‹ Leçons élementaires de chimieChapitre 172 sur 284 · XYI* LEÇON. — FACULTÉ DE DÉCOLORATION · texte numérisé non relu

XYI* LEÇON. — FACULTÉ DE DÉCOLORATION

des mêmes gaz, on arrive à ce résultat inattendu que la première est plus grande que la seconde (Favre et Silbermann.)

Ainsi la chaleur maximum dégagée par Tabsorption de 1 gramme d'acide sulfureux ou de protoxyde d'azote dépasse de beaucoup la chaleur de liquéfaction d'un poids égal du même gaz. Exemple :

de liquéfacfion. d'absorption.

Acide sulfureux 88,3 150,1

Protoxyde d'aiote 100,6 148,3

Acide carbonique (pour se solidifier) 138,7 ...... 148,8

Cette circonstance pourrait faire penser que l'affinité intervient dans le phénomène, et continue à augmenter la sonmie de Teffet thermique ; mais il n'en.est rien, car lorsqu'on fait absorber des gaz jusqu'à saturation, la chaleur dégagée est toujours proportionnelle au volume absorbé ; mais si l'on se borne à ne faire absorber, par exemple, qu'une fraction de volume qui correspond à l'absorption maximum, on obtient un effet calorifique supérieur à celui qui correspond à l'état de saturation du charbon.

Ce résultat semble indiquer que l'effet thermique n'est pas dû à l'affinité, mais à une action de surface, ou, si Ton veut, à la capillarité.]

237. Conséquences pratiques de la faculté d'absorption du charbon. — a. Décoloration, — Maintenant que nous sommes convaincus de la faculté de condensation du charbon, passons à ses conséquences pratiques ; et comme elles se manifestent d'une manière aussi remarquable qu'utile, surtout dans le charbon, animal, ce sera cette espèce qui servira à nos démonstrations. Si l'on agite de la teinture de tournesol ou môme du vin rouge avec un peu de charbon animal, et puis qu'on jette les mélanges sur un filtre, les liqueurs passeront incolores. Voilà pourquoi cette espèce de charbon joue un si grand rôle dans les raffineries de sucre et dans les laboratoires. Le sucre, de môme que la plus grande partie des substances tirées des plantes, est toujours accompagné de matières colorantes qui en altèrent la pureté et en empochent la cristallisation. Lorsqu'on en sera à Fétudé du sucre, on verra tous les avantages que rinduslrie sucrière a tirés de la propriété décolorante du charbon.

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6. Bésinfection. — Introduisons dans de l'eau de mare qui commence à sentir les œufs pourris et possède tous les caractères de la corruption, une certaine quantité de charbon animal ; filtrons après avoir agité pendant quelques instants ; elle passera limpide et inodore. Si on Tavait laissée plus longtemps en contact avec le charbon animal, et si, après l'avoir filtrée, on l'avait agitée afin de Taérer, on aurait pu la boire sans aucun inconvénient. Ce fait explique l'emploi des matières charbonneuses dans la fabrication du noir animalisé. Cette substance, dont l'agriculture fait une igrande consommation, est un mélange de matières fécales et de terreau calciné. Le terreau renferme beaucoup de matière végétale : par la calcination en vase clos il se transforme en une terre absorbante qui, contenant du charbon, enlève aux matières fécales leur mauvaise odeur et rend très-aisée leur application.

c. Épuration des eaux. — Le charbon révèle sa faculté absorbante non-seulement parce qu'il désinfecte et décolore, mais aussi parce qu'il enlève souvent à l'eau les substances qui y sont dissoutes..

On possède un nombre considérable d'observations dont plusieurs datent de la fin du dernier siècle, qui démontrent que le charbon a la propriété d'absorber, le plus souvent sans les altérer, une multitude de sels métaliques, et même beaucoup de principes amers végétaux dissous dans les eaux. L'on a fondé là-dessus des procédés pour en isoler quelques-uns *. On sait aujourd'hui, par exemple, que l'on peut enlever complètement, à l'aide dti charbon, tout l'acétate de plomb, tout le bichlorure de mercure (sublimé corrosif), tout Tacétate de cuivre (ver de t), tout le sulfate de cuivre (couperose bleue) qui se trouvent en dissolution dans Teau, et que Ton peut ençuite soustraire au charbon ces substances sans qu'elles aient perdu aucune de leurs qualités. A l'aide-du charbon, on peut enlever l'amertume à une décoction de quinquina, d'absinthe et d'autres plantes amères, qui perdent par cela môme leurs propriétés médicinales; mais, en revanche, on pourra isoler les principes qu'on leur aura enlevés, en soumettant le charbon, qui en est imprégné, à l'action d'un liquide bouillant doué de la faculté de les dissoudre.

