‹ Leçons élémentaires d'anatomie et de physiologie humaine et comparéeChapitre 6 sur 79 · LES SENS · texte numérisé non relu

LES SENS

Du toucher. — Si nous supposons que les nerfs se ramifient à l’infini dans la peau qui recouvre tout le corps, à la manière de la soie dans le velours, il nous sera facile de comprendre qu’une impression produite sur ces nerfs, quelque faible qu’elle soit, doit nécessai^ renient être transmise au cerveau ; de là le loucher^ •d’autant plus parfait que les filaments nerveux seront plus rapprochés les uns des autres, que la peau qui les recouvre sera plus mince.

Du g-oût. — En examinant la disposition de la langue, et les cordons nerveux qui s’épanouissent dans la peau qui la recouvre, nous verrons comment des parcelles savoureuses , mises en rapport avec les papilles nerveuses, déterminent une impression qui est rapportée au cerveau, analysée, appréciée et reconnue pour être la saveur à laquelle on donne le nom acide, à'amer, de sucré, etc., ce qui constitue le sens que Ton appelle

Gomme pour le toucher, cette appréciation sera d’au-

introduction.

tant plus parfaite que les filaments nerveux seront plus multipliés et que la peau qui les recouvre sera plus mince.

De Forlorat, — Il en sera de même de \odorat : en voyant le cordon nerveux appelé nerf olfactif se ramifier à l’infini dans la peau qui tapisse les fosses nasales, vous comprendrez que si l’air qui les traverse est chargé de quelques parcelles odorantes, ces parcelles rencontreront des filets nerveux, produiront une impression qui sera transmise au cerveau, et reconnue pour être l’odeur à laquelle on donne le nom de musc, de camphre, de rose, etc.

Vous remarquerez que, pour donner plus d’ampleur à la membrane muqueuse, dans laquelle s’épanouissent les filets nerveux, pour augmenter la surface tactile, le Créateur a placé dans les fosses nasales un appareil composé de lames osseuses, sur lesquelles se développe cette membrane appelée pituitaire. Ces lames, auxquelles on donne le nom de cornets, parce qu’elles en ont la forme, sont percées de myriades de petites ouvertures par lesquelles passent les nerfs.

Plus les lames osseuses présenteront de développement, plus elles seront rapprochées les unes des autres, plus il y aura de chance pour que la parcelle odorante rencontre des filets nerveux ; et nous dirons encore, comme pour les autres sens, que plus les filets nerveux seront multipliés, que plus la peau qui les recouvre sera mince, plus \odorat sera parfait.

De la vision. — Pour la vision nous trouverons, comme pour les autres sens, un faisceau nerveux, le

INTRODUCTION

nerf opiiqae, qui s’épanouit pour présenter la plus large surface à l’action des corps extérieurs, c’est-à-dire de la lumière; et un appareil propre à supporter l’épanouissement et à lui donner le plus d’étendue possible.

Le nerf optique, composé d’un grand nombre de filaments, se dirige du cerveau vers le globe de l’œil, dans lequel il pénètre en s’y divisant à l’infini.

Dans l’œil des insectes, les filaments nerveux disposés en pinceau, à la manière des soies d’une brosse, constituent les yeux multiples des insectes, c’est-à-dire que chaque filament forme un œil isolé.

Rétine. —Dans l’homme et les animaux vertébrés, les fibrilles qui composent ce nerf, arrivées dans l’intérieur de l’œil, se placent à côté les unes des autres, forment une espèce de membrane à laquelle on donne le nom de rétine.

Corps vitré. —- Pour soutenir cette membrane, nous trouvons au centre de l’œil un corps de forme sphéroïdale, auquel on donne le nom de corps vitré. Ce corps, parfaitement transparent, assez consistant, ressemble pour la forme à une sphère dont on aurait retranché le cinquième antérieur.

Choroïde. — Pour garantir la pulpe nerveuse des corps extérieurs et absorber les rayons lumineux, nous trouvous, au-dessus de la rétine, la choroïde, membrane recouverte d’un enduit noir, percée d’un trou à sa partie postérieure pour donner passage au nerf optique, et présentant à sa partie antérieure une autre ouverture qui donne passage aux rayons lumineux. C’est la pupille.

