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Le désir de compléter le tableau que peuvent présenter les suites de médailles romaines , en y faisant disparaître des lacunes trop sensibles, engage ordinairement à admettre dans ces suites , des pièces frappées dans les colonies ou autres villes de l'empire , surtout quand leur légende est latine , et que leur grandeur ou module
se rapproche de celui de la suite romaine où l'on veut les inse'rer.
C'est ainsi que les médailles de bronze, au revers ROM. ET. AVG. avec l'autel appelé de Lyon , quoique très-probablement frappées hors de Rome, sont admises dans toutes les suites. C'est ainsi que VOthon de bronze frappé à Antioche , est appelé à remplir le vide que laisseraient les médailles de bronze de coin romain , puisqu'il paraît démontré que le sénat n'en lit point frapper pour Othon.
Si les plus riches collections se sont soumises à cette espèce de nécessité , on doit bien penser que la nôtre n'a pu s'y soustraire , et qu'on y rencontrera plusieurs pièces qui, sans être proprement romaines (c'est-à-dire, sans être battues à Rome ) , ont cependant acquis dans nos médaillers le droit de bourgeoisie , s'il est permis de s'exprimer ainsi. Mais nous ne les confondrons pas avec les autres , dans la suite de notre catalogue auquel il sera temps de passer, après avoir examiné dans quel ordre on doit ranger les médailles d'un même règne.
Les antiquaires séduits d'abord par un ordre qui pût flatter les yeux , avaient commencé par
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séparer avec soin, et les médailles de cliaqrie mc'tal , et celles même de grandeurs diffe'rentes. Ils faisaient de toutes ces classes autant de suites séparées; et, dans chaque suite, ils rangeaient les médailles du même règne , par ï'ordre alphabétique de la première lettre de la légende des revers.
Il résultait bien des inconvéniens de ces diverses classifications, bonnes^ tout au plus, à limiter la dépense des curieux, qui voulaient se borner à certaines suites.
En effet, il naissait des obstacles réels au progrès des connaissances numismatiques , de cette séparation et des métaux, et des différens modules dans chaque métal. La comparaison d'une médaille, d'un type, d'une légende à leurs analogues dans d'autres métaux ou d'autres modules, en devenait beaucoup plus difficile : et c'est cependant par de fréquentes comparaisons que l'on peut acquérir plus de données, et vaincre les difficultés qui se présentent.
D'ailleurs , à quelles ressources n'était-on pas réduit pour former toutes ces suites , et y observer scrupuleusement la différence des modules ? Pour remplir les vides fréquens que laissaient les
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véritables monnaies romaines , on employait les accidens mêmes d\i monnayage , et ce qui ne doit faire qu'exception : telles que des pièces Ijattues par mégardc , sur des Jlaons ou plus grands ou plus petits : telles encore que les productions imparfaites ou détériorées des fauxmonnayeurs , comme par exemple , Vâme des monnaies d^dûco^enX. fourrées , pour compléter la suite du petit bronze dans le haut-empire ! En un mot , on sacrifiait le fond pour la forme.
Quant à l'arrangement des médailles d'un même règne, selon l'ordre alphabétique de la légende des revers, il en résultait qu'on séparait souvent des médailles qui , retraçant le même événement , ne diffèrent souvent entr 'elles que par de simples transpositions dans les lettres des légendes ; ou qu'on semblait porter à la fin d'un règne, des médailles qui cependant avaient été frappées dans ses commencemens , et vice versa. Enfin tout ordre raisonnable et scientifique était sacrifié au seul avantage de pouvoir retrouver plus facilement une légende connue.
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Frappé de tous ces inconvéniens , le savant abbé Eckhel , conservateur des médailles du cabinet de l'empereur à Vienne en Autriche ,
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perfeclionnant beaucoup la méthode dont Occo et le comte Mezzabarba avaient donné anciennement de premiers exemples , et surmontant les obstacles qui depuis avaient effrayé les autres antiquaires , proposa , il y a environ quarante ans , de renoncer à tous ces arrangemens plus agréables qu'utiles , et d'adopter un ordre chronologique exact , qui présenterait , année par année , sans distinction de métal ou de module , les médailles de chaque règne.
Une combinaison savante de toutes les notes chronologiques qu'offrent les médailles romaines , leur comparaison avec les types , et avec Le récit des historiens ont ensuite donné à notre savant auteur , le moyen d'atteindre presque toujours son but , et d'offrir , par les médailles, un tableau historique de la plus grande exactitude et du plus grand intérêt , dans son grand ouvrage , réellement classique , et intitulé Doctrina nummorum 'veterum . Vindobonae . 1792. — 1798. 8 vol. in. /f".
