un et l’autre seront soumis au régime animal, c’est-à-dire [vivront aux dépens de leur propre substance, l’urine prendra les mêmes caractères, c’est-à-dire sera acide.
Si, au lieu d’un excès d’azote, de fibrine, il se trouve dans le sang de l’albumine en trop grande quantité, survient Valbuminerie.
S’il y a trop de carbone, survient l’affection connue sous le nom de diabete sucré.
On trouve du sucre dans Turine toutes les fois que la combustion du carbone est gênée ou empêchée, ce que l’on constate dans certains cas de maladie, et qu’on produit à volonté en agissant sur les nerfs qui se distribuent aux voies aériennes.
Influence du régime sur la nature des tissus. — L’influence de l’alimentation n’est pas moins grande sur la formation du tissu osseux, du tissu musculeux, dé la graisse, etc. Ainsi, à volonté, on peut par le régime, en quelque sorte, rendre les os mous, souples, élastiques, comme cela arrive dans le rachitisme; ou les rendre durs, très-cassants, très-friables, comme cela arrive dans certains cas de maladie. L’École de médecine possède le squelette d’une femme qui jusqu’à l’êge de vingt ans fut bien conformée; à cette époque, les
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OS se sont ramollis, contournés, et le squelette de cette femme, qui était d’une taille ordinaire, est réduit à moins d’un mètre de hauteur.
En opposition, on voit un autre squelette dont les os étaient devenus tellement friables qu’ils se fracturaient quand le malade se retournait dans son lit.
Par l’alimentation et certaines conditions nnti-hygiéniques, on arriverait a un résultat semblable.
Fig. 3t.
Si les aliments contiennent beaucoup de carbone et peu d’azote, ils forment beaucoup de graisse et peu de fibre musculaire, des os spongieux renfermant peu de matière compacte. C’est ce que nous remarquons pour les animaux élevés dans les gras pâturages, dans les écuries des brasseurs, où ils ^ont nourris avec de la drèche (le marc de l’orge qui a été employée pour faire de la bière). Par ce genre de nourriture, nous obtenons un animal gros, gras (fig. 31), mais sans force, sans énergie; ce n’est pas un animal de résistance, mais de la viande
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de boucherie, et de qualité médiocre, telle que celle du porc anglais, du bœuf de Durham, de la grasse poularde. Nous obtiendrons de la graisse et peu de fibre musculaire, et non cette viande savoureuse du bœuf limousin, convenablement engraissé, et dont les prernières années ont été consacrées au travail, c’est-à-dire à faire de la fibre musculaire.
Si, au contraire, dans le régime l’azote domine, l’animal fait peu de graisse et beaucoup de fibre musculaire; le tissu osseux est sec et compacte, comparativement plus pesant, plus chargé de sels calcaires {Jîg. 32).
Vous savez que c’est par le régime que l’on prépare /es chevaux à la course; on leur donne peu de foin et de l’avoine de la meilleure qualité, c’est-à-dire l’alimentation la plus nutritive sous un petit volume. Par un ensemble de pratiques que l’on désigne sous le nom
NC IRl riON.
en traînement^ pratiques qui se rattachent à ralimentalion, à l’exercice, on débarrasse le corps des matières irmtiles, et on y introduit les aliments propres à produire le genre de force que l’on veut obtenir : c’est ainsi que l’on prépare les jockeys, les boxeurs, les coureurs, les plongeurs, ainsi que les animaux que l’on destine à la lutte.
On reconnaît qu’ils sont propres à entrer en lice lorsque le tissu cellulaire graisseux a disparu, que la peau est devenue très-ferme, lisse, transparente, les muscles durs, saillants et très-élastiques au toucher; que la main du boxeur, placée devant une bougie allumée, est parfaitement diaphane et d’une teinte régulièrement rosée.
Cette fermeté dé la peau, la densité du tissu cellulaire, résultent l’une et l’autre de l’absence de la graisse; les mailles du tissu cellulaire, revenues sur elles-mêmes, s’opposent à la production des épanchements sanguins ou séreux, conséquences ordinaires des contusions et qui déterminent les ecchymoses.
On cite tel boxeur qui pendant nombre d’années avait été constamment vainqueur, et qui du premier coup fut mis hors de combat pour avoir négligé de se préparer par l’entraînement.
Avant de se soumettre au régime, un boxeur pesait, par exemple, soixante-dix kilogrammes; au bout de quelques jours, il n’en pèse que soixante, et peu de temps après il en pèse de nouveau soixante-dix, plus ou moins, selon son organisation ; c’est par des purgatifs, parles sueurs et la diète qu’on opère la soustraction ; c’est par un exercice gradué, régulier, une alimentation ap-
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propriée, esseniiollemenl azotée, qu’on répare les perles.
La mélliode consiste k retrancher les maumises chairs cl en Jaire de neuves^ plus fermes^ plus saines.
