DU TEMPS JADIS
Mais où sont les neiges d'antan.
La royne blanche comme ung lys
Qui chantoit à voix de sereine, Berthe au grand pied , Biétris, Allys, Harembouges qui tint le Mayne,
Et Jehanne la bonne Lorraine
Que Angloys bruslèrent à Rouen"?
Où sont-ilz, vierge souveraine ?.… Mais où sont les neiges d’antan?
Prince n’enquérez de sepmaine Où elles sont , ne de cest an, Que ce refrain ne vous remaine , Mais où sont les neiges d’antan ?
conte lui-même que, né de parents pauvres et lié avec des jeunes gens de mœurs dissolues, il devint, comme eux,
« Comme on le voit par cette pièce et par d'autres que nous donnons, les anciens poëtes français étaient pleins des souvenirs de notre histoire.
FTÉTÉTOS
escroc et voleur. Etienne Pasquier dit que Villon étoit passé maître en fait de friponnerie. Marot mit le distique suivant en tète des œuvres du poèëte :
Peu de Villons en bon sçovoir, Trop de Vilions pour decevoir.
Le même éditeur dit, dans la préface : « Touchant le
» Jargon » (le Jargon est une pièce de Villon qui contient beaucoup de mots empruntés à l'argot des voleurs du quinzième siècle) , « je le laisse à corriger et expliquer » aux successeurs de Villon en l'art de la pinsse et du » croc.»s On voit par le Petit-Testament, que Villon écrivit à vingt-cinq ans, qu'il avait séjourné plusieurs fois dans les prisons du Châtelet. Un vol considérable le fit condamner à ètre peudu. Après la sentence de mort, il plaisan(a sur son ignominie, et se fit cette singulière épitaphe :
Je suis François, dont ce me poise,
Né de Paris, emprès Pontoise;
Ou d’une corde d’une toise Saursa mon col que mou c.. poise.
Il composa aussi une ballade sur la prochaine exposition de son corps aux fourches palibulaires de Montfaucon , dans laquelle il représente les corps des suppliciés bués et lavés par la pluie. Cependant il appela au parlement de la sentence du Châtelet. Le parlement commua la peine de mort en celle d'un bannissement perpétuel.
. Dans une autre ballade, que Villon fit pour célébrer ce
succès, on trouve les vers suivants :
Que vous sernble de mon appel?
Toute beste garde sa pel..
Quand donc par plaisir volontaire Chante me fust ceste homèélle (son arrêt), Estoit-il lors temps de me taire?
Villon dut son retour en France à la protection de Louis XI, mais il ne se corrigea point. Arrèté de nouveau pür crdre de Thibaut d’Aussigny, évèque d'Orléans, il fut renfermé dans la prison de Meung-sur-Loire , d'où il ne sortit qu'au bont de trois ans, grâce encore à la protection de Louis XI. Si l'on en croit Rabelais, Villon se retira en Angleterre, où il fut protégé par Edouard IV.
Les ouvrages de ce poëte sont en petit nombre ; on ÿ dislingue , outre ses deux Testaments, satires facétieuses et grossitres, dirigées contre des personnes dont les noms aujourd'hui sont inconnus, son Jargon et ses Repues.
Les vers de Villon sont, en général, bien tournés ; la rime ea est riche, le style plein de saillies. La Fontaine , qui avait beaucoup lu Villon , en a plus d’une fois profité. L'ami de Boileau , le célèbre Patru , dit, dans ses Remarques sur Vaugelas, que « Villon , pour la langue, a eu le goût aussi fin qu'on pouvait l'avoir en ce siècle. »
La première édilion des œuvres de Villon parut sous Charles VILIL, l'an 489. On en publia sept sous le règne de François Ie"; on distingue celle de Clément Marot (1555), dont la préface commence ainsi :
« Entre tous les bons livres imprimez de la langue fran-
. » Çoïse , ne s’en veoit ung si incorrect ne si lourdement
» corrompu que celluy de Villon : et m'esbahy (veu que » C'est le meilleur poëte parisien qui se treuve) comment » les imprimeurs de Paris, et les enfants de la ville, n’en » ont eu plus grant soing. Je ne suys, certes, en rien son » voysin : mais pour l'amour de son gentil entendement, «et en récompense de ce que je puÿs avoir aprins en li- » sant ses œuvres, j'ay faict à icelles ce que je vouldroys » estre faict aux mieunes, si elles estoient toinbées en » semblable inconvénient. »
M. l'abbé Prompsault, aumônier des Quinze-Vingts, a donné récemment une édition de Villon plus compiète que toutes celles qu'on avait imprimées jusqu'ici.