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PIED

Le pied doit être l’objet d’une attention toute particulière.

Le meilleur cheval qui a de mauvais pieds est un animal sans valeur.

Pour comprendre le mécanisme du pied, poür se faire une juste idée des altérations dont il peut être le siège, il est indispensable d’en bien connaître la composition.

Dans le cheval , chaque membre se termine par un seul doigt qui repose sur le sol par son extrémité.

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Comme celui des autres animaux, le doigt est composé de trois os ou phalanges qui en forment la charpente, de tendons qui transmettent les mouvements, d’artères, de veines, de nerfs qui s’y ramifient à l’infini.

Pour garantir toutes ces parties du contact des corps extérieurs, éviter les lésions qui en résulteraient nécessairement, on trouve le sabot ^ espèce de boîte cornée qui enveloppe le tout.

Pour éviter la compression des parties molles placées entre le sabot et l’os du pied, pour éviter ce qui arrive à l’homme dont le pied est renfermé dans une chaussure trop dure, on trouve dans le sabot du cheval une seconde enveloppe composée d’un tissu mou élastique, que l’on désigne sous le nom de chair cannelée ^ de tissu feuilleté, de tissu podophylleux, qui a la forme du sabot et remplit les fonctions d’un véritable chausson.

Pour éviter l’usure qui résulterait nécessairement du frottement de la chair cannelée contre le sabot, on remarque une série de feuillets, de plis placés de champ les uns à côté des autres, qui se dirigent du bord supérieur au bord inférieur, et s’engrènent dans des cannelures correspondantes que l’on remarque sur la face interne du sabot.

Pour empêcher le pied de descendre dans le fond du sabot et d’y séjourner, on trouve sur les parties latérales, entre le pied et la boîte cornée, un tissu fihrocartilagineux, mou, élastique,^ qui, selon nous, remplit les fonctions d’un ressort.

Si le poids du corps pèse sur le membre, le pied s’enfonce dans le sabot ; dès que le poids cesse d’agir,

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le cartilage, par son élasticité, réagit en repoussant en sens inverse le sabot et le pied : de là un mouvement imperceptible continu de va-et-vient, qui donne aux vaisseaux le temps d’opérer la circulation, c’est-à-dire de faire passer le sang des artères dans les veines.

Si l’animal est soumis à un exercice prolongé, s’il est surmené, l’élasticité du cartilage est anéanti; le pied reste enfoncé dans le sabot; les vaisseaux sont comprimés, la circulation s’arrête; il y a foiirbure, inflammation du tissu réticulaire qui compose la chair cannelée.

La fourbure par un arrêt de circulation peut être déterminée par des causes diamétralement opposées :

Soit parce que l’animal a été surmené, comme nous venons de le dire ;

Soit parce qu’il est resté trop longtemps dans l’immobilité, s’est endormi sur ses jambes : le pied est descendu dans le fond du sabot, a comprimé les vaisseaux;

Soit parce que l’animal , soumis à un régime trop nutritif, fait trop de sang, comme cela arrive souvent dans les régiments en campagne à la suite d’une razzia, ou dans l’écurie, lorsque le cheval , rompant sa longe, trouve le magasin à avoine; alors se fait une congestion du pied, c’est-à-dire que les vaisseaux, trop distendus, s’engorgent, s’obstruent, et rendent le passage du sang à travers les capillaires impossible (1).

Outre toutes les parties que nous venons d’énumé-

(i) La théorie de la fourbure que nous émettons ici n’a pas encore reçu la sanction de la science.

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rer, on trouve dans le sabot le coussinet plantaire^ tissu très-élastique, composé de fibres très-résistantes, entrecroisées dans tous les sens, dans les mailles duquel est renfermée de la graisse : ce coussinet, placé au-dessus et derrière le doigt du pied, est manifestement destiné à amortir le choc et à augmenter la surface par laquelle la phalange, repose sur le sol.

Sabot. — Cette boîte cornée, formée d’une seule pièce en apparence, est composée de trois.pièces distinctes qui sont la parole la solc^ la fourchette.

La paroi ou inuraiLle forme le pourtour du sabot; elle représente une portion de cylindre creux dans lequel se trouve renfermé le pied.

Au lieu de présenter un cylindre régulier, la partie postérieure de cette muraille se replie en dedans, disposition qui permet au pied de s’élargir sans exposer la paroi à des déchirures qui eussent été inévitables si l’anneau eut été régulier et complet.

