II. Les romans, dit le célèbre H^tet
sont des histoires pleines daventures amoureuses, écrites en prose avec art, pour le plaisir et Tinstruction des lecteurs. 'Cette instruction est la fin principale de tout bon roman qui veut toujours nous faire voir la vertu couronnée et le vice puni. On peut appliquer^ à ce genre de composition les règles établies pour les poèmes épiques. Ceux-ci ont plus de mer^ veilleux, quoique toujours vraisemblables; ceux-là ont plus de vraisemblance, quoiq[uil y ait quelquefois du merveilleux.
SUR LA RHETORIQUE. lt^3
LeI poèmes sont plus châtiés dans Tordonnance et reçoivent moins de matières, d evénemens et d'épisodes ; les romans en reçoivent davantage, parce qu'étant moins élevés et moins figurés, ils ne tendent pas tant Tesprit et le laissent en état de se charger d*un plus grand nombre de différentes idées. Enfin , les poèmes ont pour sujet une action militaire ou poli«^ tique et ne traitent Tamour que par occasion; les Romans au contraire ont l'amour pour sujet principal et ne traitent que par occasion la politique et la guerre.
Le romancier doit inventer des événcmens qui intéressent, altacl^jpnt le lecteur» et qui fassent naître des peintures vraies du cœur humain; il faut que rien ne languisse dans le récit; que laction marche avec rapidité; que les situations des personnages n'aient rien de forcé ; que leurs caractères particuliers soient bien marqués , bien soutenus , et que le dénoiiment amené naturellement et par degrés, soit tiré du seul fond des événemcns.
Comme dans le poème épique , il est permis de rompre le fil du récit de la principale action par des incidens; mais ils doivent être vraisemblables, tenir quelque chose du sujet; en un mot, piquer assez- la curiosité et offrir assez d'intérêt pour dédommager le lecteur de llmpa-
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tîence qu'il a de voir la fîii des aventures.
1). Quel style doit-ob employer à ce sujet?
R. La marche de laction devant être rapide^ il faut que le style, vif et plein de chaleur , échauffe de plus en plus Timagination et Tâme du lecteur; qu'il soit en même temps pur et châtié, et toujours proportionné au caractère et à Tëtat de la personne qu'on fait parler.
D. Quels auteurs s'y sont distingués?
R. Le premier, parmi les espagnols, est Michel Cervantes j auteur de Dont Qm* chotte.. Les Anglais vantent dvec raison leurs romansirie Ciarice, de Paméta^ par Richardson , et celui de Tom Jones ou VEnfant trouvé de Fieldîng. Chez nous, les romaus ont pris naissance avec la chevalerie, sous le règne de CUarlemagne, et nous sommes de tous les peuples policés, celui qui a produit un plus grand nombre d'excellens ouvrages de ce genre. Les plus connus et les plus estimés sont ceux cie mesdames Lafayette, Vil' (edieuj Gomez et mademoiselle de Scurdéry, et de MM. Lesage , labbé Prévost, Scaron , Crébillon, fils , Marmontei ; la Dixmerie elc* etc.
SUR LÀ BHETORIQUE. l45
ARTICLE iu.
Des Lettres tant philosophiq%ies que fa^
milièreSn
D. Qu'est-ce que les Lettres tant philo- ; sophiques que familières?
R. J'entends par lettres philosophiques, : celles où récrivain qui réunit le don des lumièj'es à celui de la sagesse , traite de la morale , de l'histoire , de la politique et dautres matières propres à éclairer se^ semblables et à les diriger vers le bijen de la société.
Les lettres familières sont celles qu'on écrit à un ami ou à une personne qu'on peut entretenir avec la même liberté, sans ^'écarler du respect qui lui est du , si son rang, sa naissance ou son âge exigent des déférei^ces.
On voit que les lettres de la première espèce embrassent des ouvrages de dijQTé* rens genres. Tantôt, c'est un cours de po^ litique, comme les Lettres du cardinui d'Ossat^ tantôt, cesX une critique .ingé- ! oieuse de nos jnœijirs, de nos coutumes , de nos préjugés, comme les Lettres Persannes du président . fi(a Montesquieu^ quelquefois c'est une satire outrée contre une société célèbre, conime les Lettres Provinciales de Pascal, sous le nom de
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MoDtalte; quelquefois aussi ce sera un ro« man , dans lequel on développe tout ce qui a rapport à ramour , et çie ce genre sont les Lettres d'une Péruvienne , par madame de Grafigny j, la Nouvelle Héloîse de J. J. Rousseau^ ainsi qu'une infinité d autres, dont plusieurs femmes de itiérîte sont auteurs et parmi lesqireb on | distiïigue les Lettres de Milady Cateséy, \ par Madame Ritcobôniy avec d'autres ou- i vrages également sortie de sa plume aussi .
agréable que délicate.
A l'égard dés lettres quV)n s'écrit mutuellement pour entretenir un commerce d'amhré, fet que, par celte raison, on appelle familières, elles doivent être simples, èalis 'prétention à l^esprit, telles enfin que j ïâ conversation iaVec son ami ou son correspoi!idai!rt, é*ïX êtafri préëènt. Cette con▼e^ i sation néanmoins demande à ét^ plus Sdfgnée, plus épurée, que si elle se faisait Terbalementw
D. Quel style dtxit-on emplojner poxir chacun dfe ceS genrèè }
R. Les tnatières grâvcfs', tes choses élevées par éHcs^mêmes , les détaiîs dogmatiques qui forment soxïvent le sujet des lettres philosop'hîques, veulent deè exprès* sions sages, ncfbles ^ sérieuses. Les caractères, les portrafts, la satire, demandent un style en^Qvtè , vif i léger, et un peu fi-
SUR Lk RHÉT0&IQU8. ]47
guré; dans les lettres familières, au coqtraire, il oe faut laisser apercevoir aucune recherche 9 ni le moindre travail. Leur principal mérite, est dû au naturel^ au cœur et au sentiment.
D. Quels auteurs se sont distingués dans ce dernier genre?
Madame de Sévîgné y excelle» et on dirait que c est la nature même qui jmrle par sa bouche. Ses lettres sont des modèles parfaits du style épistolaire.
Celles du comte de Bv^sy Rabutin, et de madame de Maintenon sont placées au second rang. On ne doit pas dédaigner d'en lire quelques-unes de Voiture ^ de Balzac^ de Guypatin^ de madame De^ nay&tSj dans lesquelles , à côté de l'esprit, on trouve le ton aisé qui conTiènrt à ce genre d'écrire.
On doit citer aussi Voltaire comme un modèle, et si Ton veut conn^ittc la manière des anciens, on peut lire 1^ Lettres de Pline le jeune y et surtout celles de Cicéron.
Du Dialogue.
D. Qu'est^e que le Dialogue ?
R. Cest une conversatioo que l'on met dans la bouche de deux ou de plttsieurs autres interlocuteurs , soit pour agUeir xme i, s^it pour développer un fait ou
l5o tECONS ELEMENTAIRES