‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 348 sur 914 · SUR UNE TEMPÊTE · texte numérisé non relu

SUR UNE TEMPÊTE

P ARMI Ces promenoirs sauvages, J'oy bruire les vents et les flots, Attendant que les matelots M'emportent hors de ces rivages.

Ici les rochers blanchissans Hérissent leurs masses chenues Contre la colère des airs,

Et présentent leurs têtes nues A la menace des éclairs.

J'oy sans peur l'orage qui gronde, Et, fût-ce l'heure de ma mort,

Je suis prêt à quitter le port,

En dépit du ciel et de l’onde,

Je meurs d’ennui dans ce loisir, Car un impatient désir

De revoir les pompes du Louvre Travaille tant mon souvenir, Que je brûle d'aller à Douvres, Tant j'ai hâte de revenir.

Dieu de l'onde, un peu de silence !

Un dieu fait mal de s'émouvoir ; Fais-moi paroître ton pouvoir

À corriger ta violence;

Mais à quoi sert de te parler, Eiclave du vent et de l'air, Monstre confus, qui de nature Vide de rage et de pitié,

Ne montres que par aventure

Ta haine, ni ton amitié"?

Nochers, qui par un long usage Voyez les vagues sans effroi,

Et qui connoissez mieux que moi ‘Leur bon et leur mauvais visage , Dites-moi, ce ciel foudroyant,

Ce flot de tempêtes aboyant,

Les flancs de ces montagnes grosses, Sont-ils mortels à nos vaisseaux,

Et sans aplanir tant de bosses, Poarrai-je bien courir les eaux ‘ ?

Allons, pilote, où la fortune

Pousse mon généreux dessein ;

Je porte un dieu dedans le sein, Mille fois plus grand que Neptune ?.

Amour me furce de partir.

Thétis dût-elle m’engloutir.

Ici Théophile prie la dame de ses pensées « d'apaiser l'orage avec un de ses regards aussi puissants que ceux de Vénus, dont la seule présence rend la lumière au monde et la sérénité au ciel; » puis il ajoute :

Déjà ces montagnes s'abaissent ; Tous les sentiers sont aplanis, Et sur ces flots si bien unis

Je vois des alcyons qui naissent.

L’ancre est levée, et le zéphire

Avec un mouvement léger

Enfle la voile, et fait nager

Le lourd fardeau de ce navire :

Mais quoi! le temps n'est plus si beau, La tourmente revient sur l’eau.

Dieux ! que la mer est infidelle,

Chère Cloris; si ton amour

N’avoit plus de constance qu’elle,

Je mourrois avant mon retour °!

4 Malheureusement le mot bosses, qui rend techniquement la chose, ne peut se souffrir dans la poésie noble, et surtout à la rime , qui en fait encore mieux ressortir l'inconvenance.

* On lit dans saint Jérôme, sur un homme religieux qui sentait son cœur habité par la divinité : « 1l parlait avec la conscience de l'hôte divin qu'il sentait en lui. »

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