Ce repli constitue ce qu’on appelle les talons et les bares.

La A-o/e, espèce de plaque cornée disposée en voûte, sur laquelle repose le pied, ferme l’espace compris entre les parois de la muraille et le repli formé par sa réflexion.

Fourchette. Dans l’angle rentrant formé par le repli de la muraille, c’est-à-dire entre les talons, se place la fourchette, véritable coin , composé d’une substance flexible, molle, consistante, qui, par son élasticité, agit à la manière d’un morceau de caoutchouc.

Sous la pression du pied, la fourchette s’écrase^

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c’est-à-dire se laisse déprimer , gagne en largeur ce qu’elle perd en hauteur, et agrandit d’autant la belle dans laquelle est renfermé le pied ; dès que la pression cesse, elle reprend sa forme.

Périople. — De la partie postérieure de la fourchette part une bande circulaire, appelée périople, qui entoure le bord supérieur de la muraille, et paraît avoir pour usage de contribuer à maintenir la fourchette en position.

Maintenant que nous connaissons les différentes parties qui entrent dans la composition du pied, il nous sera facile de nous rendre compte des conséquences qui résultent de leur bonne ou mauvaise conformation cl de leurs lésions, et de ce qui doit arriver si le sabot est trop petit, si la voûte que présente la sole n’est pas assez bombée , si la fourchette est trop ou pas assez volumineuse, trop dure ou trop molle , et combien est absurde la pratique de certains maréchaux qui la taillent et en diminuent le volume;

De nous rendre compte de l’effet que doit produire Vognon, exostose développée sur la surface plantaire, du dernier phalangien, entre l’os et le tissu réticulairef bléime ^ contusion de la sole; \ai séime, fente qui s’étend du bord supérieur au bord inférieur de la muraille, en suivant les fibres de la corne ;

De ce qui doit arriver si les talons sont trop haut, ou trop bas, ou trop serrés, etc. ; si la corne dans laquelle on enfonce les clous qui fixent le fer est trop molle ou trop sèche, ou rognée de trop près; ou lorsque le clou,

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au lieu de sortir par la face externe de la paroi, pénètre dans les parties vives, etc., etc.

Ag-e. — Pour l’appréciation de Vdge du cheval, les dents fournissent les indices les plus sûrs.

Ces dents sont au nombre de trente-six à quarante, vingt pour chaque mâchoire; on les distingue en incisives, crochets et molaires.

C’est sur les incisives que doit se fixer l’attention, et plus particulièrement sur celles de la mâchoire inférieure, les autres dents ne pouvant fournir que des renseignements incertains.

Une connaissance parfaite de la forme des incisives, de leur structure et des changements qu’elles éprouvent depuis l’époque de leur formation jusqu’à l’âge le plus avancé, est indispensable.

Les incisives sont placées à l’extrémité antérieure de chaque mâchoire; elles sont au nombre de six, trois de chaque côté; on les désigne sous les noms de pince ^ de mitoyenne^ de coin.

Si l’on fend une dent incisive dans le sens de sa longueur, on remarque :

Qu’elle est composée de deux substances: l’une, appelée en forme la couche externe; l’autre, appelée éburnée ou constitue la substance cen¬

trale ;

2“ Qu’elle présente deux cavités ou cornets : la cavité dentaire, correspondant à la racine dans laquelle se trouvent les vaisseaux et les nerfs; le cornet dentaire, qui correspond à la couronne résultant de la réflexion de l’émail ;

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3° Que ces deux cavités ou cônes s’entrecroisent vers le milieu de la dent.

Dans le principe, la dent, ou plutôt le germe encore renfermé dans l’alvéole, apparaît sous forme d’un corps recouvert d’une pellicule mince. Avec l’âge ce germe se développe, prend de la consistance, s’allonge et forme un véritable cône, dont une partie reste enfermée dans l’alvéole : c’est la racine; l’autre fait saillie au dehors, perce la gencive : c’est la couronne.

Arrivée à son complet développement, la longueur de la dent est d’environ soixante-dix millimètres, et décrit une portion de cercle dont la convexité est tournée en avant. Le cône qu’elle représente n’est pas régulier : dans sa partie la plus large, c’est-à-dire à la couronne, il est aplati d’avant en arrière, rond à l’union de son tiers moyen avec le tiers supérieur, triangulaire vers son tiers inférieur, et aplati de dedans en dehors à son extré» mité inférieure ou racine.

