VIII* LEÇON; — PROPRIÉTÉS DU SOUFRE
réchauffement, et celui de i90<> à 230% pendant lequel la vitesse de réchauffement reste constante au lieu de décroître; ce qui amène à penser que, pendant ces deux périodes, le soufre en fusion laisse dégager une certaine quantité de chaleur qu'il contenait à l'état latent.
D'autre part, en continuant à observer le theiinomètre pendant le refroidissement, on verra un premier arrêt entre 240° et 210% puis il y a accélération dans le refroidissement entre i80° et 160°, et entre 145° et 135°: enfin, de ce dernier point au point de solidification, le phénomène du refroidissement semble reprendre sa régularité (Ch. Devuxe).
Tous ces faits prouvent que le soufre dans l'état de liquidité ignée, comme dans l'état de dissolution à des températures inférieures, peut passer par des états d'équilibre plus ou moins stables, dans lesquels ses molécules tendent alternativement à se rapprocher et à s'éloigner les unes des autres.
D'autres faits s'ajoutent aux précédents pour faire du soufre un corps très-remarquable dans ses rapports avec la chaleur. M. Despretz, frappé de la propriété qu'a le soufre de s'épaissir et de se colorer, dans certaines limites, proportionnellement à la température, a cherché la loi de sa dilatation, et il a trouvé que, contrairement à ce qui s'observe dans les liquides, le coefficient de la dilatation absolue du soufre décroît à mesure que la température augmente, et que le maximum de contraction coïncide à peu près avec le maximum d'épaississement, c'est-àdire environ à 200°.
La vapeur de soufre présente aussi une singularité remarquable. D'après M. Dumas, sa densité, déterminée à 500% est de 6,654; d'après M. Bineau, elle est égale à 2,218 si on la détermine à 1000°, ou encore mieux à 860° d'après les observations précises de MM. H. Deville et Troost : si bien que, quel que soit l'état sous lequel on examine le soufre, il présente toujours deux manières d'être parfaitement tranchées : deux formes cristallines incompatibles lorsqu'il est solide ; deux capacités calorifiques différentes quand il est liquide ; deux groupements moléculaires distincts s'il est aériforme.
La vapeur du soufre, en se condensant sur les corps froids, prend la forme d'utncules, dont l'extérieur est formé d'une pellicule molle, tandis que l'intérieur est liquide.
115. Modifications allotropiques du soufre. —Tout le monde sait qu'en généml la trempe donne de la dureté : l'acier
YIII'* LEÇON. — ALLOTROPIE DU SOUFRE. Ib3
en estrexemple le plue connu. Le contraire arrive pour le soufre ; si l'on verse dans de l'eau froide du soufre fondu à la température de 230% il se prend en une masse brune tellement molle qu'elle peut être tirée en fils. Si l'on fait la môme expérience avec du soufre qui n'aurait été chauffé qu'entre 111° et i 40% c'est-à-dirç à cette température à laquelle il ne perd pas encore sa fluidité, il deviendra jaune, dur et cassant. Le soufre trempé à 230<» n'est pas dans un état permanent ; au bout d'une demi-heure il commence à durcir et à prendre une couleur plus claire : pour que sa ductilité persiste assez longtemps il faut qu'il ait subi la température de 250° à 260° (Dumas). Quels que soient le degré et la persistance de sa ductilité, on peut le durcir immédiatement, si on le chauffe jusqu'à 90°. M. Regnault a observé qu'au moment où le soufre mou se transforme en soufre ordinaire, sa température s'élève brusquement de 1 2° ; ce qui prouve que, sous le rapport de la constitution moléculaire, le soufre mou et le soufre dur sont deux corps différents, puisqu'ils n'ont pas la même capacité pour la chaleur.
Voyons maintenant si le soufre, sous l'action de la chaleur, ^prouve encore des modifications chimiques.
Si l'on compare la solubilité du soufre octaédrique dans tous les dissolvants et surtout dans le sulfure de carbone, avec la solubilité de toutes les variétés de soufre ayant subi l'action de la chaleur, tels que soufre prismatique, soufre en canons, soufre en fleurs, soufre mou, etc., etc., on trouve que, dans ces dernières, elle n'est jamais complète ; et la portion qui reste indissoute est amorphe, d'un jaune plus ou moins foncé, suivant la variété du soufre d'où elle provient (Ch. Deville). J)'après M. Berthelot, le soufre amorphe et insoluble se forme au voisinage de la température de 1 40°, c'est-à-dire à peu près à la même température à laquelle le soufre se colore, s'épaissit et s'approche du coefficient minimum de dilatation.
Bien que les soufres amorphes provenant de différentes variétés de soufre ne présentent pas le môme degré de stabilité, cependant ils peuvent être tous ramenés à l'état de soufre cristallisable et soluble, soit en les laissant refroidir très-lentement après les avoir chauffés jusqu'à 300°, soit en fes entretenant à 100°pendant un certain temps qui sera plus ou moins long suivant la variété du soufre soumise à l'expérience, ou bien si on les précipite après les avoir dissoutes dans un alcali ou dans un sulfure alcalin, ou enfin si on les maintient pendant quelques semaines