A MA DEMOISELLE MA COMMÈRE, SUR LE TRÉPAS DE SON ANE
EPUIS que la guerre enragée Tient notre muraille assiégée
Par le dehors, et qu’au dedans
La faim nous allonge les dents,
La faim , meurtrière de la vie,
De tant de misères suivie ;
Je jure que je n’ai point eu Douleur qui m'ait tant abattu,
Et qui n'ait semblé plus amère, Que pour votre asne, ma conmère ; Votre asne, hélas! à quel ennui!
Je meurs quand je repense à lui.
Votre asne, qui par adventure
Fat un chef-d'œuvre de nature, Plus que l'asne Apuléien.
Mais quoi! la mort n’épargne rien; Il n'y a chose si parfaite
Qui ne soit par elle défaite :
Aussi , son destin n'éloit pas
Qu’il dût vivre exempt du trépas :