PARAPHRASE DU PSAUME XLVIHII
Vois-ro bien ces richards superbement vestus De pourpre et d'écarlate,
Qui donnent mille ébats à leur chair délicate ,
Mettant en leurs trésors leurs plus beiles vertus ?
Le frère, toutefois , ne sauroit de la mort Sauver son propre frère,
Ni présenter à Dieu une offrande si chère,
Qui réveille un mortel qui sous la tombe doit.
Et puis ces malheureux , qui tant ont fait de pas, Qui tant ont pris de peines
Ponr garder leurs trésors, délaissent leurs domaines
Aux mains d’un héritier qu'ils ne connaissent pas.
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Leurs jardins si bien faits, leurs parterres si beaux, | Leur palais et leur grange
Echappent de leurs mains, et, par un triste échange,
Au lieu deleurs maisons, ils peuplent leurs tombeaux.
Cependant ils pensoient , perpétuant leur nom, Qu'éternels en leurs races,
Ils pourroient prolonger jusqu'aux dernières traces
Du monde consumé, leur gloire et leur renom '.
‘ Nous verrons plus tard, dans plusieurs auteurs, et particulièrement dans des strophes de Chaulieu, ces pensées, qui viennent d'Horace, rendues avec une élégance presque digne de l'auteur original.
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SONNET
Voc avez beau croupir en l’humaine carrière, Le temps de votre mort vous ne diminuerez ; Mais aussi longuement endormis vous serez, Que si vous étiez morts en voyant la lumière.
Là où finit la vie, elle est toujours entière ;
Ce que du temps futur, mourant, vous laisserez, N'étoit non plus à vous que les ans expirés
Avant d’estre conçus au sein de votre mère.
On a cité souvent une pièce de Ghassignet, dont le titre est Le mépris de la vie. ou consolation contre la mort. Par une singulière inadvertance de l'auteur. il n'y a pas un mot de consolation dans cette pièce. où d'ailleurs il répète plusieurs fois la même pensée, comme s'il ne se souvenait pas de ce qu'il vient de dire. Mais voici quelques vers qu'on lira peut-être avec plaisir :
C'est le portrait de l’homme : 11 bourgeonne en l'enfance; Depuis, ayant atteint la forte adolescence,
Il pullule et fleurit, et va de là croissant
Jusqu'au dernier degré de l'âge florissant;
Auquel étant monté, à la fla {l succombe,
Dévallant peu à peu sous la poudreuse tombe.
Mols il n'est pas à tous ordonné de vieillir,
Voici quelques autres vers où les images ne se trouvent pas partout , comme tant d'autres, prises dans ce thème de déclamations banales sur la nécessité de la mort imposée à tous les êtres. « A leurs fruits, dit l'auteur, on reconnait les arbres divers; » |
Mais sltôt que le ironc du sol est arraché,
Que la feuille est tombée ct les reins ébranthèés,
Que le fruit est cuellll, que la racine tendre
Est sèche, est mise au feu, et puis réduite en cendre, Croyez-vous qu'à la voir notre oil reconnaitrait
De quel arbre frultier cette cendre serait?
Alors, comparant l'homme à ces arbres détruits, l’auteur ajoute :
Mots, las! quand une fois ja mort a falt résoudre La masse de nos corps eu quelque vile pondre,
Ce n'est plus rien de nous; et les grands empereurs Ne sont point reconnus parmi les lahoureurs :
ls gisent pesle-mesle , et sous la tombe noire
11e n'ont pas davantage ou d’hovneur ou de glotre.
Nulmeurtavant son jour : peut-estre, au mème temps Que vousrendez l'esprit, mille autres, moinscontents, Ressentent de la mort l'homicide rudesse.
N'estimeriez vous pas les pèlerins bien fous, D'aller sans aucun but? chétifs, et pensez-vous N’arriver jamais là où vous couriez sans cesse ' ?
Il n'y a pas de plus solennel exemple d'égalité, que le pélemêle d'un champ de bataille, après une sanglante action : là gisent, également frappés, le général, le prince on le roi, comme le dernier des soldats ; là quelquefois un empereur, découronné par la mort, nu, mutilé, n'est plus reconnaissable aux yeux même de ses serviteurs, et peut-être jeté dans la méme fosse que la plèbe guerrière qu'il conduisait naguère aux combats avec le signe de la gloire sur le front.
Cette égalité que la mort met entre les hommes a souvent inspiré à nos orateurs sacrés de belles apostrophes pour rabaisser l'orgueil des grands de la terre, en leur rappelant qu'ils étaient hommes ; mais peut-être la plns haute éloqnence de ces tribuns évangéliques n'a-t-clle jamais donné à la puissance une lecon plus frappante que les vers du poëte Patrix, le contemporain de Scarron ct ie commensal de Gaston de France, duc d'Orléans. I y a quelquefois, dans la verve satirique du langage familier, une énergie et une puissance de conviction que le style le plus magnifique ne saurait égaier; c'est ainsi que la peinture de la mort de Priam est encore plus Le dans Juvénal que dans Virgile lui-même. Écoutons Patrix :
Je révais cette nuit que de mal consumé,
Côte à côte d’un pauvre on m'avalt inhumé,
Et que n'en pouvant pas souffrir le voisinage,
En mort de qualité je lui tins ce langage :
e Retire-toi, coquin! va pourrir loin d'ici:
11 ne t'appartient pas de m'approcher ainsi.
— Coquin! ce me dit-il d'une insolence extrème, Va chercher tes coquins ailleurs, coquin tol-mtme! lei tous sont égaux. Je ne te dois plus rien :
Je suîs sur mou fumier comme toi sur le tien. »
‘ Voyez page 128 du premier volume, ce’que ces pensées sont devenues dans la bouche éloquente et sublime de Bossuet.