Avec l’âge, par un mouvement lent et progressif, la dent est expulsée de l’alvéole à raison de deux millimètres environ chaque année : par son frottement, l’extrémité libre, c’est-à-dire la couronne, s’use dans une proportion à peu près égale, ce qui la fait paraître toujours de la même longueur.

II en résulte que la surface de la dent, que l’on appelle table (1), varie selon le degré d’usure, et cette différence

(i) Surface par laquelle les dents de la mâchoire inférieure et supérieure se touchent.

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de forme sert de base pour apprécier l’âge depuis cinq ans jusqu’à l’age le plus avancé. Avant cinq ans, celte connaissance est basée sur Téruption des dents.

Il y a deux dentitions ou éruptions : l’une fournit les dents de lait ou caduques ; l’autre, les dents de cheval ou de remplacement.

Celles de la première dentition servent de base pour la connaissance de l’âge depuis le moment de la naissance jusqu’à deux ans; celles de la deuxième, de deux jusqu’à cinq ans.

Première dentition. Sur la mâchoire du poulain nouvellement né on n’aperçoit encore que la pointe des incisives.

De trois à six mois, les pinces prennent tout leur développement, les mitoyennes font éruption, s’allongent, arrivent au niveau des incisives ; l’émail qui recouvre le bord du cornet dentaire est encore vierge.

De six mois à un an, se fait réroplion des coins; l’émail qui recouvre le bord du cornet dentaire des incisives et des mitoyennes est plus ou moins usé, celui des coins est encore vierge.

De un à deux ans, la couronne de' la dent s’use, le cornet dentaire disparaît d’abord à la pince, puis à la mitoyenne; les coins ne sont plus vierges, les dents et surtout les incisives sont déchaussées.^

Deuxième dentition. A deux ans et demi, les pinces de lait tombent.

Alroisans, elles sont remplacées par les dents de cheval.

A trois ans et demi tombent les mitoyennes; à quatre ans elles sont remplacées.

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A quatre ans et demi tombent les coins ; à cinq ans • ils sont remplacés.

Dans cette période de trois à cinq ans, la table des dents présente de notables différences. A sa sortie de l’alvéole, elle est vierge, c’est-à-dire que l’émail qui se réfléchit pour former le cône dentaire est encore intact, que les bords qui limitent ce cône sont tranchants, et le bord labial est plus élevé que le bord lingual. '

Par l’exercice ces bords s’usent, arrivent au même niveau; la couronne perdrait de sa longueur si elle n’était suppléée par la racine qui est continuellement chassée, comme nous l’avons dit. Celte usure est plus considérable sur les incisives que sur les mitoyennes, et plus sur les mitoyennes que sur les coins; le cône dentaire, très-évasé primitivement, devient de plus en plus étroit.

De cinq à six ans apparaissent les crochets ou dents canines-

A six ans, les coins présentent un commencement d’usure sur le bord labial seulement.

A sept ans, le bord buccal des coins est également usé, et l’entonnoir représenté par lé cône dentaire sensiblement diminué.

A huit ans, le cône dentaire est considérablement réduit. On remarque sur les coins de la mâchoire supérieure, en arrière de la dent, un prolongement que l’on est convenu d’appeler queue cf hirondelle, qui résulte du défaut de rapport et de l’irrégularité d’usure entre le coin de la mâchoire supérieure et celui de la mâchoire inférieure.

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A neuf ans, le cône dentaire du coin a presque complètement disparu, la queue dhirondelle est ordinairement plus prononcée (1).

Dans cette période de cinq à neuf, Tattention doit non-seulement se porter sur les différents degrés d’usure que présente le coin, mais encore sur toutes les incisives : la mitoyenne, qui s’use de plus en plus, au lieu d’être large et aplatie d’avant en arrière, est devenue ronde; le cône dentaire a disparu, il n’en reste que le sommet : entre ce sommet et le bord labial de l’incisive, on commence à apercevoir le sommet de la cavité dentaire qui se présente sous l’apparence d’une tache jaune appelée étoile radicale ou étoile dentaire.

A dix, onze et douze ans, les incisives d’abord, puis les mitoyennes, et enfin les coins, prennent une forme arrondie ; il ne reste du cornet dentaire que peu ou point de trace, Xétoile dentaire devient progressivement de plus en plus marquée sur chaque dent.

