PRÉPARATIFS D'UN COMBAT
Ces alors qu'un grand bruit, comme d'un lourd [tonnerre,
S'élève jusqu'aux cieux, fait retentir la terre,
Trouble Le sein de l'air, et, pour quelques moments,
Ebranle la cité jusques aux fondements.
C'est l'Anglois, c'est Betford , dont l'approche attendue
Parmi le camp françois venoit d'être entendue,
Et ce camp généreux , ému de ce rapport,
N'avoit pu retenir un belliqueux transport.
Il brûle de combattre , et sa flamme guerrière
Le force à mettre au vent la royale bannière ;
I n'attend aucun ordre ,et, marchant à grands pas,
Ne roule en son esprit qu'assauts et que combats.
Tous sortent à l'instant de la sainte muraille,
Tous à cris redoublés demandent la bataille,
Ettous, même à leurs chefs, donnent de la terreur *.
L'indiscrète vertu dégénère en fureur.
Charles court au tumulte, et d'une voix sévère
Réprime l'insolence et la fougue tempère:
Il rappelle aux drapeaux les soldats écartés,
Forme ses bataillons , jette sur les côtés
Du gendarme serré les brigades luisantes ?,
Loge dans le milieu les machines pesantes,
4 Chapelain emploie sans cesse les mêmes tours; il manque de cette variété d'expressions dont notre poésie héroïque a surtout besoin pour éviter le détaut que Voltaire a signalé dans ce Vers :
L'bexomètre est plus beau, mais parfois ennuyeux.
Boileau , et plus encore son élève Racine, ont apporté un goût infini à corriger l'uniformité de notre vers alexindrin , et à lui imprimer, par toutes sortes d'artilices, cachés avec soiu, une variété qui fasse disparaître sa imonotonie naturelle.
3 Ce morceau n'est pas à proposer comme un modèle ; mais nous le citons , parte qu'à côlé des fautes qu'il renferme, et que les lecteurs reconnaftront sans peine, il offre cependant une certaine vigueur de style et parfois de beaux vers, comme celui-ci, dont la pensée et l'expression sont pleines de force :
Et tous, mme à leurs chefs, donnent de la terreur.
8 Méchant vers.
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En revoit l'attirail, et partout se portant, Jusqu'aux moindres besvins su prévoyance étend". La sainte l'accompagne , et ne voit pas sans joie Avec quelle grandeur son adresse il emploie ;
Elle le fortifie en sa noble chaleur,
Ft lui montre Paris pour prix de sa valeur.
Lui qui pour ses desseins voit tout si favorable,
Ne retient plus du camp le transport indomptable. Ainsi Rome autrefois, en sa fameuse arène,
De barbares plaisirs épouvantable scène, Déchaïnoit les lions, qui de sang affamiés,
Étoient par cent barreaux à peine renfermés ; Quoique pleins de courroux ils suivissent leur chasse, Leurs hardis gouverneurs, répandus sur lu place, Contre les fiers taureaux leur fureur animants, Secondoient de longs cris leurs longs rusi-sements”.
* Prose rimée, dépourvue de toute élégance.
3 Comparaison pleine d'énergie, mais qui ne fait que mieux ressortir la fsiblesse de ce qui précède. Les grands écrivains qui viennent dansun siècle poli ne présentent pas de ces étranges disparates. parce qu'ils s'appliquent à retoncher leurs œuvres, et qu'ils ont soin d'accompagner diguement les belles choses que leur génie a créées dans un moment d'inspiration , ou dans les efforts d'un travail consciencieux et dirigé par le jugement, l'art et le grût. Au reste, Corneille est souvent aussi mauvais, et parvis plus mauvais que Chapelain ; mais il se fait absoudre par de sublimes excuses qni manqueut à l'auteur de {a Pucelle ; et cependant, comme on vient de le voir par nos citativas , ii s'eu faut bien que Chapelain méritât toujours les mépris que Boileau lui a prodigdés sans mesure. La poésie est une laogue sacrée ; yniconque est parvenu à la parler dignement quelquefois mérite des égards et mème des élugrs. On peut les accorder sans nuire aux droits de la critique, qui exerce aussi un utile et louable ministère, quand, ayant pour
interprète un Horace ou un Boileau , elle se consacre au devoir de corriger tout un siècle de sa folle admiration pour de mauvais ouvrages.
« Sans /a Pucelle . Chapelain aurait eu de la réputation parmi les gens de lettres. Ce mauvais poëme lui valut beancoup plus que l'/liade à Homère. Chapelain fut pourtant utile par sa littératare. Ce fut lui qui corrigea les premiers vers de Racine. »
VOLTAIRE, S'iécle de Louis XIY..
« Chape!ain a pius de jugement que Scudéry ; la marche de son poëine eit plus raisonnable , et pouvait avoir quelque intérêt . s’il avait au écrire. Voltaire a blâämé le choix de son sujet, qu'il ne croyait pas susceptible d'être traité sériensement. Un de mes cuufrères à l'Académie francaise a combattu cette opin'oa avec beaucoup d'esprit; et l'on peut croire, en effet. qu'avant l'existence d'ua autre poëme, fort différent de celui de Chapcelain, l'héroïne d'Orléans, appelée la Pucelie, pouvait avoir dns la poésie ia dignité qu'elle a dans l'histoire. Mais je doule , mène daus cette supposition, que cette époque de l'histoire de France pût fournir à l'épopée un ouvrage intéressant. 11 est bon qu'un paëmne trouve l'imagination déjà prévenue pour ie héros; et ui Dunols . ni mêine Charles VII, ni Jeaune d'Arc. malgré son courage et ses exploits, n'ont joné, ce me semble , un assez grand rûle pour remplir la majesté de l'évapée. C'est là surtont que l'hérui-me doit être au plus haut point. Je ne parle pas des fictions que ne permettent guère une époque si récente et le lieu de la scène , si voisin. Les fictions , aujourd'hui, ne se présentent naturellement que daos l'éluvignement des temps et des lieux. L'auteur de /a Henrade s'eu est passé ; mais il est soutenu par l'intérêt attaché au nom de son héros et par les beautés d'uue philosophie aimable, qui remplace , du moins en partie. le charme des fictions poétiques ; et malgré ces ressources et son talent snpérieur pour la versification, il est resté fort au-dessous d'Homère, de Virgile et du Tasse. pour l'imaginatioa et l'intérêt , tant la machine de l'épopte a hesoin des ressorts du merveilleux!» La HARPe,
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