‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 112 sur 914 · IH HRS · texte numérisé non relu

IH HRS

FH

PATHELIN

Comment se porte marchandise ?

S'en peut-on ne seigner ne paistre?

LE DRAPIER

Et se m'’aïst Dieu mon doulx maistre, Je ne sçay, tousjours hay avant.

PATHELIN

Ha ! qu’estoit un homme sçavant !

Je requier Dieu qu'il en ait l'âme, De vostre père ; douce dame !

Il m'est advis tout clèrement

Que c’est-il de vous proprement :

Qu'’estoit-ce un bon marchand et saige !

Vous lui ressemblez de visaige Par Dieu , comme droicte painture.

Si Dieu eut oncq” de créature Mercy, Dieu vray pardon luy face A l'âme.

LE DRAPIER

Amen, par sa grâce, Et de nous quand il luy plaira.

PATHELIN

Par ma foy, il me déclaira Maintefois et bien largement

Le temps qu'on voit présentement ; Moult de fois m'en est souvenu :

Et puis lors il estoit tenu

L'un des bons.

LE DRAPIER

Séez-vous, beau sire ; Il est bien temps de vous le dire, Mais je suis ainsi gracieulx.

PATHELIN

Je suis bien , par le corps précieulx.

avoit...

LE DRAPIER

Vrayment vous serrez.

PATHELIN

Voulentiers , ah ! que vous verrez

Qu'il me dit de grandes merveilles ;

Ainsi m'aist Dieu, que des oreilles, Du nez, de la bouche , des yeulx, Onc’ enfant ne ressembla mieulx

À père; quel menton forché !

Vrayment c’estes vous tout poché, Et qui diroit à vostre mère

Que ne fussiez filz vostre père,

Il auroit grant faim de tancer.

M. GUILLAUME

Je n’ai pas besoin d’avocat : je suis votre serviteur. |

PATELIN

Mon nom, monsieur, ne vous est sans doute pas inconnu. Je suis Patelin, l'avocat.

M. GUILLAUME

Je ne vous connois point, monsieur.

PATELIN , à part.

Il faut se faire connoître. (4 M. Guillaume.) J'ai trouvé, monsieur, dans les mémoires de feu mon père, une dette qui n'a pas été payée , et.

M. GUILLAUME, l'interrrompant.

Ce ne sont pas mes affaires ; je ne dois rien.

PATELIN

Non, monsieur; c’est au contraire feu mon père qui devoit au vôtre trois cents écus; et comme je suis homme d'honneur, je viens vous payer.

M. GUILLAUME

Me payer? Attendez, monsieur, s’il vous plaît ; je me remets un peu votre nom. Oui, je connois depuis longtemps votre famille.Vous demeuriez au village ici près : nous nous sommes connus autrefois. Je vous demande excuse ; je suis votre très-humble et très-obéissant serviteur. ( Lui offrant sa chaise. ) Asseyez-vous là, je vous prie; asseyez-vous là.

PATELIN

Monsieur !

M. GUILLAUME

Monsieur !

PATELIN, S'asseyant.

Si tous ceux qui me doivent étoient aussi exacts que moi à payer leurs dettes, je serois beauconp plus riche que je ne suis; mais je ne sais point retenir le bien d'autrui.

M. GUILLAUME

C'est pourtant ce qu'aujourd'hui beaucoup de gens savent fort bien faire.

PATELIN

Je tiens que la première qualité d'un honnête homme est de bien payer ses dettes ; et je viens savoir quand vous serez en commodité de recevoir vos trois cents écus.

M. GUILLAUME

Tout à l'heure.

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