MAXIME
… Oui, j'accorde qu'Auguste a droit de conserver | L'empire où sa vertu l'a fait seule arriver, | Et qu'au prix de son sang, au péril de sa tête, , I a fait de l'état une juste conquète; | Mais que, sans se noircir, il ne puisse quitter | Le fardeau que sa main est lasse de porter, Qu'il accuse par là César de tyrannie, Qu'il approuve sa mort, c'est ce que je dénie. Rome est à vous, seisneur ; l'empire est votre bien : Chacun en liberté peut disposer du sien :
| Ille peut, à son choix, garder ou s'en défaire; Vous seul ne pourriez pas ce que peut le vulyaire ! Et seriez devenu, pour avoir tout dompté, Esclave des grandeurs où vous êtes nionté !
Possédez-les, seiyneur ,sans qu'elles vous possèdent ; Loin de vous captiver, souffrez qu'elles vous cèdent , Et faites hautement connoîitre enfin à tous Que tout ce qu'elles ont est au-dessous de vous. Votre Roine autrefois vous donna la naissance !.… Vous lui voulez donner votre toute-puissance…
Suivez, suivez, seigneur, le ciel qui vous inspire ; Votre gloire redouble à mépriser l'empire;
Et vous serez fameux chez la postérité,
Moins pour l'avoir conquis que pour l'avoir quitté. Le bonheur peut conduire à la grandeur suprème ; Mais, pour y renoncer, il faut la vertu même,
Et peu de généreux vont jusqu’à dédaigner,
Après un sceptre acquis, la douceur de régner :. Considérez d'ailleurs que vous régnez dans Rome, Où, de quelque façon que votre cour vous nomme, On hait la monarchie; et le nom d'empereur, Cachant celui de roi, ne fait pas moins d'horreur.
Il passe pour tyran quiconque s'y fait maitre;
Qui le sert, pour esclave; et qui l'aime, pour traitre”; Qui le souffre a le cœur lüche , mol, abattu;
Et, pour s'en affranchir, tout s'appelle vertu.
3 Racine, dans Bérénice, a exprimé les mêmes pensées avec
autant de noblesse que d'élégance :
D'allleurs, vous le savez, en hannissant ses ro!s, Rome à ce uom si noble et «i saiut autrefois, Attecba pour jamals une laine puissante;
Et quoiqu'à ses Césars fidèle, obélssante,
Cette haine, scheneur , teste de ga lerté,
survit dans tous les cœurs après la liberté.
Le poëte dit aillcurs :
Titus ,ouvre los yeux| Quel aîr resp'res-tu ? n’es-lu pas dans ces Heux, où la haine des rots, avec le tait sucée, l'ar crainte où par amour ne peut être effacée?
| 4 Inutile réjétition d'une btlle pensée.
ne ce" (#
HIS
SRI TES
HIER
ETS
a L 5 Se
CA
mn.
HRRISEHH
se
Let
ss Vous en avez, scigneur, des preuves trop certaines : > On a fait contre vous dix entreprises vaines ; “Peut-être que l'onsiéme est prète d'éclater,
de Et que ce mouvement qui vous vient d'agiter
De der
N'est qu'un avis secret que le Ciel vous envoie, >. Qui pour vous conserver n'a plus que cette voie. Ne vous exposez plus à ces faineux revers :
“%__ Ilest beau de mourir maitre de l'univers,
Mais la plus belle mort souille notre mémoire,
“ Quand nous avons pu vivre et croître notre gloire".
en ü
CINNA
Si l'amour du pays doit ici prévaloir,
C'est son bien seulement que vous devez vouloir; Et cette liberté, qui lui semble si chère,
N'est pour Rome, seigneur, qu’un bien imaginaire, Plus nuisible qu'utile, et qui n'approche pas
De celui qu'un bon prince apporte à ses états. Avec ordre et raison les lionneurs il dispense,
À vec discernement punit et récompense ,
Et dispose de tout en juste possesseur,
Sans rien précipiter, de peur d'un successeur.
Mais quand le peuple est maitre, on n'agit qu’en tumulte; La voix de la raison jamais ne se consulte;
ÉRRR ET ITTTTLLINNEENNEYELES
ds
% Les honneurs sont vendus aux plus ambitieux, “L'autorité livrée aux plus séditieux.
Ces petits souverains, qu'il fait pour une année, de Voyant d'un temps si court leur fortune borncée, 3 Des plus heureux desseins font avorter le fruit,
4 De peur de le laisser à celui qui les suit. Commeils ont peu de part au bien dont ils ordonnent, % Dans le champ du public largement ils moissonnent, + Assurés que chacun leur pardonne aisément, Espérant à son tour un pareil traitement.
4 Le pire des états, c'est l'état populaire”.
ie AUGUSTE.
os . e .
4 Ettoutefois le seul qui dans Rome peut plaire.
ls
Ja
de 4 La réponse de Maxime n'est pas aussi éloquente que la haep rangue de Cinna; elle aurait pu être très-touchante si le carac-
: tère de Maxime l'eût permis; mais. engagé dans la conspiration contre Auguste, il ne peut pas parler avec toute la chaleur 2 d'un ami fidele et d'ua bon citoyen qui voudrait af'ranchir la “2 patricen sauvant les jours du prince. Maxime n'est pas d'ailleurs nn conjuré bien ferme ; il accepte une heureuse occasion d'arriver à son but sans courir les périls attachés aux conspirations contre la vie des maitres de la terre. Corneiile a trèshien senti cette nuance délicate et donné sagement un frein à l'éloquence de Maxinie.