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Après qu'à mon époux votre main l'a ravie?
VENCESLAS
Le sceptre et la couronne ont son crime effacé ; Dessous un nouveau règne, oublions le passé ; Qu'avec le nom de prince il perde votre haine : Quand je vous donne un roi, donnez-nous une reine.
CASSANDRE
Puis-je, sans un trop lâche et douloureux effort,
Rotrou { Jean de} , que l'on peut regarder comme l'un des créateurs du théätre français, était né à Dreux, en 1609 ; poëte dès l'âge le plus tendre , il avait à dix-ucuf ans obtenu deux succès dramatiques. Toutefois les deux pièces que la faveur publique accueillit alors ne seraient guère lisibles aujourd'hui. Rotrou, en les écrivant, s'était proposé un but moral qu'il n'atteignit pas : c'était celui de purger la scène de cette licence de mœurs et de paroles qui l'avait envahie de bonne heure. Le cardinal de Richelieu , qui voulait attirer autour de lui toutes les renommées de l'époque, crut déméler un talent peu commun dans Rotrou, se l'attacha , et l’associa bientôt aux écrivains chargés de créer une gloire littéraire à l'ambitieux ministre. Rotrou eut le bonheur de rencontrer, dans celte société, Corneille dont il ne tarda point à reconnaitre la supériorité de génie; une amitié tendre et loyale se forma bientôt entre eux. Corneille était né trois ans avant Rotrou, mais comme les deux succès de Rotrou avaient précédé le coup d'essai dramatique de Corneille, ce dernier , par modestie et par bonté , l'appelait son père; il avait d'ailleurs remarqué en Rotrou une grande sagacilé d'esprit, avec une maturité de jugement et une sureté de critique telles qu'il regarda comme son maitre l'ami auquel il allait bientôt révéler les plus hautes parties de l’art, en éclatant par des chefs-d'œuvre. Avant l'apparition du Cid, Rotrou n'avait encorc donné au thédtre que des pièces imitées de l'espagnol, une tragédie d'Hercule mourant, imitée de Sénèque, et trois comédies empruntées à Plaute, les Ménechmes, les deux Sosie, les Captifs. Au lieu de continuer à puiser dans la source où Corneille lui-même avait pris la merveille du Cid, Rotrou conçut l'heureuse idée d'étudier les Grecs, et parvint à reproduire quelques-unes de leurs beautés. Son Antigone et son Jphigénie, pièces calquées sur Euripide, sont bien au-dessous des modèles, quuique l'on trouve dans la seconde de ces pièces quelques scènes que Rarine lui seul pouvait faire oublier, comme dit Marmontel;
mais il s'instrnisait en même temps à une autre école,
celle de son immortel ami. Le Cid et d’autres che'sd'œuvre de Corneille, Horace, Cinna, Heraclius, Rodogune avaient paru et l'on reconnut sans peine dans Venceslas l'influence touts - puissante du génie sur un homme capable de le reconnaitre et de s'inspirer d'un modèle sublime. La gloire de Rotrou est d'avoir quelque-
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S' Se À
| VENCESLAS
+ | Le temps, ma fille.
CASSANDRE
Ah ! quel temps le peut faire?
LADISLAS
Si je n'obtiens, au moins permettez que j'espère. Tant de soumissions lasseront vos esprits, Qu'enfin de mon amour vos vœux seront le prix.
fois écrit et composé comme s'il avait eu à ses ordres la pensée ainsi que la main de Corneille, et d'avoir trouvé en lui-même des heautés touchantes qu'on ne rencontre pas dans les œuvres de son modèle, car les rôles étaient désormais chaugés, et le disciple était devenu le maitre. A la différence de Scudéry, de Mairet et de quelques autres, Rotrou sentit, reconnut, avoua publiquement la supériorité de Corneille; il eut le courage de la proclamer sur la scène, daus une tirade épisodique et hors d'œuvre de sa tragédie de Saint-Genest.