Par l’usure, la dent, arrivée à peu près à moitié de sa longueur^ a perdu la forme d’un croissant; la pointe de la dent, au lieu de se porter en haut, est dirigée en avant, ce qui donne à la mâchoire une conformation toute particulière qui devient de plus en plus prononcée avec l’âge.

Triangularité. A treize, quatorze et quinze ans, les pinces, les mitoyennes, les coins, deviennent

(I) Cette disposition est subordonnée à la manière dont les dents se rencontrent.

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laires; l’étoile dentaire s’arrondit, occupe le milieu de la table.

De seize à dix-neuf ans, rétrécissement du diamètre transversal des pinces; direction des dents de plus en plus prononcée en avant.

De vingt à trente ans, ces caractères deviennent de plus en plus prononcés ; les dents sont aplaties transversalement.

(^Biangidarité). De trente à quarante, il ne reste de chaque dent que la racine plus ou moins fixée et toujours très-ra p prochée.

Cheval hégu. Soit que certains chevaux aient l’émail dés dents plus dur que d'autres, soit que le frottement d’une mâchoire sur l’autre s’exerce incomplètement, on trouve des chevaux arrivés même à un âge avancé sur lesquels les dents et le cornet dentaire sont restés presque intacts. On dit le cheval bégu d’une ou plusieurs dents; un cheval de seize ans peut n’en marquer que sept ou huit, mais on évitera l’erreur si on tient compte de la longueur de la dent.

Faux bégu. Si le sommet du cône dentaire seulement persiste au delà du terme ordinaire/ c’est-à-dire au delà de douze ans, on dit le chevfil faux~bégu.

Mal denté. Lorsque les mâchoires ne se rencontrent qu’imparfailement, qu’une portion de la dent seulement est en rapport avec celle à laquelle elle correspond, une partie de la dent s’use et l’autre partie continue à pousser; le cheval n’est qu’à moitié mal denté.

Mâchoire vieillie. Assez généralement les éleveurs sont dans Tusage d’arracher au jeune cheval les coins

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dès que les mitoyennes ont commencé à pousser, avec rintention de vendre pour quatre ans et demi un cheval qui n’a réellement que trois ans.

Nous éviterons la ruse si nous nous rappelons qu’à quatre ans et demi les mitoyennes ont atteint le niveau des incisives et perdu tant soit peu de leur virginité.

Mâchoire rajeunie. On dit que les maquignons,, dans le but de rajeunir un cheval, lui coupent les dents^ et avec un burin simulent un reste de cornet dentaire, avec l’intention de faire passer pour huit ou neuf ans un cheval qui en a douze ou quinze. Avec un peu d’attention on évitera encore la ruse.

Malgré l’importance que l’on doit attacher à chacun des caractères que nous avons indiqués, il ne faut pas s’arrêter exclusivement à un seul, il faut les consulter tous, et nous ajouterons que le plus sûr moyen d’accoutumer l’œil à saisir dans une courte et rapide inspection ces différences, souvent si peu apparentes, qui doivent servir de base à notre jugement, serait d’avoir constamment à notre disposition une collection de mâchoires naturelles de tous les âges, collection difficile à se procurer, et à laquelle nous croyons pouvoir suppléer par notre collection de mâchoires artificielles (1).

(1) Pour les personnes qui voudront avoir sur les aplombs, sur les tares^ sur la disposition du pied, sur la formation, la texture, Forganisation et Fusure des dents du cheval, des détails plus étendus, nous les invitons à se procurer :

Un excellent ouvrage intitulé : De la conformation du cheval suivant les lois de la physiologie et de la mécanique, par M. Ri-

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chard, médecin vétérinaire, docteur en médecine', ancien professeur et directeur de l’École des haras ;

Le Traité de l’âge du cheval, par N. F. Girard ;

Le Traité de l’organisation du pied du cheval , accompagné de 34 pjanches, par H. Bouley, professeur de clinique et de chirurgie à l’École vétérinaire d’Alfort ;

Le Traité de l’extérieur du cheval, par F. Lecoq, professeur et directeur de l’École vétérinaire de Lyon ;

Le Cours d’hippiatrique à l'usage des officiers, par le général Jacquemin ; tout petit volume in-32, dans lequel se trouve un excellent résumé de ce qui a été publié jusqu’à ce jour :

Ouvrages qui laissent peu de chose à désirer sur cette matière, et qui nous ont été d’une grande utilité.

TABLE DES MATIÈRES

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