INTRODUCTION

Pupille. — On appelle pupille roiiverture qui forme le point noir qu’on remarque à la partie centrale de l’œil, ouverture circonscrite par Xiris. '

[pis. -r— Au pourtour de la pupille, on remarque un anneau dont la couleur, variable selon les sujets, constitue les yeux bleus, gris, noirs, jaunes, etc., c’est ViriSi qui semble confondu avec la choroïde, et qui cependant forme une partie parfaitement distincte par sa texture et ses usages.

Sclérotique. — Au-dessus de la choroïde nous trouvons une troisième enveloppe, que l’on désigne sous le nom de sclérotique. On appelle sclérotique toute la partie blanche de l’œil. Elle est percée d’un trou à sa partie postérieure, pour permettre au nerf optique de communiquer avec le cerveau ; par sa partie antérieure elle est transparente.

Cornée. —. Toute la partie transparente a reçu le nom de cornée transparente., par opposition à la partie blanche, que l’on appelle cornée opaque.

La cornée semble enchâssée dans la sclérotique à la manière d’un verre de montre dans son boîtier; les -quatre cinquièmes postérieurs de la sclérotique sont blancs, fibreux, résistants; osseux même sur certains animaux ; ils donnent attache à des muscles.

Muscles moteurs de tœil. — Six muscles placés dans l’orbite s’implantent d’une part au fond de cette cavité, et d’autre part sur la sclérotique; par leur contraction, ils portent l’œil en haut, en bas, en dehors, en dedans, et dirigent ainsi l’axe visuel vers les objets que nous voulons voir.

INTRODUCTION

Lorsque nous nous occuperons de la vision, nous vous dirons comment les rayons lumineux, traversant la cornée, la pupille^ le corps vitré, arrivent sur la rétine et produisent une impression qui est rapportée au cerveau.

Cristallin. —Mais, pour que la vision soit nette, il ne suffit pas que les rayons lumineux arrivent sur la rétine, il faut qu’ils y arrivent réunis en faisceau; de là, la nécessité du cristallin, corps de forme lenticulaire parfaitement transparent, qui se trouve placé derrière la pupille, au-devant du corps vitré, et qui doit nécessairement être traversé par les rayons lumineux qui arrivent au nerf optique. Si le cristallin est trop épais, il concentre les rayons lumineux trop tôt, et nous sommes myopes^ c’est-à-dire obligés de rapprocher les objets; s’il n’est pas assez épais, il les concentre trop tard, et nous sommes presbytes, c’est-à-dire obligés d’éloigner les objets; s’il perd sa transparence, s’il devient opaque, les rayons lumineux ne peuvent plus le traverser, nous sommes areiigles : c’est ce qui arrive dans la cataracte.

Dans une autre séance, nous reviendrons sur ce sujet difficile et important.

Audition. — Pour le toucher, le goût, Vodorat, la vision, nous avons vu que la pulpe nerv-euse s’épanouit de manière à présenter la plus large surface possible à l’action des corps extérieurs. Nous avons compris que tous les sens se réduisent au toucher; que l’appareil sensitif, l’appareil nerveux, a été modifié, approprié aux besoins. Pour l’audition nous verrons, comme pour les

INTUOnüGTfON.

autres sens, un cordon nerveux, appelé nerf auditif ow acoustique^ s’épanouir pour présenter la plus large surface possible à l’impression des agents extérieurs, c’està-dire des ondes sonores.

Du son. — Les physiciens nous apprennent que l’intensité du son est en raison du nombre des vibrations, c’est-à-dire du choc des molécules de l’air.