Dans Rotrou, comme dans notre contemporain Ducis, on remarquait l'accord d'un beau talent avec un beau caractère ; sa vie, consacrée au culte des muses et à de bonnes actions, fut couronnée par un trait de vertu qui honore à jamais sa mémoire. Il occupait la place de lieutenant civil et criminel à Dreux. En 1650, une maladie épidémique se répand tout à coup dans cette ville ; uue sorte de fièvre pourprée, rebelle à tous les secours de l'art, fait des ravages effrayants et menace de détruire la population tout entière ; Rotrou apprend ce désas're, et vole au secours de ses concitoyens, malgré Jes représentations d'un frère qui lui annonce une mort inévitable. Il-part de Paris , et bientôt il écrit à ce méme frère : « Le
péril où je me trouve est imminent ; au moment où je , vous écris, les cloches sonnent pour la vingt-deuxième ‘personne aujourd'hui, et ce sera pour moi demain peutêtre; mais ma Conscience a marqué mon devoir.» Trois : jours après, le dévouement de Rotrou avait porté ses fruits, l'intrépide magistrat avait cessé de vivre. Autcur dramatique à dix-neuf ans, mort à quarante, Rotrou | avait, dans un si court espace de temps, produit quarante pièces de théâtre. Peut-être cet excès de fécondité | nuisit-il au talent de l'auteur; il ne lui laissa pas le temps de combiner ses plans, de mürir ses idées, de faire un choix sévère dans les ressorts de ses drames, et surtout de former par le travail, d'épurer par le goût le style de ses ouvrages. Rotrou n'a point invoqué la muse patiente du travail, et cette muse, si nécessaire au génie qui aspire à la perfection, n'a point prété ses secours, et révélé ses secrets à l'auteur. Savoir travailler est un grand art qui manque souvent à Corneille lui-même, et | que Racine possédait au plus haut degré.
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La Harpe rend ane éclatante justice aux beautés réelles
de Venceslas dont il admire la conception: mais il est de
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trop sévère et mème injuste, en disant que Rotrou a plus imité les défauts du théâtre espagnol que les beautés du théâtre grec. Rotrou avait le sentiment des grandes cho- “ses, il connaissait les hommes et le jeu de leurs passions ; il avait l'accent du cœur , et quelque chose de naïf ct de Le paternel ; il écrivait d'instinct et souvent avec un rare honheur , mais il maniait un instrument rebelle qu'il n'était pas capable de rendre docile aux ordres de sa pensée.
Le se On doit à Rotrou une grande quantité d'ouvrages; % quelques-unes de ses comédies , imitées de Plaute, pré-
“ sentent des scènes dont Molière ne dédaigna point de s'emparer , de mème que Voltaire a emprunté beaucoup de traits au caraclère de Ladislas, pour former celui de Vendôme.
FRAGMENTS
Pour donner aux lecteurs l'intelligence des scènes dramatiques qui vont suivre, nous allous raconter en quelques mots le sujet de la p'èce :
L Sira, seconde femme de Cosroës, rai de Perse, veut faire à passer la couronne sur la tête de Mardesane, sou fils, à l'exe> clusion de Siroës. fils d'un premier lit. L'état de démence dans lequel est tombé Cosroès, par suite des remords qu'il éprouve “* d'avoir fait assassiner Hormisdas, son père, facilite l'exécution des projets de Sira. En effet, elle obtient l'abdication de C5 Cosroës en faveur de Mardesane; mais Siroès a de nombreux
se partisans. Sira le fait arrêter, et charge un aftidé de l'assas-
> niner ou de l'empoisonnuer dans sa prison. Les satrapes, les
+ troupes, et l'officier lul-même chargé d'arrèter Siroës ar dé-
fe clarent en sa faveur, et, profitant de l'abdication de Cosroës,
<Q proclament Siroës son successeur. La reine, Mardesane et
“fe Cosroës sont chargés de fers et jugés en présence de Siroës. Le
ce roi condamne à mort Sira et Mardesane ; inais pe pouvant contenir son émotion à la vue de son père qui va subir le mème sort, ilse jette à res pieds et lui rend le pouvoir souverain. ct Le vieux roi n'en fait usage que pour demander la grâce de
ue Sira et de Mardesane ; malheureusement, il est trop lard pour
de les délivrer: Mardesane s'est poignardé, Sira a déjà bu à la
cs coupe empuisonnée, et Cosruës n'arrive dans leur prison que © pour la vider et mourir.
Da ACTE I, SCÈNE I.
SIRA
Q uoI ! vous contre mon fils! vous, son indigne frère !
RER
J ; 4 Vous, insolent!
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