LEÇON. — EAU
à la flamme d'hydrogène, observa qu'il s'y déposait des gouttelettes d'eau.
Dans la même année, Warltire fait brûler de l'hydrogène dans de l'air confiné dans une cloche de verre, et il remarque, quand la flamme s'éteint, que presque toute la cloche est remplie d'un nuage blanchâtre; évidemment, ce nuage est de la vapeur d'eau qui se condense.
Au commencement de 1781, le môme physicien s'étant imaginé qu'une étincelle électrique ne pouvait traverser certains mélanges gazeux sans y déterminer quelques changements, fait l'expérience en opérant sur un mélange d'air et d'hydrogène renfermé dans un vase métallique, et il remarque seulement qu'il y a perte de poids. Aussitôt Cavendish répète les expériences de Warltire, ne trouve aucun changement dans le poids, mais dans toutes les expériences il constate la formation d'eau. C'est ainsi qu'il prépare 135 grains d'eau qu'il considère comme étant le résultat de la condensation d'air inflammable (hydrogéné) et 7 d'air ordinaire. Il recommence ces expériences, non pas avec l'air, mais avec le gaz tiré du précipité per se (bioxyde de mercure) c'est-à-dire avec de l'oxygène, et il obtient encore de l'eau; d'où il conclut que si les deux airs (oxygène et hydrogène) étaient bien purs et pris en proportions convenables, ils se condenseraient entièrement.
Dominé par les idées bizarres de la théorie du phlogistique, au lieu de voir dans ces faits la preuve manifeste que Feau est un corps composé d'air vital (oxygène) et d'air inflammable (hydrogène), il en tire la conséquence a que l'air déphlogistiqué est (( seulement de l'eau privée de son phlogistique, et que l'air (( inflammable est de l'eau phlogistiquée. » Ainsi pour lui Tair vital ou l'air déphlogistiqué (oxygène) est une substance simple, tandis que l'air inflammable (hydrogène) et l'eau sont des substances composées.
Le 26 avril t'y 83, Watt, informé par Priestley que le poids de l'eau qui se dépose sur les parois du vase au moment de la détonation de l'oxygène et de l'hydrogène, est la somme du poids de ces deux gaz, lui écrit une lettre où il est dit qu'il se croit autorisé à conclure de cette expérience, que l'eau est composée d'air déphlogistiqué {oxygène) et de phlogistique (hydrogène) privés d'une partie de leur chaleur élémentaire ; que Vair pur ou dé' phlogistique est composé d'eau privée de son phlogistique et unie à la chaleur élémentaire et à la lumière ; que cette lumière y est con-
LEÇON. — SYNTHÈSE DE l'eAU.
tenue à l'état latent^ non sensible au tïiermomètre et à nos sens, et si la lumière est seulement une modification de la chaleur , l'air pur ou dépklogisliqué est composé d*eau privée de snn phlonisoque et unie à la chaleur élémenfairp. Cette lettre fut communiquée à plusieurs membres de la Société royale de Londres, mais elle ne fut lue et publiée qu'en 1784, c'est-à-dire longtemps après le 24 juin 1783. C'est dans cette journée mémorable que Lavoisier et de Laplace, n'ayant aucune connaissance des résultats obtenus en Angleterre et de la lettre de WaU, firent cette belle expérience par laquelle ils obtinrent, en brûlant un mélange d'hydrogène et d'oxygène, i 9 grammes 17 centigrammes deau pure : le jour suivant, le 25, ils en rendirent compte à l'Académie, et déclarèrent que l'eau n'est point une substance simple et qu'elle est composée de 100 volumes d'air vital (oxygène) et de 191 volumes d'air inflammable (hydrogène\
Si donc à l'Angleterre revient Thonneur d'avoir la première fait de Teau de toutes pièces et entrevu une explication approchée du phénomène, la gloire d'avoir donné pour la première fois une idée lucide de la composition de l'eau appartient incontestablement à la France.]