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Ils chantent quel fut ton mérite,
Quand, au gré de nos matelots,
Tu vainquis les vents et les flots,
Et domptas l’orgueil d'Amphitrite ;
Quand notre commerce affaibli,
Par toi puissamment rétabli, Dans nos havres déserts ramena l'abondance; Et que sur cent vaisseaux maiïtrisant les dangers, Ton nom seul aux François redonna l'assurance, Et fit naître la crainte au cœur des étrangers.
Ils chantent l'effroyable foudre
Qui, d'un mouvement si soudain,
Partit de ta puissante main,
Pour mettre Pignerol en poudre;
Ils disent que tes bataillons,
Comme autant d’épais tourhillons, Ébranlèrent ce roc jusque dans ses racines; Que même le vaincu t'eut pour libérateur, Et que tu lui bâtis, sur ses propres ruines, Un rempart éternel contre l’usurpateur ‘.
4 Les quatre derniers vers, surtout le premier, me paraissent beaux.
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Ils chantent nos courses guerrières ,
Qui, plus rapides que le vent,
Nous ont acquis, en te suivant,
La Meuse et le Rhin pour frontières :
Ils disent qu’au bruit de tes faits
Le Danube crut désormais N'être pas en son antre assuré de nos armes, Qu'il redouta le joug, frémit dans ses roseaux , Pleura de nos succès, et, grossi de ses larmes, Plus vite vers l'Euxin précipita ses eaux ‘.
Ils chantent tes conseils utiles, Par qui, malgré l'art des méchants, La paix refleurit dans nos champs, Et la justice dans nos villes :
Ils disent que les Tmmortels De leur culte et de leurs autels Ne doivent qu'à tes soins la pompe renaissante , Et que ta prévoyance el ton autorité Sont les deux forts appuis dont l'Europe tremblante Soutient et raffermit sa foible liberté ”*.
Je pourrois parler de ta race
Et de ce long ordre d'aïeux
De qui les beaux noms, dans les cieux,
Tiennent une si belle place ;
Dire les rares qualités
Par qui ces guerriers indomptés Ajoutent tant de lustre à nos vieilles histoires ; Et montrer aux mortels, de leur gloire étonnés , Quel nombre de combats, d'assauts et de victoires Les rend dignes des rois qui nous les ont donnés.
De quelque insupportable injure
Que ton renom soit attaqué,
J1 ne sauroit être offusqué ;
La lumière en est toujours pure.
Dans un paisible mouvement,
Tu t'élèves au firmament, Et laisses contre toi murmurer sur la terre.
Ainsi le haut Olympe à son pied sablonneux Laisse fumer la foudre et gronder le tonnerre, Et garde son sommet tranquille et lumineux 2
{ Exagération dans le goût espagnnl.
2 LI est bien clair, d'après ce langage, que le roi de France, à cette épaque, aurait du s'appeler Richelieu etnon Louis XIII.
“ Lebrun , dans son ode à Buffon, imite cette strophe , sans l'égaler peut-être, malgré l'intention évidente du poëte de surpasser Chapelain :
Buffon , laisse gronder l’envie:
C'est l'hommage de sa terreur, Que peut , sur l'éclat de la vie, Son obscure et lâche fureur?
Olympe, qu'assiége un orage, Dédutgne l’impulssante rage
Tu vois dessous toi l'injustice Tâcher en vain de t'offenser ; D'un regard tu peux renverser Et l’insolence et l'artifice :
Ton courage, au monstre fatal, Est toujours plus fort que le mal :
Sur le solide honneur sa base est établie ; Le droit et la raison l'accompagnent toujours ; Et, sans que sa vigueur soit jamais affaiblie, Qu'on cède ou qu'on résiste, il va d'un même cours ”.
Tu n'es point charmé des richesses ; Les dons ne te peuvent tenter, Et tu n'en saurois accepter Que pour en faire des largesses.
Si ton prince outre ton souhait, T'honore de quelque bienfait, Soudain tu le répands en des grâces diverses ; Tu n'en as que la fleur, nous en avons le fruit : Recevant les faveurs, aussitôt tu les verses; Et le bien qui te cherche en mème temps te fuit.
Durant la plus fière tempête,
11 abandonne son salut,
Et n'a pour véritable but
Que d'en garantir notre tête :
A vec quelque noire fureur
Que, plein de colère et d'horreur, Le ciel tonne sur nous , et le sort nous poursuive, A leurs traits inhumains il s'expose pour nous ; Et, parmi les transports d'une amour excessive , Il n’est point de tourment qui ne lui semble doux *.
Ébloui de clartés si grandes, Incomparable Richelieu,
Ainsi qu’à notre demi-dieu ,
Je te viens faire mes offrandes.
Des squilons tumultueux;
Taudis que la noire tempête Gronde à ses pieds, sa nohle tête Garde un caime majestueux.
« Cette strophe est faible auprès de la précédente.
La base du courage établie sur le solide honueur est une plnsée vague et surtout fausse ici. La politique et l'utilité étaient tont pour Richelieu , et les scrupules de l'honneur n'entraient guère dans ses conseils ; car il ne s'agit point ici de l'honneur du pays, auquel ce grand ministre attachait un grand prix.
Les deux derniers vers peignent parfaitement le caractère altier et l'irrésistible violence de Richelieu.
: Le poëte, après s'être toujours servi de l'apostrophe dans le cours de son ode, passe brusquement et sans art à la forme indirecte. Ce défaut semblerait annoncer Une lacune dans la pièce : on attend une traosition, que l'on désire en vain. La reconnaissance emporte ici l'auteur jusqu'à vanter l'amour excessif de Richelieu pour nous : il n‘y en avait pour personne dans cette âme de fer, dont le plus ardent désir était de commander en France et de faire tête à l'Europe.
