‹ Leçons et modèles de littérature française ancienne et moderne, depuis le Châtelain de Courcy jusqu'à M. de LamartineChapitre 38 sur 914 · RSS TRUSTE NES E SENS EAN ET TENE EST ENT TTTES · texte numérisé non relu

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dela gloire.Homme antiqueetnouveau, Béranger donnait à son pays ce qu’il attendait, un poëte national, et, comme Lucrèce, il nous révélait carmina non prius audila, des chants non entendus jusqu’à lui; mais, quoique original , en même temps qu'imitateur habile des anciens, qu’il feignait d'ignorer, il ne prétendait pas réformer la poésie ; et s’il disposait de notre langue en maitre, il respectait néanmoins son caractère consacré par le temps. Toute la France en chœur chantait son Béranger, lorsqu'une nouvelle école leva sa bannière, sur laquelle était écrit le mot romantisme. Née du souffle de M. de Chateaubriand , appuyée par les théories de madame de Staël, cette école semblait proclamer André Chénier pour son chef, et voulait tenter , au nom de la religion et du moyen âge, une réforme à peu près pareille à celle qu'il avait ébauchée au nom de la Grèce et de Rome.

Dans la littérature en général, et surtout au théâtre , cette école promettait de tout régénérer , de tout refaire. Emportée par la confiance de la jeunesse , et regardant le passé cemme nonavenu. elle allait même jusqu’à l'ambition de tout créer. Un fond de vérité se trouvait dans certaines doctrines de la nouvelle croisade littéraire. Ainsi elle avait raison de vouloir que notre tragédie ne se haussât pas toujours sur le cothurne, et qu’elle descendit plus souvent au ton de la conversation à la fois noble et familière, qu’on a trop oubliée depuis les exemples qu'en avait donnés Corneille ; ainsi c’était encore une excellente idée que de revenir aux tentatives que Voltaire avait faites pour que l’histoire de notre pays devint le fondement d’un théâtre national qui nous manque : de même on peut louer les chefs de la ligue romantique, surtout l’un d'eux, d’avoir fouillé au fond de la vie intime et réelle des héros de leurs drames, et d’avoir quelquefois, comme Shakespeare, montré les passions dans leur naïve difformité , en refusant de leur prêter le masque trompeur du théâtre. Grâce à

d’heureux dons de la nature , grâce à la témérité

qui ose tout, à une certaine vigueur de talent et à des éclairs de génie qui percent tout à coup dans leurs ouvrages, ils ont ohtenu des succès brillants, les uns légitimement acquis, les autres qui ne pouvaient être que des succès de vogue. En effet, la morale, la raison et le goût n'ont pu voir sans scandale le public applaudir

des pièces dont les auteurs, loin d’avoir eu l'insigne honneur de créer un nouvel art dramatique , auraient corrompu l’ancien, s’il avait pu l'être. Au reste, quelques citations mettront les lecteurs à même de confirmer ou de rectifier cette opinion. Dieu nous préserve d’ailleurs de rien préjuger contre l'avenir d'écrivains jeunes encore, qu’une étude plus approfondie du cœur de l'homme , source inépuisable de mystères à découvrir , une connaissance plus intime des règles éternelles du beau et du vrai, et ce travail de feu dont parle Molière , peuvent encore conduire à des progrès dont personne ne saurait marquer le terme. Pleins de forceset d'espérances, qu'ils se rappellent Chénier attaqué d'une maladie incurable , et faisant des conquêtes jusque dans le sein de la mort. Dans l’ode, les romantiques (je me sers à regret de cette expression qui n’a point de sens déterminé) citent avec un juste orgueil M. de Lamartine, qui, sans affecter pourtant le rôle de réformateur, est venu donner une nouvelle âmc à la lyre , et la rendre à la fois plus religieuse pour célébrer l'auteur de l'univers, et plus tendre pour chanter cet amour que Dieu lui-même voulut ajouter, comme un dernier enchantement, aux délices du paradis terrestre. Ici apparait, dans un camp opposé , Casimir Delavigne , devenu poëte lyrique en face du champ de bataille de Waterloo reproduit à ses yeux par cette profonde douleur qui se peint les objets comme si elle les avait vus dans leur effrayante réalité. L'épiître, avec les saillies et la manière brillante de Delille; la comédie, demi - sérieuse, demi-plaisante, et pure de diction , comme dans Térence ; la tragédie, taillée sur Île patron classique ; des emprunts à Shakespeare ; des excursions dans le domaine romantique, mais accompagnées des scrupules d'un disciple de Racine et de Voltaire; un talent remarquable de style, une espèce de magie à fasciner Je public et à lui ravir des applaudissements , même quand il pourrait élever quelques murmures, au nom de la raison, voilà les traits caractéristiques de cet écrivain toujours heureux. Delavigne forme un lien entre l’auteur des Méditations et un autre poëte que M. de Chateaubriand salua jadis du nom d’enfant sublime, et qui a cueilli plus d'une palme sur les hauteurs qu'habite la muse lyrique.

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Dans cette rapide esquisse d’un tableau où doit figurer un si grand nombre de favoris des muses françaises, nous n'avons eu ni la pensée, ni la prétention de nommer et de caractériser tout le monde. Pour exécuter un pareil projet, il aurait fallu sortir des bornes d’une préface , etse condamner d'avance à d’inévitables répétitions. Ainsi donc, qu'on ne nous accuse pas de manquer de mémoire et de justice, si nous avons laissé dans l’ombre quelques-unes de nos célébrités, ou dessiné quelques autres au simple trait : nous ne refuserons à aucune d'elles ni sa place, ni son rang, ni son jour favorable dans la vaste galerie que nous allons offrir au public. Jaloux de l’honneur national en poésie comme en toute chose, nous en avons cherché partout les titres pour les mettre en lumière. Il importe beaucoup de ne laisser ignorer à un peuple aucune des choses qu'il a faites autrefois et qui peuvent le relever à ses propres yeux. L'amour de la patrie, cette passion vitale des sociétés humaines , se nourrit des souvenirs du

passé , comme l'esprit de la famille se conserve par le respect pour les exemples des aïeux.

Chez nous, avant le demi-siècle qui vient de s’écouler, le présent ignorait trop le passé ; aujourd’hui le mouvement général des esprits ramène un vieux peuple à la connaissance de ses origines, de ses commencements, de ses progrès, et le rajeunit, pour ainsi dire, dans un nouveau commerce avec ses pères , qu'on lui avait fait oublier en gardant sur eux un injuste silence ; nous nous associons, pour notre part, avec d'autant plus d’empressement à cette utile direction que notre langue poétique , en se polissant, a perdu plusieurs qualités de sa jeunesse : cette grâce simple, cet abandon et cette naïveté que La Fontaine avait tâché de lui conserver, et que nous pourrions peut-être lui rendre ; ces précieuses qualités, la poésie les redemande avec raison pour corriger certains défauts qu'elle a pris à la cour du pompeux Louis XIV, et relever ses beautés les plus grandes par le mérite et l’agrément de la variété.

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