‹ Leçons élémentaires des ombres dans l'architectureChapitre 2 sur 15 · ARTICLE PREMIER · texte numérisé non relu

ARTICLE PREMIER

Exposition des principes des Ombres.

1 . L’expérience ayant prouvé que les dessins d’architecture produisaient un meilleur effet lorsqu’ils étaient éclairés sous l’angle de 45 degrés, on est généralement convenu d’en faire un principe pour les ombrer, c’est-à-dire de supposer que le rayon de lumière qui éclaire les objets est à 45 degrés sur le plan horizontal et à 45 degrés sur le plan vertical. Malgré cette convention si utile pour juger des saillies des corps et de leurs effets , quelques artistes prétendent qu’il n’est pas nécessaire , dans un dessin d’architecture , que les ombres soient conformes à ce principe que nous donne la nature et que nous appelons naturel. Il est possible que les faux effets qu’on se permet de donner aux dessins ne nuisent pas toujours a leur elegance, mais ils sont contraires a la vente : il vaut donc bien mieux se rendre compte du véritable effet d’un monument s’il était exécuté conformément au plan, que d’en faire un dessin séduisant dont les effets seraient faux , et tout-à-fait différens dans l'exécution. Un projet est l’original d’un objet qui doit être exécuté d’après lui : si l’effet qu’on y a donne n est pas la nature, 1 execution ne rendra pas l’effet qu’on en attend.

2. Il est incontestable que la forme et la grandeur des ombres sont les seuls moyens de juger les véritables effets des élévations géométrales.

Dans les élévations perspectives, on pourrait plutôt s’éloigner de la vérité des ombres, parce qu’outre les hauteurs et les largeurs qui leur sont communes avec les élévations géométrales, elles ont de plus les plafonds et les parties fuyantes qui en font sentir les effets. Comment donc dans les élévations géométrales qui ne représentent que les hauteurs et les largeurs, comment, dis-je, juger exactement de la saillie d’un corps, si l’ombre est plus ou moins large qu’il ne faut relativement au principe? il est sûr que le corps nous paraîtra plus ou moins saillant qu’il ne l’est réellement. Ainsi, delà vérité des ombres dépend la vérité de l’effet de

l’élévation. , . ,

5. Il arrive cependant tous les jours qu’on se récrie contre la vente des ombres; on l’accuse à tort d’alourdir l’architecture. Si l’on faisait, disent quelques artistes , les ombres dans un projet, telles qu elles doivent être d’après les saillies, on le rendrait lourd en appesantissant ses masses. Mais on peut répondre à cette objection futile, que ce ne sont point les ombres elles-mêmes qui appesantissent 1 architecture , puisque ce sont les saillies et les corniches qui donnent la grandeur des ombres, mais bien la composition même de ses masses. Ainsi , quand un monument est lourd en exécution , ce n’est pas à cause de 1 effet de ses ombres , mais bien parce qu’il est composé de manière à nous paraître lourd. 11 est donc nécessaire d’étudier cette partie importante du dessin, surtout lorsque l’on fait des projets qui doivent être exécutés.

4. Les dessins d’architecture fourmillent souvent de fautes dans les effets , parce que leurs auteurs n’ont pas observé que les parties dans l’ombre n’en doivent point porter elles-mêmes, que 1 ombre des corniches ne doit point avoir le même profil que les corniches qui les portent; que le dessous d’un quart de rond, le dessous d’une baguette, le haut d’un congé, etc. , étant privés de lumière , ne doivent pas faire porter d’ombre par ces parties de moulures déjà ombrées. Je dis, avec tous les architectes , que , le jour venant à 45 degrés , l’ombre doit avoir, de largeur, la saillie du corps qui la cause. Cependant est-ce bien nous donner l’ombre des corniches Dorique , Ionique , Corinthienne , etc. , que de faire paraître les denticules dans le clair, et leur faire porter des ombres , tandis que réellement elles doivent être dans l’ombre portée par le larmier? Les jeunes Élèves ne sachant pas qu’en dessinant ainsi, l’on fait une faute contre la nature , copient ce qu’ils voient et s’habituent à dessiner eux-mêmes sur de faux principes. De même, lorsqu’on dessine la cor-

niche de l’entablement Toscan (voyez planche 3), en ne mettant dans l’ombre que la partie inférieure de la baguette , la moitié du filet et une très-petite partie du larmier, on prétend la rendre plus légère , mais on ne rend pas l'effet de la nature , qui exige que 1 ombre de la panse du quart de rond ouvre la baguette, le filet et une grande partie du larmier.

5. Dans un ouvrage où je démontre les ombres d’après la nature, j’étais bien éloigné de prendre ces licences que je combats; je ne prétends pas cependant les condamner irrévocablement : il en est quelques-unes dont on peut user avec modération , quand on fait un dessin qui ne sera point exécuté et qu’on veut plaire aux yeux seulement; mais au moins jjaut-il connaître et savoir la véritable maniéré d ombrer, telle que nous l’indique la nature, et ne s’en écarter que le moins possible.

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