Ils. nous démontrent qu’une corde de violon qui vibre moins de trente et une fois dans l’espace d’une seconde ne fait entendre aucun bruit; que si elle vibre plus de trente fois on entend un bruit, mais que l’on ne peut définir : ce n’est que lorsque la corde vibre deux cents fois par seconde que l’oreille peut définir ce bruit auquel on est convenu de donner le nom iVut. Si, au lieu de vibrer deux cents fois, la corde vibre trois cents, quatre cents, cinq cents, six cents, sept cents fois par seconde, nous disons : ut, ré, mi, ja.^ sol, etc.; et ainsi se forment l’octave et plusieurs octaves, selon le nombre des vibrations. M. le professeur Despretz admet que certaines oreilles d’élite peuvent apprécier les différences de son jusqu’à soixante-dix-sept mille vibrations par seconde.

Dans quelle condition fallait-il placer les divisions nérveuses pour qu’elles pussent être impressionnées, ou plutôt pour qu’elles pussent permettre au cerveau de compter le nombre des vibrations?...

Quel sera l’appareil qui soutiendra l’épanouissement des filets nerveux ?

Les filaments nerveux auraient pu s’épanouir sur la tête à la manière des cheveux; les molécules de l’air

liNTRODLflïION.

ébranlées auraient heurté ces filaments cent, deux cents, trois cents, mille fois par seconde, et des impressions différentes eussent été rapportées au cerveau.

Mais ces filaments si minces, si délicats, exposés à l’air, eussent été bientôt hors de service, anéantis; il a donc fallu les mettre à l’abri de toutes les causes de destruction : de là, la nécessité de l'oreille interne.

Oreille interne. — On appelle oreille interne ou labyrinthe des conduits ou canaux d’une très-petite dimension, logés à la base du crâne, dans une masse osseuse appelée rocher.

Canaux demi-circulaires. — Trois de ces canaux, repliés sur eux-mêmes, disposés en demi-cercle, ont reçu le nom de canaux demi-circulai res.

Limaçon. — A ces trois canaux il faut ajouter un autre canal roulé en spirale, que l’on appelle limaçon.

Vestibule. — Les trois canaux demi-circulaires et le limaçon communiquent les uns avec les autres par une espèce d’ampoule, de renflement, auquel on donne le nom de 'vestibule.

Liquide de Cotugno .— Les canaux demi-circulaires, le limaçon, le vestibule sont remplis d’eau; cette eau a reçu le nom de liquide de Cotugno.

C’est dans cette eau que s’épanouit, par des myriades de filaments, la pulpe nerveuse qui y est comme tenue en suspension.

Osseux dans toute leur étendue, ces canaux sont en rapport avec l’air extérieur par deux petites ouvertures, fermées par une membrane mince assez résistante pour s’opposer à l’écoulement de l’eau, et assez élastique

INTRODUCTION

pour permettre aux ondes extérieures d’agir sur le liquide de Cotugno. De ces ouvertures, Tune a reçu le nom fenêtre omle, et l’autre fenêtre ronde.

Supposez maintenant l’eau ébranlée, les molécules d’eau se heurteront les unes les autres, et heurteront à la fois les filaments tenus en suspension dans le liquide ; il en résultera des impressions différentes, selon le nombre des chocs ou vibrations.

Plus il y aura de molécules d’eau, plus il y aura de filaments nerveux, c’est-à-dire plus le labyrinthe présehtera d’étendue, plus le nombre de vibrations sera grand.

Lorsque nous traiterons à fond le phénomène de l’audition, nous vous en décrirons le mécanisme. Nous vous montrerons le pavillon de l’oreille dirigeant dans le conduit acoustique lès ondes sonores, la membrane du tympan recevant ces ondes, la chaîne des osselets transmettant l’ébranlement produit par les ondes sonores au liquide de Cotugno, et aux filaments nerveux qui nagent dans ce liquide; nous vous dirons l’importance que l’on doit attacher à la fenêtre ronde, à la fenêtre ovale, aux canaux membraneux, à l’endolymphe, à la périlymphe, à la trompe d’Eustache, à la double rampe du limaçon, à l’infundibulum, à l’air contenu dans l’oreille moyenne, détails -qui ont été vus et décrits avec le plus grand soin dans tous les livres anciens et modernes, mais dont personne jusqu’alors n^a indiqué les usages. Aujourd’hui je n’ai voulu que vous donner un aperçu de cette importante et difficile fonction.

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