‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 241 sur 914 · CANTIQUE D'ABRAHAM ET DE SARA · texte numérisé non relu

CANTIQUE D'ABRAHAM ET DE SARA

= dé Du grand Dieu souverain.

Tout ce qu’eusmes jamais, , Et aurons désormais,

“4 , Ne vient que de sa main.

C’est luy qui des hauts cieux, Le grand tour spacieux Entretient de là-haut,

Dont le cours assuré

Est si bien mesuré

Que jamais il ne faut.

Quatre rois furieux Déjà victorieux,

{ Voyez la notice biographique sur cet auteur , page 108 de notre premier volume.

2 Cette pièce, composée de vers de différentes mesures, sans division d'actes ni de scènes, est plutôt un long dialogue qu'une tragédie. On y voit pour interlocuteurs Abraham , Sara, Isaac,

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Avons mis à l'envers.

Du sang de ces méchans Nous avons vu les champs Tout rouges et couverts.

Tremblez donc, pervers, Qui par tout l’univers

une troupe de bergers, l'ange et Satan. 11 ne faut pas chercher ici une actiou qui se développe par degrés. avec un accroissement de l'intérêt jusqu'au dénoûment., Cependant la dernière scène qui le forme ne manque pas d'art , et la péripétie du salut d'Isaac n'arrive qu'après avoir inspiré au spectateur de vives alarmes pour la victime et pour le sacrificateur. On tremble de voir Abrahain ou perdu. s’il est rebelle à Dieu , ou le plus malheureux des pères, s’il obéit , sans que Dieu vienne arrêter le bras de son serviteur, Or on éprouve ces angoisses, malgré le prologue qui lève presque tous les doutes. On ne saurait donc sans injustice mépriser un ouvrage qui émeut encore, mème lorsqn'on sait que le danger n'existe pas. .

Au début de la pièce , ce n'est pas sans habileté que le poëte nous montre Sara qui, bénissant le Ciel de tous ses blenfaits et surtout du nom de mère qui lui a été donné en sa vieillesse,

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Estes si dru semez :

Et qui vous êtes faicts Mille dieux contrefaicts Qu'en vain vous réclamez.

Et toy, Seigneur vray Dieu, É Sors un jour de ton lieu,

Que nous soyons vengez

De tous tes ennemis ?

Et qu’à néant soyent mis

Les dieux qu’ils ont forgez.

SATHAN

Je vay, je vien, jour et nuict je travaille,

Et m'est advis en quelque part que j'aille

Que je ne pers ma peine aucunement.

Règne le Dieu en son haut firmament,

Mais pour le moins la terre est toute à moy, Et n’en desplaise à Dieu ny à sa loy.

Dieu est aux cieux par les siens honoré :

Des miens je suis en la terre adoré.

Dieu est au ciel : et bien, je suis en terre. Dieu fait la paix, et moy je fay la guerre.

Dieu règne en haut : et bien, je règne en bas. Dieu fait la paix, et je fay les débats.

Dieu a créé et la terre et les cieux :

J'ai bien plus faict; car j'ai créé les dieux. Dieu est servy de ses anges luisans :

Ne sont aussi mes anges reluisans ?

‘l'ous ces vauriens, ces gourmans, ces ivrongnes, Qu'on veoit reluire avec leurs rouges trongnes, Portant saphirs et rubiz des plus fins,

Sont mes supposts , sont mes vrais chérubins. Dieu ne feit onc chose, tant soit parfaicte,

Qui soit égale à celui qui l’a faicte :

Mais moy j’ay faict, dont vanter je me puis, Beaucoup de gens pires que je ne suis.

Car quand à moy, je croy et sçay très-bien Qu'il est un Dieu, et que je ne vaux rien :

Mais j’en sçay bien à qui totalement

J'ay renversé le faux entendement,

Si que les uns, qui est un cas commun, Aiment trop mieux servir mille dieux qu’un.

ne sait comment témoigaer l'excès de sa reconnaissance envers Dieu. Abraham survient et confirme par ses paroles les dispositions dont il a besoin pour amortir, s'il est possible , le coup qui doit frapper le cœur de cette mère, ignorante du malheur qui plane sur sa tête. Alors parait , sous les habits d'un moine, Satan, qui se propose de perdre Abraham , et qui, après avoir entendu les dernières paroles du patriarche et de Sara, s'exprime comme on va le voir dans notre citation du texte.

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Les autres ont fantaisie certaine,

Que de ce Dieu l’opinion est vaine.

Voilà comment depuis l’homme premier, Heureusement j'ay suyvy ce mestier,

Et poursuyvray, quoy qu'en doyve advenir, Tant que pourray cest habit maintenir. L Ilabit encore en ce monde incognu, À Mais qui sera un jour bien si cognu,

Qu'il n’y aura ne ville ne village

Qui ne le voye à son très-grand dommage.

O froc, à froc, tant de maux tu feras,

Et tant d’abus en plein jour couvriras!

Ce froc, ce froc un jour cognu sera,

Et tant de maux au monde apportera, Que si n’estoit l’envie dont j'abonde, J'aurois pitié moy-mesme de ce monde.

Car moy qui suis de tous meschans le pire, En le portant, moy-mesme je m’'empire.

C'est là de la comédie et non pas de la tragédie , et le morceau fuit par un trait de satire dont l'énergie va presque jusqu'à l'éloquence. Il est bon d’observer que cette exclamation semble avoir été inspirée au poête par les scènes de la Ligue et les horreurs de la Saint-Barthélemy. On remarquera sans doute dans ce morceau le prince des démons obstiné dans sa rébellion, qui se proclame le dieu de la terre, et qui cependant croit au Dicu du ciel, tandis que, plus coupable et plus aveugle que Satan même, l'homme, ouvrage de ce même Dieu, i'auteur de toutes choses , ose nier son Créateur et son père. Le Satan de Théodore de Bèze semble être le type du Satan de Milton, non content d'être le dieu de l'enfer , et préteudant encore à être celui de la terre, pour sc soustraire à la puissance du maître de l'univers. Ces deux poëtes ont pris leur modèle dans la Bible. C'est à la même source que madame Tastu a pulsé l'idée de la belle pièce du Tentateur que nous citerons plus tard. €

Isaac, menacé d'un si grand malheur, Isaac, dont la mort s'apprête, paraît pour laisser échapper ces mots d'un cœur vraiment touché des bontés de Dieu envers lui :

La scène où continue le dialogue entre Abraham, qui vent emmener son fils , et Sara, qui voudrait le retenir, avertie par son cœur de mère de quelque danger, est pleine de traits d'autant plus touchants que lespectateur sait ce que la mère ignore, et ce que doit souffrir Abraham, condamné au silence.

Mes amis, Dieu se monstre à nous Si bon, si gracieux, si doux,

Que jamais je ne lui demande + Chose tant soit petite ou grande, x Que je ne me voye accordé L Trop plus que je n'ai demandé. é

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