Cependant quoique cette méthode à'Eckhel ait été reçue généralement avec l'applaudissement de tous les sa vans , et malgré leur approbation et ses avantages, nous sommes forcés
d'avouer qu'elle n'a été adoptée encore que dans rarrangement d'un bien petit nombre de collections particulières. L'habitude ancienne , ou la pauvreté de ces collections qui aurait laissé à découvert trop de lacunes chronologiques , ont fait retenir le plus souvent et prévaloir l'arrangement ancien, bien moins instructif, mais plus facile à saisir, et qui se prête mieux aux dimensions de tous les cabinets. D'ailleurs, la séparation des métaux et des modules, et la formation de diverses suites , flatte le penchant le plus ordinaire des cimeux ,. leur faible le plus commun , celui de ne s'occuper que de la rareté proprement dite des médailles , et multiplie les occasions de la faire ressortir. Le module seul qui n'a aucune importance sous les rapports instructifs, en a une très-grande sous, ceux de la rareté et du prix. Il faut donc pour ce genre de mérite , un classement qui lui soit approprié ; et telle est la méthode ancienne.
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Mais nous ne nous étendrons pas davantage sur ce sujet; assez d'ouvrages en ont traité exclusivement , entr'autres ceux de Vaillant , de Beauvais, de Mionnel.
A cette occasion , oserons-nous observer que
quelques services qu'aient rendus aux connaissances numisraaliques les savans qui se sont bornés à décrire les seules médailles rares , il est arrivé que des curieux peu instruits ont été égarés par ces espèces de catalogues de raretés , jusqu'au point de mépriser toute médaille qui ne s'y trouvait pas décrite et évaluée ; et de regarder comme trop commune , pour valoir la peine d'une mt^ntion expresse, telle pièce qui s'offrait à leurs yeux et qui pouvait être inédite; ou bien d'autres fois , de prendre pour inédit ce qui avait été dédaigné par leur auteur? Il semble donc qu'il eût été préférable (dans l'intérêt même des curieux auxquels ces sortes d'ouvrages sont principalement destinés) et au risque de grossir un peu plus les volumes, de donner la description, au moins sommaire, de toutes les médailles quelconques connues.
Au reste l'inconvénient dont nous venons de parler, est déjà bien faible de nos jours, puisqu'il ne reste sans doute que bien peu de médailles intéressantes, qui aient échappé aux recherches des savans ; et que cette mine est à peu près épuisée.
Mais nous allons encore hasarder une se-
coude observation. Il nous semble qvie les évaluations pe'cuniaires données aux métiaillesdans les ouvrages même les plus récens ^ peuvent être souvent contestées. Les auteurs de ces ouvrages avouent bien que les prix sont variables, et que de nouvelles découvertes peuvent les clianger. Mais nous osons ajouter que les évaluations (pi'ils donnent ne sont pas toujours proportionnelles, ni basées sur la rareté actuelle : car, dans le même ouvrage, on conserve à certaines médailles rares et très-rares, l'évaluation modique fixée parles antiquaires du siècle de Louis XIV; tandis que, pour d'autres médailles, on donne une évaluation calculée d'apr^^s les prix actuels , ou brocantages récens , et qui même pourrait être taxée de complaisance pour les possesseurs de certains cabinets. De cette double base d'évaluation il résulte , par exemple , que telle médaille de grand bronze du haut-empire , à deux têtes, et fort rare sans doute , puisqu'elle ne se trouve pas même au cabinet du Roi, ou ne s'y trouve que encastée , n'est taxée que l\^o fr. ; quoique l'on accorde une valeur pareille ou supérieure à tels quinai'res du bas-empiie, ([ui bien que rares, se retrouvent cependant dans niainics et maintes collections.
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Quoi qu'il en soit de nos observations , pour tâcher de donner à notre catalogue un intérêt de plus, nous indiquerons autant que possible, et d'après les ouvrages cite's ci-dessus (qui sont cependant les meilleurs guides) le degré de rareté de chaque pièce , et nous nous permettrons d y attacher à la fin une liste alphabétique du prix des léles impériales, extraite de M. Beauvais : tes prix ne sont pas toujours exactement en raison des degrés de rareté, et les médailles nécessaires ytonr Jhùe suite , sont toiijours plus chères , que leur rareté ne comporterait, parce que chaque curieux veut les avoir, et ne craint pas de faire un sacrifice , pour ce qu'il appelle se compléter. (Cette considération peul^ à certain point, atténuer l'observation faite au paragraphe précédent. )
Il est temps de finir toutes ces réflexions , et de commencer notre catalogue : nous y suivrons autant que possible l'ordre chronologique, quoique tout autre fût presque indifférent, attendu que nous n'offrons au lecteur que la description d'un bien petit nombre de médailles, et de médailles d'un seul métal; mais, non licet omnibus adiré Corinthum !
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N B. Noqs croirons encore faire une chose agréable à nos lecteurs, en leur offrant à la fin de notre petit ouvrage la réimpression de Texcellente dissertation de M. Beauvais , sur la manière de discerner 'es médailles contrefaites. Cette connaissance est aussi nécessaire aux véritables antiquaires qu'aux simples curieux , pour ne pas exposer les uns à baser leurs travaux sur des monumens trompeurs , et pour préserver les autres d'emplettes onéreuses qui compromettraient également leurs intérêts pécuniaires, et leur amour propre.