T.a déperdition est plus grande dans les premiers jours que dans les subséquents.
Influence des engrais sur les végétaux. ■— Si l’influence de l’homme sur la matière animale est puissante, elle n’est pas moins grande sur la matière végétale. L’habile jardinier, par certaines pratiques, change les branches en racines, les étamines en pétales, le bourgeon à fruit en bourgeon à fenilles, et vice versa; par une taille bien faite, il dirige la sève dans une branche au détriment d’une autre, augmente ainsi le nombre et le volume des fruits, et par la nature de l’engrais modifie la qualité.
Ce que nous avons dit des effets de ralimentation pour les animaux, nous le dirons pour les végétaux. La vie ne s’entretient dans les plantes qu’à la condition de recevoir de la sève, et la qualité de la sève exerce sur la plante la plus grande influence.
Le grain de blé jeté dans une terre sans fumier germera, grandira, mais produira une paille souple, sans épi, bonne à faire des chapeaux ou des liens.
Si la terre a été préparée et fumée avec du fumier contenant du carbone et peu d’azote, avec du fumier de bœuf, etc., les feuilles seront vertes, larges, la lige forte, vigoureuse, mais peu résistante; elle se couchera facilement; il y aura un épi et du grain, mais dans ce grain beaucoup d’amidon et peu de gluten.
Si, au contraire, la terre a reçu du fumier azoté.
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dn fumier de cheval, de mouton, de pigeon, la tige sera vigoureuse, forte, résistante, et le grain renfermera d’autant plus de gluten, plus de fibrine 'végétale^ que le principe azoté s’y trouvera en plus grande quantité.
En retranchant de certaines plantes l’azote qui leur est nécessaire, on donne lieu artiliciellement à des exsudations de mannite, de gomme, de sucre, toutes substances non azotées, qui sont excrétées par les racines, l’écorce ou les feuilles.
On sait que les céréales, et surtout les plantes oléagineuses, dégraissent profondément le sol; que c’est à l’époque de la formation du grain que la soustraction du carbone et de l’azote est le plus considérable.
Nous voyons à cette époque la sève se porter à l’épi, la tige se dessécher, se réduire à la partie ligneuse.
Incontestablement la quantité, la nature des engrais exercent la plus grande influence sur la plante, sur le volume et la qualité des fruits.
Vous comprenez toute la différence qui doit exister, au point de vue de l’alimentation des animaux, entre l’herbe arrosée avec de l’eau pure et l’herbe arrosée avec de l’eau contenant des principes azotés, ammoniacaux, avec de l’urée;
Entre l’herbè qui vient sur la montagne et celle que fournit un terrain marécageux ;
Entre du foin coupé avant la formation de la graine, lorsque la tige est encore chargée de carbone, ou du foin coupé, comme on le dit vulgairement, à l’état de maturité, c’est-à-dire lorsqu’il ne reste dans la tige que du ligneux.
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Vous voyez toutes les ressources que la vulgarisation de ces notions simples et faciles peut fournir à l’hygiène générale, à la production agricole, végétale et animale.
Vous voyez que, dans le végétal comme dans l’animal, la vie ne s’entretient qu’à la condition que chaque molécule organique recevra de la sève ou du sang, et que c’est dans le liquide vivifiant que la molécule trouve les principes nécessaires à son entretien et à son développement.
Toutefois il y a entre les végétaux et les animaux celte énorme différence.
Dans le végétal, l’élément constitutif, le carboné, une fois fixé dans la lige, s’y retrouvera dans des siècles, et chaque jour une nouvelle couche, s’ajoutant aux couches déjà fixées, lui permet de croître presque indéfiniment.
Pouf l’animal, au contraire, le développement est limité, l’élément assimilable fixé, après un temps assez court, est pris par le torrent de la circulation^ emporté et remplacé. Dans la molécule organique animale il se fait un échange continuel d’où il résulte que l’animal d’hier n’est pas celui d’aujourd’hui, qu’il ne reste de lui que la forme.
Des expériences très-curieuses et très-concluantes démontrent que cette transmutation se fait avec une assez grande rapidité, et, quoiqu’il soit impossible de rien préciser sur le temps nécessaire pour cette opération, on sait qu’elle se fait plus rapidement dans les jeunes sujets que dans les vieux, dans les parties molles que
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dans les parties dures, vingt-quatre heures suffisent pour changer la couleur des os d’un jeune pigeon auquel on fait avaler de la garance.
Après vous avoir démontré que chaque molécule organique vit et fonctionne, et que la vie ne s’y entretient qu’à la condition de recevoir du sang, il me reste à vous dire qu’elle ne fonctionne qu’à la condition de recevoir l’influx nerveux qui lui est transmis par des nerfs : c’est ce que nous vous démontrerons dans notre prochaine séance.