PREMIÈRE CLASSE. — MAMMIFÈRES
(. Mamma , mamelle ; ferre, porter.)
Les animaux de cette classe sont ainsi nommés, parce qu’ils sont les seuls qui nourrissent leurs petits de lait sécrété par des mamelles. Us ont des membres organisés pour la marche, et, par exception, pour le vol et lanatation ; car quelques espèces (les Chauves-Souris) volent comme les Oiseaux, et d'autres (les Baleines) ne quittent point les mers et revêtent les formes des Poissons.
Raclasse des Mammifères se subdivise très-naturellement en deux sous-classes, d’après les différences que présente le mode de reproduction de ces animaux.
La plupart des Mammifères ont, au moment de leur naissance, des formes distinctes quoique imparfaites. La mère les dépose dans le lieu le plus sûr pour leur conservation, les allaite, et leur communique, en les couvrant de son corps, la chaleur néces-
saire à leur développement ; cependant elle les abandonne chaque jour pendant un certain temps pour pourvoir elle-même à sa subsistance. Mais il y a des Mammifères qui se distinguent par une organisation très-singulière et par l’état imparfait des petits au moment de leur naissance. En effet, la femelle a un double ventre ou poche formée par un repli de la peau et soutenue par des os particuliers. C’est dans cette poche largement ouverte à l’extérieur, et qui devient l’organe d’une
seconde gestation, que passent les petits, encore informes, au moment de leur première naissance, si je puis m’exprimer ainsi. Ils adhèrent à des mamelons qui établissent de nouveaux rapports directs entre eux et la mère, pendant le temps nécessaire pour qu’ils arrivent au degré de développement que présentent en naissant les petits des autres Mammifères.. Dès lors ils ne sont plus continuellement adhérents aux mamelons, et la mère les allaite et les porte dans sa poche ou bourse jusqu’à ce qu’ils soient assez forts pour se conduire euxmêmes. Cette double gestation semble être une transition entre les Mammifères et les Oiseaux; car il y a tant d’analogie entre les petits informes et presque gélatineux des animaux dont nous parlons et les œufs des Oiseaux, que l’on compare la seconde gestation des premiers à l’incubation des seconds.
On a désigné ces animaux singulierssous le nom général de didelphes (5iç, deux fois; àcXtpiç, utérus, organe dans lequel se développent les germes), ou animaux à bourse, par opposition aux Mammifères de la première sous-classe, qui sont des monodelrHES (u-ovo;, un seul; SîXtpi;, utérus). Enfin, le rapprochement des Mammifères aux Oiseaux et aux Reptiles devient plus sensible par certains animaux classés avec les didelphes. Ce sont des Mammifères en quelque sorte incomplets, car ils paraissent n’avoir que des mamelles sans usage; ils pondent des œufs; leur bouche est formée par un bec corné analogue à celui des Canards, et n’a pas de dents enchâssées. Us ont, comme les Oiseaux, un os claviculaire en fourchette, et les mâles présentent un ergot corné au côté externe des pattes postérieures ; ils vivent dans les marais
et nagent à l’aide de leurs pattes palmées. Le nom d’Ornithorhynque (opvi;, oiseau ; puy*»?, bec), employé pour désigner le plus extraordinaire de ces animaux, exprime le caractère général qui les distingue. Une organisation si irrégulière a dû naturellement embarrasfig. 4t. Orniihorhynque. set’ les naturalistes ; aussi les uns ont- ils cher-
ché à démontrer que les Ornithorhynques devaient être classés parmi les Reptiles, tandis que d’autres voulaient faire prévaloir leurs rapports avec les Oiseaux. Quoi qu’il en soit, cette organisation anormale fournit un exemple des plus frappants de cette vérité, dont on ne saurait trop souvent faire ressortir les applications nombreuses : la nature, pour passer d’un type d'organisation à un autre, rappelle dans la série qu’elle commence quelques-uns des traits de celle qu’elle termine.
INTRODUCTION