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L'équitable siècle à venir Adorera ton souvenir, Et du siècle présent te nommera l'Alcide ;
Chapelain (Jean), naquit à Paris, le 4 décembre 1593. Son père, notaire au Chätelet , le destinait à la mème profession ; mais la mère, qui avait beaucoup connu Ronsard , se flattant peut-être de lui donner un successeur, voulut que son fils connüût les langues savantes. Outre le grec et le latin, il apprit, sans maitre, l'espagnol et l'italien , qu'il possédait parfaitement. Il suivit ensuite un cours de médecine. Placé auprès des deux fils de M. de La Trousse, grand-prévôt de France , il dirigea leurs études en tout genre. Cette éducation dura pendant dix-sept ans, et lui acquit à tel point la confiance du père de ses élèves, que celui-ci lui confia la gestion de toutes ses affaires. Chapelain ne se livrait pas encore à son goùt pour la poésie ; maïs il étudiait à fond les principes de la poétique. Marini étant venu imprimer en France son poëme de l’Adone, la préface mise en tête de l'ouvrage par Chapelain le fit connaître de Richelieu. Membre de cette réunion d'hommes de lettres qui devint l’Académie française , il fut un des commissaires chargés de rédiger les statuts de la compagnie, dont il concourut à déterminer les travaux. Il dressa en conséquence le plan d'un dictionnaire et d'une grammaire de notre Jangue. Plus tard , iltint la plume pour la rédaction des Sentiments de l’Académie sur le Cid. Le cardinal, auquel il avait fait connaître la règle des trois unités dramatiques, alors négligée ou même ignorée, lui accorda, outre une pension de mille écus , une pleine autorité sur tous les poëtes qui composaient la cour littéraire de Son Éminence. Racine, dans sa jeunesse, avant de publier son ode de La Nymghe de la Seine, ne consulta pas sans fruit Chapelain ; il lui dut quelques corrections essentielles, et, ce qui ne valait guère moins, cent louis de gratificalion avec une pension de six cents livres, accordée par le roi. Chapelain fut chargé par Colbert de dresser la listedes savants etlittérateurs, tant nationaux qu'étrangers, sur lesquels Louis XIV voulait répandreses bienfaits. I jouissait dela plus haute faveur, lorsque son poëme de la Pncelle, auquel il travaillait depuis trente ans, vint à paraitre. L'ouvrage , prôné longtemps à l'avaace comme un chef-d'œuvre, reçut d'abord boaucoup d’éloges, et obtint six éditions en dix-buit mois ; mais les censures et les épigrammes prévalurent à la fin; et le sévère, mais judicieux Boileau couvrit le poëéme et l'auteur d'un ridicule éternel. Malheureusement l'Aristarque français prononçait ici l’un de ces arrêts souverains dont la postérité n’appelle jamais ; mais, en usant d'une juste sévérité, il ne fallait pas traiter comme un gredin littéraire un homme d’un vrai mérite , d’un caractère honorable, plein
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Tu serviras un jour d'objet à l'univers, Aux ministres d'exemple, aux monarques de guide, De matière à l’histoire et de sujet aux vers’.
de zèle pour les lettres , d'affection pour les écrivains ses contemporains , et qui joignait beaucoup de savoir à un certain talent d'écrivain en prose, et même quelquefois en vers, comme le prouvent la rédaction du Jugement de l'Académie sur Le Cid, l'Ode à Richelieu, et certains passages de la Pucelle mème. La justice que Boileau rendit à Chapelain dans le passage suivant :
Qu'on vante en lul la foi, l’honneur, la prohité, Qu'on prise sa candeur et sa civilité,
Qu'il soit donx, complsissnt, ofticieux, sincère; Un le veut , j'y consenus, et suis prèt à me taire.
ne suffit pas pour justifier le satirique du ton qu'il a pris avec un honnète homme, que lant de gens éminents honoraient d'une haute estime, et auquel tout le monde devait des égards. Il y a quelque chose d'immoral dans la satire qui, ne gardant aucun ménagement, se p'aît ainsi à envenimer ses traits et à faire des blessures mortelles. Elle n'a le droit d'en agir ainsi qu'avec des misérables qui, n'ayant ni vertu ni science, usurpent encore une renommée , au préjudice du vrai talent, qu'ils écrasent de leur puissance.
Chapelain mourut le 22 février 1674, à l'âge de soixantedix-neuf ans. On trouva chez lui cinquante mille écus qu'il avait amossés par beaucoup d'économie et même d'avarice , défaut qui s’alliait chez lui avec un noble désintéressement ; car, s'il aimait beaucoup l'or , il aimait encore plus les lettres : il leur avait fait, dans sa vie, plus d'un généreax sacrifice
Sa mère lui avait souhaité les honneurs de Ronsard ; ce vœu fut exaucé : pendant trente ans, Chapelaiu se vit à la tête de tous les poûtes de France ; mais, par ua terrible retour, il tomba du faite des honneurs littéraires, comme le chef de la pléiade française. Ce dernier mourut en possession de toute sa renommée ; Chapelain, plus malheureux, épronva, de son vivant , une disgräce dont il ne se relèvera jamais. Toutefois, les lettres Jui doivent un souvenir reconnnissant : devant la jalousie et mème la colère de Richelieu , il garda, dans la critique, les plus justes égards pour l'auteur du Cid, et il encouragea la muse naissante de Racine.
4 Les grands hommes qui ont été en spectacle au monde obtiennent souvent plus de iouanges encore après leur mort que pendant leur vie; et ces louanges, tons les siècles les répètent. Il n'en est point ainsi pour Richelieu : on l'admire; mais personne ne le chante depuis sa mort.
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