L'AMOUR PRISONNIER
Les Muses lièrent un jour
« Ma mère, voyez ma main, De chaines de roses Amour
Ce disait Amour tout plein De pleurs , voyez quelle enflure
Me fait une égratignure 3 y» emprunter au texte d'Anacréon la gentillesse enfantine des plaintes de l'Amour à sa mère, lorsqu'il s'écrie en pleurant :
Alors Vénus se sourit, Oludx, parnp, etre,
Et en le baisant le prit ; Olwlx, x ærobvñaxe. « Je suis perdu, ma mère ; je suis perdu , je me meurs. »
Voici la traduction que j'ai faite de l'Idylle de Théocrite sur
‘ C'est l'Amour mouillé d’Anacréon et de La Fontaine. La le même sujet
pièce du bonhomme respire une grâce particulière, avec une
naïveté qui n'est pas au même degré dans le grec ; mais l'i- L'amour vo'ait un jour quelques rayons de miel: mitation de Ronsard a aussi son mérite , sous le rapport du Une abellle aussliôt punii le criminel. naturel : c'est bien un enfant que l'on croit voir et entendre. I trepigne, Îl se plaint, souffle sur sa piqûre;
s'envole à Cythère, et montrant sa blessure : « Un losecte causer de si vives douleurs! :
— Moa tils, lui dit Véous en essuyant ses pleurs,
Et pour Ronsard, il prend les choses au sérieux, comme La Fontaine quand il croit être avec ses animaux parlants.
J'ai supprimé le petit prologue de cette ode, parce qu'il fait Contre ce faible insecte apaise tes murmu:es ; double emploi avec l'épilogue. Enfant, ne fais-lu pas de plus grandes blessures ? » ? Aretles , abeilles, | + Encore une agréable imitation d'Anacréon ; mais l'idée de
» Cette strophe est lourde ct sans grâce. Ronsard aurait dû la dernière strophe est de Ronsard.
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Et pour le garder le donnèrent Aux Grâces et à la Beauté, Qui, voyant sa desloyauté,
Sur Parnasse l’emprisonnèrent.
Si tost que Vénus l’entendit, Son beau ceston! elle vendit
À Vulcain, pour la délivrance De son enfant, et tout soudain, Ayant l’argent dedans la main, Fit aux Muses la révérence :
« Muses, déesses des chansons, Quand il faudroit quatre rançons Pour mon enfant , je les apporte; Délivrez mon fils prisonnier ; »
Mais les Muses l'ont fait lier D'une chaine encore plus forte.
Courage donques, amoureux, Vous ne serez plus langoureux ; Amour est au bout de ses ruses ; Plus n’oserait ce faux garçon Vous refuser quelque chanson, Puisqu'il est prisonnier des Muses.