238. Modifications du charbon dépendant de la faculté d'absorption. — C'est encore à la faculté d'absorption qu'est

* Voir un travail de M. Esprit, publié dans le Journal de pharmacie et de chimie, t. XV], p. 192-264.

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due Taugmentation de paiib {10 à 'A) p. 100) qu'cpmuie le rliiifbon ordinaire qui reste quelqîu^ temps expose à Tair. Il augmente de poids parce qu'il absorbe et condense la vapeur aqueuse atmosphérique. Une chaleur ménagée lui fait abandonner cette eau; mais par une chaleur intense et brusquement appliquée, il se dégage en outre des gaz combustibles provenant de ce que Teau est décomposée par le charbon incandescent. La haute température dont jouit la flanmie résultant de la combustion de ces gaz (oxyde de carbone et hydrogène) est sans doute la cause pour laquelle les artisans, lorsqu'ils* veulent produire une forte chaleur, préfèrent le charbon qui a séjourné pendant quelques mois dans l'eau ; mais un pareil charbon ne convient pas pour les usages domestiques , puisque toute la chaleur ;qui est absorbée par rhmnidité qui s'évapore est perdue sans compensation. La propriété qu'a le charbon incandescent de transformer l'eau en gaz combustibles explique pourquoi une faible quantité de ce liquide ranime l'incendie au lieu de l'éteindre..

Point de doute que la porosité ne contribue à rendre le charbon absorbant; toutefois des corps bien plus poreux (le noir de platine, par exemple) ne sont pas doués de- ce pouvoir au môme degré ; en sorte que l'on peut dire que le charbon possède une faculté d'absorption qui se révèle sous l'influeiîce de la porosité sans en être exclusivement la conséquence. Cette faculté se fatigue à la longue et le charbon finit par devenir inerte ; on peut le révivifier un grand nombre de fois par des lavages et par des calcinations : le but de ces opérations est de détruire les matières organiques qui ont obstrué ses pores. Nous parlerons ailleurs des détails de ces opérations.

RIÎSUMÉ.

226. Le diamant est du carbone presque pur» et il est le type des charbons compactes et cristallisés. On peut le préparer artiflciellement, mais réduit à des dimensions microscopiques. ChautTé dans- Pair» il s'oxyde et disparaît ; chauffé dans le vide, il passe à l'état de coke, et, si la clialeur est excessive, à l'état de graphite.

227. Le graphite est du charbon qui, étant dissous dans le fer, se sépare, par refroidissement, sous la forme cristalline. La plombagine est du graphite naturel en lames très-ténues.

228. Le graphite de Brodie est du graphite très-pur et extraordinairement divisé.

229. Le charbon dit métallique se dépose dans l'intérieur des cornues où Ton distille la houille et provient de la décomposition ignée des car-

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bures d'hydrogène. Ce charbon est remarquable par sa grande conductibilité calorique.

250. Le charbon ordinaire est le type des charbons amorphes. Ses propriétés varient suivant Tessence d'où il provient et suivant les circonstances de sa fabrication.

251. Le coke est le résida de la calcination de la houille en vase clos. Sous le même volume, il produit en brûlant plus de chaleur que le charbon de bois.

252. Le noir de fumée est le produit de la combustion incomplète de substances gazeuses carbonées. On le prépare avec de la résine, du goudron, etc.

255. Le charbon animal est un mélange de charbon très-divif^é et da sels terreux. On le prépare en calcinant des os en vase clos.

254. Les charbons cristallisés sont caractérisés par leur fortû densité et par leur impuissance à servir de combustible.

253-256. Les charbons amorphes sont caractérisés généralement par leur facile combustibilité, par leur faible densité et par leur faculté d'absorption .

257-258. La décoloration, la désinfection des eaux par le <!liarbon, sont une conséquence de la faculté d'absorption.

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